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L�arm�e alg�rienne face au d�fi de la transition d�mocratique
(2e partie et fin)
Publié dans Le Soir d'Algérie le 23 - 06 - 2011


Par Mohamed Chafik Mesbah
Mohamed Chafik Mesbah, collaborateur de notre journal, a pr�sent� le lundi 13 juin 2011 au Cidob de Barcelone (Centre des relations internationales et �tudes du d�veloppement, think tank que pr�side Narcis Serra, ancien ministre espagnol de la D�fense) une communication intitul�e �L�arm�e alg�rienne face au d�fi de la transition d�mocratique� . Dans cette communication, Mohamed Chafik Mesbah examine pass�, pr�sent et perspectives d��volution de l�institution militaire et services de renseignement dans le pays. Au regard de l�importance du sujet et de l�int�r�t des id�es d�velopp�es dans cette communication, nous avons jug� utile de la publier, in extenso, � l�intention de nos lecteurs.
Quoiqu�il en soit, l�accession � la pr�sidence de la R�publique de M. Abdelaziz Bouteflika ouvrira une nouvelle �re dans l��volution de l�institution militaire. Avec dans une premi�re �tape des rapports plut�t ambigus empreints de m�fiance r�ciproque entre le chef de l�Etat et la hi�rarchie militaire. La d�marche de clarification de ces rapports aura �t�, en effet, des plus laborieuses. Elle n�a produit ses effets que vers la fin du deuxi�me mandat du pr�sident Abdelaziz Bouteflika. L�objectif consistait � parvenir, tour � tour, � un contrat moral, une sorte de code de bonne conduite, � un accord de d�limitation de comp�tences qui tienne compte du caract�re sp�cifique de l�institution militaire et � l�adoption, in fine, d�un programme de modernisation de l�institution militaire destin� � faire �merger, pacifiquement, une nouvelle cha�ne de commandement. Pour une meilleure compr�hension du probl�me, il faut distinguer, au plan m�thodologique, entre, d�une part, le corps de bataille, c�est-�-dire les grandes unit�s de combat et les commandements op�rationnels, ainsi que leur dispositif de soutien logistique et, d�autre part, les services de renseignement qui continuent de relever de la tutelle de la D�fense nationale. Les changements �voqu�s concernent, essentiellement, la premi�re composante des forces arm�es. Ces changements portent sur l�am�lioration substantielle de la qualit� de l�encadrement militaire, tant du point de vue de l��ge que du niveau de formation technique et intellectuelle. Pour l�essentiel, l�encadrement militaire actuel provient d�officiers form�s au sein des fameuses �coles des cadets de la R�volution, de l�Acad�mie militaire interarmes de Cherchell et dans les universit�s, s�agissant de recrues sur titre engag�es dans les rangs des forces arm�es � la fin de leur scolarit� sup�rieure. Pour la plupart, ces officiers ont suivi des cycles de sp�cialisation ou des stages de commandement dans les grandes �coles militaires occidentales, russes et arabes. Un parcours qui leur permet de se mesurer, au plan de la ma�trise professionnelle, � leurs pairs des arm�es modernes. Les changements se sont effectu�s, par ailleurs, dans le respect des �quilibres sociologiques. Le rajeunissement de l�encadrement militaire n�a pas affect� la pr�dominance des cadres issus de la r�gion est du pays, largement majoritaires au sein de la cha�ne de commandement. Ce sont, �galement, toujours des officiers d�extraction sociale modeste, paysannerie pauvre et petite bourgeoisie, qui composent, majoritairement, cette cha�ne de commandement. Cela d�note, � l��vidence, une gestion prudente de la ressource humaine au sein des forces arm�es. Certaines critiques �voquent, toutefois, la pr�sence dans la hi�rarchie militaire d�une poign�e de responsables trop �g�s, en d�phasage avec les nouveaux chefs qui �mergent dans l�ANP, beaucoup plus jeunes et bien mieux form�s. Ces responsables d��ge avanc� qui se comptent sur les doigts de la main proviennent de l�Arm�e de lib�ration nationale. Ils sont en voie de disqualification, m�me sur le plan biologique. C�est, de mani�re sp�cifique, le chef d��tat-major de l�ANP qui est vis� par cette remarque. Pr�cisons qu�il a �t� choisi par le pr�sident de la R�publique pour des consid�rations de loyaut� personnelles. C�est, �galement, pour des raisons symboliques, li�es, entre autres, � son appartenance � l�ALN, que cet officier g�n�ral a �t� d�sign� pour assumer une mission suppos�e �tre temporaire li�e � l��quilibre subtil des pr�rogatives entre d�l�gataires majeurs de pouvoirs au minist�re de la D�fense nationale. A terme rapproch�, la fonction de chef d��tat-major de l�ANP, de plus en plus technicis�e, sera, probablement, accessible � la g�n�ration d�officiers incorpor�s apr�s l�ind�pendance nationale. Il persiste, par ailleurs, des divergences internes � l�institution r�sultant de la diversit� des parcours des officiers qui forment l�ossature de la cha�ne de commandement. Effectivement, ces nouveaux chefs militaires ayant suivi des formations sup�rieures au sein d�acad�mies diff�rentes, nationales et �trang�res, se posent la question de l�homog�n�isation des visions, sur le plan technique aussi bien que sur le plan de la doctrine. L�Ecole sup�rieure de guerre, nouvellement cr��e, et l�Institut militaire de documentation, d��valuation et de prospective, de cr�ation plus ancienne, ne semblent pas, en ce sens, avoir apport� la contribution attendue. L�effort de rajeunissement de la cha�ne de commandement militaire, concomitant � celui de la modernisation du potentiel de combat, ne s�est pas accompagn� � je l�ai d�j� soulign� � de la r�novation de ce qui tenait lieu de corps de doctrine militaire. Une opacit� est entretenue autour de cet imp�ratif de r�novation de la doctrine de d�fense qui retarde la mise � niveau conceptuelle souhait�e. C�est cette doctrine qui nous aurait renseign�s, plus s�rement, quant � la politique de d�fense nationale du pays. A moins que celle-ci ne se r�sume, implicitement, � une simple ad�quation de l�effort de guerre national avec les imp�ratifs sp�cifiques � l�Otan, les nouvelles menaces qui vont de la lutte contre le terrorisme jusqu�� la participation aux forces d�interposition dans les conflits localis�s en passant par la pr�vention des exodes de population� Tout se passe comme si les instances politiques, conscientes qu�il n�existait plus d�alternative � un alignement sur l�Otan, avaient choisi de louvoyer et de ne pas �noncer, clairement, la substance de la nouvelle politique de d�fense. C�est peine perdue. Les politiques de d�fense nationale s�inscrivent, d�sormais, dans des logiques de s�curit� r�gionale li�es aux imp�ratifs fix�s par les grandes puissances, en particulier la premi�re d�entre elles, les �tats-Unis. A observer, scrupuleusement, le statut de l�Otan, il serait bien difficile de trouver une disposition qui permette � cette organisation internationale d�interf�rer dans la politique de d�fense d�un pays tiers. Mais derri�re l�apparence institutionnelle de l�Otan et, d�une mani�re g�n�rale, du syst�me de relations internationales, se profile, in�vitablement, la politique de puissance am�ricaine. L�Otan, pr�cis�ment, a engag� ce qu�il est convenu d�appeler le dialogue m�diterran�en avec un certain nombre de pays riverains � la M�diterran�e. Dans l�argumentaire �labor� par les services de l�Otan, il est sp�cifi�, express�ment, que l�interop�rabilit� des forces est l�un des objectifs majeurs vis�s par le dialogue. Dans l�imm�diat, le rapprochement avec l�Otan se traduit, pr�cis�ment, pour des consid�rations op�rationnelles, par une transformation graduelle de la cha�ne de commandement militaire. Les exigences li�es � l�interop�rabilit� obligent l�ANP � se mettre � niveau. C�est, forc�ment, les militaires qui ma�trisent les armements requis et capables de conduire des interventions adapt�es aux th��tres d�op�ration modernes qui supplanteront, progressivement, ceux qui ne sont pas form�s. L�Alg�rie n�en est pas encore au stade de l�adh�sion � l�Alliance atlantique qui comporte des conditionnalit�s rigides, mais d�j� sa proximit� avec l�Otan lui impose une mise aux normes de la formation de son encadrement et de la nature de ses syst�mes d�armement. Le dialogue m�diterran�en qui a �t� engag� par l�Otan vise, cependant, simultan�ment aux objectifs techniques op�rationnels, � favoriser la r�forme de la D�fense nationale, � travers, notamment, �la promotion du contr�le d�mocratique des forces arm�es�. Cette affirmation est � relier, sans aucun doute, au cours actuel de l��volution de la cha�ne de commandement de l�ANP. Les nouveaux chefs militaires qui, d�sormais, d�tiennent la r�alit� des leviers de commande, puissance de feu et dispositif de soutien logistique, se distinguent par un degr� de conscience plus aigu, adh�rent raisonnablement aux imp�ratifs de bonne gouvernance. L�un dans l�autre, cet �tat d�esprit intrins�que et les principes institutionnels d�fendus par l�Otan devraient pr�munir ces nouveaux chefs militaires contre la tentation d�une irruption intempestive dans la sph�re politique. L��volution des arm�es de tous les pays de la rive sud de la M�diterran�e impliqu�s dans ce dialogue m�diterran�en s�inscrit, tr�s certainement, dans une perspective de normalisation de leur statut institutionnel avec subordination du militaire au civil. Quelle lecture politique faut-il faire, � ce niveau de la r�flexion, de ces changements que nous venons d��voquer, par rapport, en particulier, � l�exercice de ses pouvoirs par le pr�sident Abdelaziz Bouteflika? A court terme, le pr�sident Abdelaziz Bouteflika, en rempla�ant � sans payer de co�t politique significatif � la g�n�ration des g�n�raux �janvi�ristes� par de nouveaux chefs militaires que nous pourrions appeler des �guerriers professionnels�, a �limin� toute source possible de contestation de sa d�marche � partir des forces arm�es. A moyen terme, le pr�sident Abdelaziz Bouteflika a subtilement con�u la r�partition des pr�rogatives entre d�l�gataires de pouvoir au niveau du minist�re de la D�fense nationale de mani�re que leurs influences s�annulent r�ciproquement. A long terme, le pr�sident Abdelaziz Bouteflika a r�ussi le d�couplage, presque total, entre les services de renseignement et les forces arm�es, privant les premiers de l�appui ostensible qui faisait leur force et les seconds de l�interface sur la soci�t� qui leur permettait d�agir politiquement. Dans le m�me intervalle, ce n�est pas la m�me �volution que les services de renseignement ont connu. Le regrett� M�hamed Yazid, quelque temps avant sa mort, �voquait cette relation ambigu�, empreinte de sentiments contradictoires, faits d�attraction et de r�pulsion, qui liait le personnel politique h�rit� de la guerre de Lib�ration nationale aux services de renseignement alg�riens. C�est, � la fois, du rejet fond� sur la peur et de l�admiration nourrie par le mythe. Le pr�sident Abdelaziz Bouteflika n��chappe pas � la r�gle. Il existe chez lui, pour
des consid�rations symboliques autant que pratiques, une r�elle volont� de r�former les services de renseignement, au sens d�annihiler la capacit� de nuisance qui leur est pr�t�e. Il est suffisamment habile, cependant, pour vouloir continuer � entretenir le mythe qui entoure cet instrument dont il ne veut pas se priver brusquement. Il laisse, volontiers, se perp�tuer l�id�e, surtout � l�usage d�une soci�t� politique habitu�e � ce genre de soumission, que ces services de renseignement tout puissants constituent le bras s�culier sur lequel il fonde son pouvoir. Cette situation lui permet m�me d�orienter vers ces services la vindicte de la population, des �lites, voire de l��tranger. Ce calcul doit compter, certainement, dans le peu d�empressement qu�il manifeste, du moins apparemment, � proc�der � la r�forme des services de renseignement bien qu�il le souhaite pourtant. Il est probable que le pr�sident Abdelaziz Bouteflika se suffit, pour le moment, d�avoir d�coupl� corps de bataille et services de renseignement et, de mani�re relative, d�avoir limit� l�influence de ces derniers dans le processus de nomination aux fonctions de responsabilit� publique. Sans devoir s�en tenir, m�caniquement, � l�avis des partis et leaders de l�opposition qui consid�rent que lesdits services sont la source de blocage essentiel pour tout processus de transition d�mocratique, examinons, sereinement, cette question. Ne nous arr�tons pas aux �vidences, le renseignement est une fonction fondamentale de l�Etat, une condition indispensable � son d�veloppement p�renne. La vraie question, par cons�quent, n�est pas de savoir si, oui ou non, le pays doit disposer de services de renseignement. La vraie question doit porter sur la nature de la mission des services de renseignement dans un syst�me d�mocratique. S�agissant de l�Alg�rie, il faudrait, avant de r�pondre, examiner ces services � l�aune de deux param�tres, la symbolique li�e � l�institution et l�efficience de son action. Les services de renseignement alg�riens jouissent-ils encore de la charge �motionnelle � en particulier, cette solidarit� de corps �rig�e en culte � qui fonde, symboliquement, la communaut� du renseignement, �un m�tier de seigneurs� comme le sugg�rait le chancelier allemand Bismarck ? Ces services disposent-ils toujours de l�efficacit� redoutable qui, une p�riode durant, avait fond� leur l�gende, � l�int�rieur comme � l�ext�rieur du pays ? Ces services de renseignement, � pr�sent, partiellement, d�munis de la charge �motionnelle qui vient d��tre �voqu�e, ne disposent gu�re plus de toute l�efficacit� dont ils pouvaient se pr�valoir. La solidarit� de corps, c�est un habitus social et culturel, c�est surtout une �chelle de valeurs partag�e en commun. Ce patrimoine h�rit� du Malg mythique de la guerre de Lib�ration nationale est largement entam�. Au cours de la phase de restauration de l��tat, les services de renseignement alg�riens, b�tis sur les traces du Malg, ont �t� propuls�s par un puissant id�al. Ils ont su tirer profit de la disponibilit� de cadres exp�riment�s et engag�s ainsi que de l�aura populaire qui rendait leur action efficace et redout�e. Raisonnant en contexte, il n�est pas faux d�affirmer que la S�curit� militaire a �t� un instrument de r�pression dans le cadre d�un syst�me de parti unique. C��tait le prix de la stabilit� politique et institutionnelle du pays, condition jug�e n�cessaire pour son d�veloppement �conomique et social. La S�curit� militaire avait jou�, cependant, un r�le �minent dans la victoire de nombreuses guerres de lib�ration nationale, en Afrique notamment, et dans le succ�s de combien de r�volutions d�mocratiques, r�sultat de soul�vements populaires, sans compter le soutien efficace qu�elle sut apporter aux mouvements de r�sistance de gauche en Am�rique latine. Revenons, toutefois, � la situation pr�sente. Il faut bien admettre que l�ardeur patriotique et l�efficacit� op�rationnelle dont �tait cr�dit�e cette ancienne S�curit� militaire n�ont pas r�sist� au ph�nom�ne d�usure, � l�image de cette perte de bonne gouvernance qui touche toutes les institutions du pays. Ces services de renseignement, � un moment donn�, ont bien jou� un r�le dynamique en servant de rempart contre l��croulement de l�Etat alg�rien. Ils ont exerc�, �galement, un certain r�le stabilisateur �teignant, dans l��uf, les crises internes du r�gime, ce qui, d�ailleurs, a permis au syst�me de se p�renniser. A leur actif, �galement, un r�le, de coloration disons patriotique, dans la sauvegarde du patrimoine �conomique national. Leur empreinte, sans �tre exclusive, est perceptible dans l�abrogation de la loi sur les hydrocarbures en 2005. Ils ne sont pas �trangers � la contrari�t� que rencontr�rent certains processus de privatisation douteux. Ce r�le de stabilisation du r�gime politique et cette �uvre de sauvegarde du patrimoine �conomique sont, n�anmoins, sans commune mesure, avec les exigences de mue du syst�me. Cela conduit � imaginer que, par rapport � la conjoncture politique pr�valant en Alg�rie, les services de renseignement alg�riens ne sont plus en mesure d�entraver un puissant mouvement social d�termin� � mettre � bas le syst�me. Les cadres de renseignement alg�riens ont �t� form�s pour lutter contre la subversion interne � entendez l�opposition qui n�est pas l�gale �, ils se sont adapt�s, avec plus ou moins de succ�s, pour combattre le terrorisme, ils ne sauront, certainement pas, �touffer un mouvement de masse. Les hommes politiques alg�riens devraient visiter les pages d�histoire des peuples qui ont impos� dans leur pays le syst�me d�mocratique. Le DRS serait-il plus puissant, plus efficace, plus retors que la Stasi allemande? Les conditions historiques de la chute du syst�me communiste ayant �t� r�unies, la Stasi a aussit�t tout perdu de sa puissance. Faut-il faire du d�mant�lement des services de renseignement alg�riens un pr�alable � la mise en �uvre d�un processus de transition d�mocratique ? L�observation des processus historiques universels, similaires � ceux qui se d�roulent dans le monde arabe actuellement, indique bien que l�adaptation des services de renseignement aux exigences du syst�me d�mocratique est une n�cessit�. Pour l�heure pr�sente, il ne sert � rien d�ergoter sur l�influence jug�e excessive du DRS sur la vie politique nationale. Il est bien plus important de se h�ter � favoriser l�instauration du syst�me d�mocratique en s�engageant, avec un esprit de sacrifice bien entendu, sans r�serve, dans la mobilisation du peuple alg�rien. Il faut faire le pari que la plupart des cadres des services de renseignement, tant d�cri�s, finiront par se ranger au choix du syst�me d�mocratique d�s lors que la situation aura atteint le stade de m�rissement requis. C�est-�-dire d�s lors, en particulier, que l�arm�e, au sens de corps de bataille, se sera d�termin�e. Dans l�intervalle, il faut souhaiter, naturellement, que les services de renseignement du pays ne s�ing�nient pas � mobiliser leur capacit� de nuisance au profit d�une d�marche d�entrave � cette progression naturelle, je dirais in�luctable, de la soci�t� vers la libert�. Une lecture h�tive et forc�e � laisser imaginer chez certains observateurs de la sc�ne politique alg�rienne que les scandales de corruption qui ont d�fray� la chronique sont le reflet d�une lutte de clans au sommet de l�Etat. Allusion aux services de renseignement qui auraient la capacit� de constituer un p�le capable de d�fiance vis-�-vis du chef de l�Etat. La v�rit� est, tout juste, que la corruption est, d�sormais, co-substantielle au syst�me de gouvernance en Alg�rie. C�est, � pr�sent, un ph�nom�ne structurant ancr� dans les usages du syst�me reflet d�une crise chronique de gouvernance, pas d�une simple guerre de clans au sommet. L� n�est pas, toutefois, l�essentiel du probl�me. Ce qui est bien plus essentiel, c�est la fin du r�le d�interface avec la soci�t� politique que, tout le long de la crise alg�rienne, ils ont jou�, pour le compte de l��tat-major de l�ANP. Cette coupure avec l��tat-major de l�ANP date, incontestablement, le d�but d�un d�clin de la puissance des services de renseignement. Seul un v�ritable processus de transition d�mocratique, n�anmoins, pourra entra�ner le repositionnement institutionnel des services de renseignement, conform�ment aux canons du syst�me d�mocratique, avec le recadrage de leur mission autour d�imp�ratifs li�s � la s�curit� nationale, exclusivement. Cette reconversion ne saurait intervenir juste � la faveur de sautes d�humeur de responsables officiels, puissants pour le moment ou de v�ux pieux, candidement �voqu�s par des leaders de l�opposition, eux-m�mes sans prise sur les r�alit�s. Troisi�me �tape de la pr�sente r�flexion, quel pourrait �tre, en finalit�, le comportement de l�arm�e alg�rienne face � un soul�vement populaire d�importance ? Quel r�le pourrait-elle jouer, par la suite, dans un processus de transition d�mocratique ? Ce questionnement renvoie � une probl�matique � deux volets. Le premier se rapporte au comportement des forces arm�es dans le cas o� elles seraient requises par les instances politiques pour r�primer les manifestations populaires. Le deuxi�me se rapporte au positionnement institutionnel et politique qu�adopterait l�arm�e dans une conjoncture de transition d�mocratique. Trois param�tres sont � consid�rer. Premi�rement, au risque de nous r�p�ter, rappelons la transformation substantielle de la cha�ne de commandement militaire au sein de l�ANP. A partir des ann�es 2000, une profonde transformation a touch� l�ensemble de cette cha�ne de commandement, avec �mergence de nouveaux chefs militaires, relativement jeunes, parfaitement form�s et anim�s d�esprit d�ouverture sur le monde moderne. Deuxi�mement, le contexte international. Dans la conjoncture mondiale actuelle, marqu�e par le bouleversement du syst�me de relations internationales et la mondialisation des rapports entre nations, il n�est plus d�usage que les chefs militaires qui, dans des conditions
exceptionnelles, prennent le pouvoir songent � le conserver. L��re des coups d�Etat classiques est r�volue. Par ailleurs, l�adoption du principe de comp�tence universelle pour les crimes contre l�humanit� ainsi que la cr�ation de la Cour p�nale internationale p�sent, d�sormais, comme une �p�e de Damocl�s sur les chefs militaires qui seraient tent�s d��touffer par la violence les aspirations d�mocratiques de leurs peuples. Troisi�mement, le contexte national. Issus pour la plupart de couches sociales d�favoris�es, dans le meilleur des cas des classes moyennes, les nouveaux chefs militaires ne sont pas, loin s�en faut, d�connect�s de la r�alit� sociale. Et s�ils ne manifestent aucune inclination pour la chose politique, stricto sensu, c�est une �coute attentive qu�ils pr�tent, toujours, aux difficult�s du peuple alg�rien ainsi qu�aux contrari�t�s qui obstruent la voie au d�veloppement national. La d�gradation actuelle de la situation dans le pays, ayant tendance � devenir chronique, ne peut que les interpeller. Toutes ces consid�rations devraient conduire l�arm�e alg�rienne � refuser de r�primer d��ventuelles manifestations populaires. Les chefs militaires, pour autant, ne se mettront pas en situation de r�bellion vis-�-vis des instances politiques l�gales du pays. Ce sera, en dernier recours, lorsqu�ils pressentiront une situation de chaos, fatale au pays, qu�ils pourraient, identiquement, aux arm�es �gyptiennes. C�est, de mani�re plus fondamentale, le statut politique et institutionnel de l�arm�e dans un processus de transition d�mocratique qui soul�ve, cependant, les plus pressantes interrogations. Certes, les r�gimes militaires peuvent �tre classifi�s en deux cat�gories selon qu�ils soient militaires stricto sensu, porteurs, le cas �ch�ant, de projets propices au d�veloppement national ou, par d�viation, s�curitaires, d�inspiration r�pressive, avec pour finalit� le blocage de la dynamique politique dans la soci�t�. Dans tous les cas de figure, il faut ne faut pas souhaiter quel l�Alg�rie verse dans la deuxi�me cat�gorie. L�arm�e doit-elle, alors, accompagner un processus d�mocratique qui s�engage pour assurer sa protection ou doit-elle rester un corps inerte m�me lorsque ce processus est mis en danger ? Faut-il se r�soudre � la deuxi�me solution juste par complexe vis-�-vis de constitutionnalistes occidentaux qui savent bien trouver, pourtant, la formule lorsqu�il s�agit de justifier l�irruption des forces arm�es de leurs pays sur la sc�ne politique au moment ou leur nation est en situation de p�ril majeur ? Si l�objectif consiste � faire barrage contre une menace av�r�e sur les institutions ou � pr�munir un �clatement du pays, l�arm�e n�est-elle pas fond�e � intervenir, sous r�serve de permettre au choix souverain du peuple de s�exprimer, aussit�t que les dangers �voqu�s auront �t� jugul�s ? Ce serait faire preuve de candeur, en effet, que d�imaginer, ainsi que s�y commettait le distingu� professeur L�on Duguit, que �la force arm�e puisse �tre une machine inconsciente�. Il est probable, dans ces conditions, que l�ANP continuera d��tre un acteur sur la sc�ne nationale, � plus forte raison s�il s�agit de contribuer � la mise en place p�renne d�un mod�le institutionnel d�essence d�mocratique. La possibilit� de lui attribuer un r�le de garant de la Constitution est souvent �voqu�. Ce raisonnement bute, cependant, sur deux �cueils. Premier �cueil, d�ordre philosophique. Comment justifier l��cart par rapport au principe sacro-saint de la souverainet� populaire ? N�est-ce pas l� une tentative de d�tournement des choix populaires exprim�es dans des scrutins qui seront libres ? Il ne faut, sans doute, plus songer, selon l�expression des plus impropres, � ��radiquer� le courant islamiste. Ni l��tat d��veil du peuple alg�rien ni le contexte international ne l�autorisent d�sormais. Il faut, au contraire, respecter le choix populaire en veillant, toutefois, � placer des garde-fous pour �viter l�instauration, par effraction, pr�cisons bien par effraction, d�un Etat th�ocratique. Deuxi�me �cueil d�ordre pratique. Comment s�assurer, dans pareil contexte, que l�arm�e s�en tienne � un r�le de garant absolument neutre, dans un statut qui, tout en rendant impossible son instrumentalisation � des fins partisanes �troites, comme cela fut le cas apr�s l�interruption du processus �lectoral, ne lui permette pas, �galement, de s�emparer des leviers du pouvoir, pour son propre compte ? Peut-�tre faudrait-il s�orienter vers un r�le de garant qui cantonnerait s�rement l�arm�e alg�rienne dans un statut de stricte neutralit�, c�est-�-dire, comme disent les juristes allemands, dans un statut qui la dessaisisse, de facto, de �la comp�tence de la comp�tence� selon la formule du juriste allemand Carl Schmitt ? L�arm�e ne pourrait pas s�autosaisir pour entrer sur sc�ne, ce serait une instance constitutionnelle � d�finir, sans que cela ne soit forc�ment un Conseil de s�curit� nationale o� pr�domineraient les membres militaires, formule, d�sormais, contest�e m�me en Turquie. Cette solution doit faire l�objet d�examen s�rieux pour �viter qu�elle ne conduise � des situations antagoniques avec le fonctionnement d�mocratique des institutions du pays.La r�flexion autour de cette probl�matique essentielle pour le succ�s d�une vraie transition d�mocratique doit tenir compte de deux param�tres importants. Le premier se rapporte � l��tat de d�liquescence de la vie politique et associative en Alg�rie. Il n�existe pas, r�ellement, de partis politiques solidement structur�s et profond�ment ancr�s dans la soci�t�. Il n�existe pas de mouvement associatif efficace, puissamment ins�r� dans la vie de la soci�t�. Il existe, encore moins, des leaders charismatiques, d�termin�s et porteurs d�un vrai projet alternatif au syst�me qui s�effondrerait. Il est clair qu�une �ventuelle transition d�mocratique serait, dans ces conditions, menac�e non pas tant par le mouvement islamiste agit� comme un �pouvantail que par la r�sistance de p�les agissants de l�ancien syst�me qui r�sisteraient, avec l��nergie du d�sespoir, aux prolongements d�un soul�vement populaire victorieux. Ces consid�rations soulignent l�importance du mode d�attribution � l�arm�e de ce r�le de garant. Il ne suffit pas que ce statut soit pr�vu par la Constitution. Il est indispensable que, pr�alablement, il soit consign� dans un pacte politique fond� sur le plus large consensus national possible. L�arm�e alg�rienne rec�le en son sein, en termes d�encadrement humain, le potentiel n�cessaire qui lui permettrait de jouer ce r�le sans risque pour la d�mocratie. Elle renouerait, ainsi, avec un r�le qui la replacerait au service de la nation toute enti�re, pas d�une fraction de la nation. Un r�le qui aurait du �tre le sien, d�s le commencement. En corollaire, cependant, la mobilit� dans l�exercice des fonctions sup�rieures de responsabilit� au sein de l�ANP doit �tre instaur�e, selon les normes en usage dans les arm�es modernes. C�est un pr�-requis n�cessaire � la pr�servation de la coh�sion de l�arm�e, celle-ci �tant conditionn�e par l�octroi de chances identiques � tous ses membres dans la promotion dans les grades et, subs�quemment, dans l�acc�s aux postes de commandement. Il appara�t, � la lumi�re de toutes ces consid�rations, que le plus important, dans le contexte actuel, c�est de pouvoir entamer un v�ritable processus de d�mocratisation du pays, pas de tergiverser � propos d�une clause d�rogatoire, toute temporaire, aux canons acad�miques des r�gimes d�mocratiques� Pour les deux situations �voqu�es, conduites face � un soul�vement populaire et statut et r�le dans un processus de transition d�mocratique, notons-le, les services de renseignement n�ont pas �t� �voqu�s. Ce n�est pas une �tourderie, c�est une omission d�lib�r�e. La conjoncture interne ainsi que l��volution de l�environnement international induisent un nouveau rapport de forces qui, d�sormais, place en demeure les services de renseignement de suivre, de gr� ou de force, le propre positionnement l�arm�e. Il est possible d�affirmer, en conclusion, au risque de se r�p�ter, que la nouvelle g�n�ration d�officiers qui acc�de aux commandes des unit�s de feu, et services de soutien logistique, de bonne formation sup�rieure, nourrit des aspirations qui portent, principalement, sur la modernisation de l�outil de d�fense, pourvu que les affaires du pays soient confi�es � une �quipe de gouvernance l�gitime et performante. L��tat de sous-d�veloppement politique et social de l�Alg�rie ne semble pas, pour autant, devoir s�accommoder, pour le moment, d�une solution de sortie de crise con�ue sans l�adh�sion de l�institution militaire, surtout, si, � fortiori, elle est dirig�e contre elle. Quelle est, autrement, la force politique organis�e qui, aujourd�hui, pourrait garantir, s�rieusement, le succ�s d�une transition d�mocratique � venir ? L�avenir d�mocratique de l�Alg�rie se construira avec l�adh�sion de l�institution militaire, non par opposition � elle. Cette �vidence, les hommes d�Etat porteurs d�un vrai projet national ne l�ignorent pas. L�Alg�rie est au seuil d�un tournant historique. Il serait pu�ril d�imaginer que le pays puisse continuer � occulter les contraintes du temps mondial et ignorer les exigences de d�mocratisation qui soufflent sur toute la plan�te. La mise en garde est valable pour tous les acteurs de la sc�ne nationale. Il ne faudrait pas que l�arm�e soit la seule � en �tre convaincue. Pour scruter, dans ce contexte, ce que pourrait �tre l�avenir proche de l�Alg�rie, gardons la t�te froide sans perdre la foi, en �tant �pessimiste par l�intelligence et optimiste par la volont�, comme aimait � le r�p�ter Antonio Gramsci.


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