Appels à la retenue    Air Algérie Annulation de vols    ERP, entreprise ressources planning, une solution vers un maillage structurel en vue d'une bonne gouvernance par la numérisation    Plus de 870.000 quintaux d'olives cueillis depuis le début de la campagne oléicole    Berlin, Paris et Londres assurent ne pas avoir participé aux frappes contre l'Iran    Les réfugiés soudanais confrontés à leurs propres défis    La CAVB dévoilé le calendrier détaillé de ses compétitions en 2026    Athlétisme : Championnats arabes juniors, du 26 au 30 avril en Tunisie    Les dates et les horaires des matchs fixés    Les étals affichent cette année une stabilité    Echouage d'un bateau de pêche sur la plage « La Crique »    Sinistre à Mostaganem Intervention de la Protection civile pour l'extinction d'un incendie dans un appartement à Debdaba    Ouverture de la 4e édition    La 9e édition s'ouvre aujourd'hui    Symbole incontournable de l'identité religieuse et civilisationnelle de l'Algérie    Hidaoui préside une rencontre avec les jeunes de la wilaya de Souk Ahras    En présence d'une marée humaine, funérailles déchirantes de la collégienne Zahra    «Le nouveau texte vise à consolider le processus démocratique en Algérie»    Programme TV du 4 novembre 2025 : Coupes et Championnats – Heures et chaînes    Programme TV du samedi 25 octobre 2025 : Ligue 1, Bundesliga, CAF et championnats étrangers – Heures et chaînes    Programme TV du 24 octobre 2025 : Ligue 2, Ligue 1, Serie A, Pro League – Heures et chaînes    Festival international du Malouf: fusion musicale syrienne et russe à la 4e soirée    Adhésion de l'Algérie à l'AIPA en tant que membre observateur unique: le Parlement arabe félicite l'APN    Industrie pharmaceutique : nécessité de redoubler d'efforts pour intégrer l'innovation et la numérisation dans les systèmes de santé nationaux    Conseil de sécurité : début de la réunion de haut niveau sur la question palestinienne et la situation au Moyen-Orient    Examen de validation de niveau pour les diplômés des écoles coraniques et des Zaouïas mercredi et jeudi    APN : la Commission de la santé à l'écoute des préoccupations des associations et parents des "Enfants de la lune"    Réunion de haut niveau du Conseil de sécurité sur la question palestinienne et la situation au Moyen-Orient    Boudjemaa reçoit le SG de la HCCH et le président de l'UIHJ    Athlétisme / Mondial 2025 : "Je suis heureux de ma médaille d'argent et mon objectif demeure l'or aux JO 2028"    Ligne minière Est : Djellaoui souligne l'importance de la coordination entre les entreprises de réalisation    Mme Bendouda appelle les conteurs à contribuer à la transmission du patrimoine oral algérien aux générations montantes    CREA : clôture de l'initiative de distribution de fournitures scolaires aux familles nécessiteuses    Poursuite du suivi et de l'évaluation des programmes d'investissement public dans le secteur de la Jeunesse    Agression sioniste contre Ghaza : le bilan s'alourdit à 65.382 martyrs et 166.985 blessés    La ministre de la Culture préside deux réunions consacrées à l'examen de l'état du cinéma algérien    Le Général d'Armée Chanegriha reçoit le Directeur du Service fédéral pour la coopération militaire et technique de la Fédération de Russie    Foot/ Coupe arabe Fifa 2025 (préparation) : Algérie- Palestine en amical les 9 et 13 octobre à Annaba    L'Algérie et la Somalie demandent la tenue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité    30 martyrs dans une série de frappes à Shuja'iyya    Lancement imminent d'une plate-forme antifraude    Les grandes ambitions de Sonelgaz    La force et la détermination de l'armée    Tebboune présente ses condoléances    Lutte acharnée contre les narcotrafiquants    La Coquette se refait une beauté    Cheikh Aheddad ou l'insurrection jusqu'à la mort    Un historique qui avait l'Algérie au cœur    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



ICI MIEUX QUE LA-BAS
Belicia, un songe carib�en (2)
Publié dans Le Soir d'Algérie le 15 - 07 - 2012


[email protected]
Ha�tienne, Belicia vient en voisine trimer comme guide touristique en R�publique dominicaine. Polyglotte, elle ma�trise toutes les langues du dollar et de l'euro. Elle saute avec aisance de l'anglais � l'allemand, du fran�ais � l'espagnol, du portugais au n�erlandais, mais elle revient toujours � sa langue de c�ur, sa langue maternelle, le cr�ole.
Je ne sais pas pourquoi, c'est � elle � qui n'a rien � voir, en v�rit�, avec �a � que je demande :
- Que r�pondrais-tu si je te disais Simon Bolivar ? Du tac au tac, elle r�torque :
- Il est venu en Ha�ti. Elle me donne m�me une date : d�cembre 1815. Elle pr�cise que Libertador d�barque alors dans la jeune R�publique ha�tienne, fra�chement lib�r�e de la France. Premi�re r�publique noire dans l�histoire du monde et deuxi�me r�publique tout court des Am�riques apr�s les Etats- Unis ! J'encha�ne par des questions moins glorieuses.
- Pourquoi as-tu quitt� Ha�ti ?
- Le travail, fait-elle, un brin agac�e par mon indiscr�tion. Elle a fait ses �tudes � l'universit� de Santo-Domingo puis les choses se sont encha�n�es par n�cessit�. Elle est l�, voil� tout !
- J'ai des amis en Europe et aux �tats-Unis, mais jamais je ne vivrai le sort des sans-boulots et sans-papiers. Ici, je travaille et le pays n'est pas loin.
Le pays ? Ha�ti, frontali�re avec la R�publique dominicaine. Cette fronti�re unit et divise. En d�pit des relations tumultueuses entre les deux pays, la RD a accept� d'ouvrir ses fronti�res aux r�fugi�s lors du tremblement de terre qui a ravag� Ha�ti en janvier 2010, faisant 300 000 morts, autant de bless�s et 1,2 million de sans-abri. Mais la menace des �pid�mies a contraint le gouvernement dominicain � les refermer. J'interroge Belicia sur la situation actuelle en Ha�ti. Elle exhibe une moue qui la rend encore plus magn�tique.
- Des forces obscures se sont partag� toute l'aide internationale, et les pauvres en deuil et sinistr�s sont toujours pauvres. Des types en tee-shirt jaune canari, transportant des valises en bois bourr�es d'objets artisanaux, de cigares, de bouteilles de rhum, arpentent la plage en vue de fourguer toute sorte de breloques aux chouchous de l'Indice de d�veloppement. L'un d'eux vante les bijoux en Larimar, une pierre semi-pr�cieuse, pectolite de couleur bleue typique de la r�gion de Barahona. On ne la trouve qu�en RD et, semble-t-il, un peu en Italie. Je r�alise que Belicia porte le m�me nom que la m�re � maudite, attachante, r�pulsive � d�Oscar Wao, le personnage-vecteur du roman de Junot Diaz. Elle hoche la t�te. Elle conna�t. Pourtant l'une est ha�tienne et l'autre dominicaine. Belicia m'explique que l'enjambement de cette fronti�re qui n'a pas toujours exist� a rendu les exils et les enracinements, d'un c�t� et de l'autre, indistincts. Alors elle bifurque sur l'histoire d�Hispaniola, l'�le o� Colomb a accost� et qui est selon Oscar Wao le ground z�ro du Nouveau Monde. Aujourd'hui, cette �le o� le conqu�rant a d�barqu� en croyant avoir d�couvert les Indes, est partag�e entre Ha�ti qui occupe le tiers � l'Ouest et la RD, les deux tiers � l'Est. Avec une connaissance humble et pr�cise, Belicia me scotche. Dates, noms, �v�nements, je vois se d�rouler un film. L'arriv�e de Colomb et la r�sistance des Indiens Ta�nos qui, sur l'�le de Quisqueya, poss�daient la civilisation la plus avanc�e des Antilles, puis son d�part, laissant 39 hommes, et enfin son retour sur l��le onze mois plus tard flanqu� d�une armada de 1 500 hommes dont des pr�tres pour �vang�liser les Indiens. En repr�sailles � la r�sistance indienne, Colomb monte des exp�ditions punitives, d�but du g�nocide qui a fait compl�tement dispara�tre cette ethnie am�rindienne. D�s lors Hispaniola sera un enjeu entre les puissances europ�ennes(1). La r�volution de 1789 en France et le sacre de Bonaparte dix ans plus tard eurent des effets directs sur l'�le conjointement occup�e par les Fran�ais et les Espagnols, les Anglais n'�tant jamais tr�s loin. Esclave domestique qui a appris � lire et � �crire � l'�ge de 40 ans, Toussaint Louverture l�ve une arm�e de serfs pour combattre les Fran�ais aux c�t�s des Espagnols qui lui avaient promis l'abolition de l'esclavage. Cependant, ces derniers trahissent leur parole et Toussaint Louverture reconquiert les terres arrach�es jadis aux Fran�ais au profit des Espagnols devenus ses ennemis. Entre-temps, la Convention abolit l'esclavage. Arriv� au pouvoir, Bonaparte le r�tablit, incit� sans doute par les membres de la famille de son �pouse, Jos�phine, grands propri�taires terriens dans les Antilles fran�aises. La R�publique de Ha�ti, enfant adult�rin de la r�volution fran�aise, payera son ind�pendance � l��gard de la France en monnaie sonnante et tr�buchante. Elle est �trangl�e par la dette de 150 millions de francs or exig�e par la France � l�ind�pendance du pays en 1804. Cette somme faramineuse devait d�dommager les colons fran�ais. La somme est vers�e en totalit� en 1885 mais �l�odieuse dette� a laiss� des stigmates psychologiques et �conomiques qui, ajout�s � d�autres facteurs, ont conduit progressivement le pays a �tre le plus pauvre du continent am�ricain apr�s avoir fait de la France, pendant la colonisation, le premier exportateur de sucre au monde. Belicia parle des Cara�bes comme d'un ensemble homog�ne, une sorte d'archipel au destin commun. Elle pointe l'index vers l'horizon :
- L�, c'est Porto Rico. Derri�re, tu trouveras la Jama�que. Et puis, par l�, Cuba. Et encore par ici, la Colombie... Et partout, ajoute Belicia, une sorte de mal�diction jet�e sur l'Histoire comme un sortil�ge qui appelle l'exaltation des luttes. S'il y a une r�gion o� la libert� a un go�t particulier de sacrifice, c'est ici. Surtout en RD. Cercle du malheur. Tout le monde a occup� l'�le, longtemps, un peu... Les Espagnols, les Fran�ais, les Anglais, les Am�ricains ! Quand ils n'occupent pas franco de port, ils manipulent. Les dictateurs locaux, soutenus par les ex-colonisateurs, du moins au d�but, sont parmi les plus tragiquement caricaturaux de l'Histoire. Papa Doc en Ha�ti d�tient quelques records gratin�s. Mais c'est surtout en RD que la dictature la plus baroque, la plus d�mesur�e, la plus cynique a s�vi. Trujillo, alias le Voleur de B�tail Rat�, a ratibois� le pays. C'est lui qui inspira � Gabriel Garcia Marquez son fameux L'automne du patriarche, et � Junot Diaz ce passage flamboyant : �Mul�tre sadique et ventripotent aux yeux porcins qui se blanchissait la peau, portait des chaussures � semelles compens�es et avait un faible pour les parures datant de l'�re napol�onienne. Trujillo (�galement surnomm� El Jefe, le Voleur de B�tail Rat� � Face de Gland) en vint � contr�ler quasiment toutes les facettes de la vie culturelle, sociale, �conomique en R�publique Dominicaine gr�ce � un cocktail redoutable � et familier � de violence, d'intimidation, de massacres, de viols, de cooptation et de terreur, menant le pays comme s'il s'agissait d'une plantation dont il serait le ma�tre.� Trujillo est un cas d'esp�ce. Il est all� plus loin que le classique caudillo latino-am�ricain. Promu chef de la police par le pr�sident Vasquez, il renverse son mentor en 1930. Commence alors la botte cauchemardesque de Trujillo qui ne s'ach�vera qu'en 1961, trente et un ans plus tard, par l'assassinat du tyran par des patriotes avec l'aide de la CIA. Les exploits de Trujillo sont l�gion. Dictateur fou et d�nu� de toute mesure, il plongea la RD dans un silence sanglant, tuant les opposants, violant les femmes de ses ministres. Pr�dateur, il d�vorait tout, devenant, et de loin, l'homme le plus riche du pays et m�me du monde � une certaine �poque. Mais ce sont surtout ses frasques qui constituent sa marque de fabrique. En 1937, il fait ex�cuter plusieurs milliers de Ha�tiens en 8 jours. Le massacre � la machette fait entre 15 000 et 30 000 morts tout au long de la rivi�re frontali�re de Dajabon, appel�e depuis la Rivi�re du Massacre. Mais comme dans le club des dictateurs on est fait pour s�entendre, le 22 d�cembre 1958, Trujillo et le dictateur ha�tien Fran�ois Duvalier dit Papa Doc signent un accord de protection mutuelle. Aucun des deux gouvernements ne permettra sur son territoire respectif des activit�s subversives contre l�un d�eux, ni que les exil�s politiques r�alisent de la propagande contre leurs �tats. Il d�baptise la capitale Saint- Domingue pour l'appeler tout simplement de son nom, Ciudad Trujillo. Idem pour le pic Duarte, le point culminant du pays, devenu Pic Trujillo. M�galo, il nomme son fils Rafael, colonel de l'arm�e � l'�ge de 9 ans et g�n�ral � 12. Belicia remarque que, heureusement, tout cela appartient au pass�. Personne ne parle plus de cette histoire. S�r ?
A. M.
(1) Le trait� de Ryswick reconna�t en 1697 l'occupation fran�aise, et divise Hispaniola en deux. A l�Est, la colonie de Saint-Domingue revient � la France. Ce sera la future Ha�ti. A l�Ouest, Santo Domingo est attribu� � l'Espagne. Ce sera la future Saint- Domingue.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.