C�est tr�s aga�ant d�entendre les journalistes, les �sp�cialistes� et les �experts�, invit�s � donner � la t�l�vision leurs avis sur les sujets d�actualit� imm�diate, faire des commentaires et des analyses, voire proph�tiser et dans le m�me temps se plaindre du manque d�informations. On l�a encore constat� ces jours-ci avec la prise d�otages � In Amenas, en Alg�rie. Le site gazier est coup� du monde. L�arm�e alg�rienne est en train de �traiter� les preneurs d�otages : on n�en conna�t pas le nombre, mais on devine leur d�termination : une bande de fanatiques capables de faire sauter le site avec ses 750 hommes et femmes y travaillant. Le b�cher du si�cle ! Et peu leur importe de mourir. On le sait. Les Alg�riens le savent bien pour avoir pay� le prix durant ce qu�on appelle la d�cennie noire � environ 200 000 morts � et, n�en d�plaise aux �experts�, acquis une certaine exp�rience dans la lutte antiterroriste. Durant cette p�riode, ce pays �tait seul face � une n�buleuse de fanatiques d�cid�s � en d�coudre au p�ril de leurs vies. Pas un pays d�Occident, fournisseur d�armes et de moyens d�informations ultra-sophistiqu�s n�avait accept� de l�aider ; pas m�me de lui vendre cash les armes ad�quates pour venir � bout de la pieuvre. Certaines officines en Europe et ailleurs n��taient pas trop contrari�es du reste par cette guerre contre le terrorisme. Que les Arabes se tuent entre eux, cela ne pourrait que d�congestionner un peu, et r�duire les foules pr�tes � envahir l�Europe ! L�Alg�rie avait pourtant pr�venu que la menace du d�placement du terrorisme vers le Nord �tait patente. Durant ces ann�es noires 1990-1999, aucun �sp�cialiste�, aucun commentateur ne reprochait aux autorit�s alg�riennes de ne pas communiquer, de ne pas informer les plateaux de t�l�vision sur la strat�gie choisie pour venir � bout d�une guerre sanglante et d�vastatrice. Tr�s peu de journalistes courageux avaient accept� de troquer le confort des studios parisiens contre la promenade dans les maquis des GIA. Pourtant, la guerre faisait des ravages � quelques encablures des studios de t�l�vision. Or, voil� qu�aujourd�hui, on entend lors de ces �missions des cris de vierges effarouch�es sur l�absence de communication d�Alger. Mais que diable font donc les porteparole de l�arm�e et des affaires �trang�res alg�riennes pour ne pas communiquer aux puissances occidentales les plans adopt�s pour neutraliser les assaillants ! Mais enfin c�est inadmissible, s��trangle Ulysse Gosset. On n�a jamais vu �a, dit-il. C�est vrai que lors de l�invasion de Ghaza, il �tait inform� minute par minute de la progression des militaires isra�liens, des bombardements, du nombre des victimes, par sexe, par �ge, du nombre de maisons, d��coles, d�h�pitaux d�truits enti�rement ou partiellement, avec ou sans occupants !!!!!!! C�est vrai qu�on a toujours �t� habitu�s � entendre sur les plateaux de t�l�vision l�intervention en direct des envoy�s sp�ciaux interrompre les �lucubrations sur les plateaux par : �All�, ne quittez pas, je vous passe le patron du GIGN qui va d�tailler pour nos t�l�spectateurs le prochain d�roulement des op�rations � partir du Rainbow Warrior.� Qui pourrait oublier le correspondant de guerre intervenant en direct du ciel en sautant sur Kolwezi ? C��tait cela la communication, n�est-ce pas ? De leur c�t�, les �experts� ne se sont pas priv�s de critiquer les m�thodes brutales de l�arm�e alg�rienne dont les forces sp�ciales form�es � l��cole russe ne savent pas faire dans le d�tail, disent-ils. Les Britanniques sont en col�re. Il fallait n�gocier puisqu�il y avait des citoyens de Sa Majest� parmi les otages, pardi. Les Japonais et les Am�ricains itou. Et puis voil� que la Maison-Blanche r�pond aux ravisseurs que les Am�ricains ne n�gocient pas avec les preneurs d�otages. Alors messieurs les �experts� ! N�gocier ou pas ? Laurent Fabius, ministre fran�ais des Affaires �trang�res, nous rappelle � point nomm� que Paul Val�ry disait : �Un expert c�est quelqu�un qui se trompe selon les r�gles.� Certes messieurs les �sp�cialistes�, l�Alg�rie aurait pu recourir � d�autres m�thodes si par exemple les puissances occidentales avaient accept� de partager leurs expertises avec les militaires alg�riens durant les ann�es noires, contre paiement cash bien s�r. Et comme ce n�est pas le cas, ils n�ont pas appris � faire dans la dentelle en discutant avec les preneurs d�otages. Les �experts� leur auraient conseill� de d�p�cher par exemple vers une bande de fanatiques bourr�s d�explosifs sur un champ gazier et munis du seul billet aller un n�gociateur fin psychologue, arm� d�un porte-voix et criant : �All�, all�, sortez les mains en l�air. Il ne vous sera fait aucun mal. Si vous lib�rez les otages vous pourrez repartir librement � bord de vos picks-up vers la fronti�re libyenne toute proche. Au revoir et� � bient�t.� Tout ce beau monde trouve choquant aussi, � l�instar du premier ministre britannique, que les Alg�riens n�aient pas eu la d�licatesse de t�l�phoner � quelques capitales pour leur demander leurs avis sur la meilleure fa�on de d�loger des terroristes fanatis�s jusqu�au suicide collectif. Cela leur aurait permis dans l�intervalle de remplir d�eau quelques Canadair pour un aller simple vers un brasier gigantesque � quelques milliers de kilom�tres de la civilisation. Bien �videmment, on exhumera encore l�in�vitable antienne en glosant sur la parano des Alg�riens, leur obsession de leur ind�pendance, leurs rapports schizophr�niques avec l�ancien colonisateur, leur susceptibilit� ombrageuse. C�est de bonne guerre, dirait-on. Mais quand admettrez-vous, messieurs les Anglais, que la Grande-Bretagne n�est pas le nombril du monde et qu�on ne peut faire la le�on aux autres quand on a eu un Premier ministre qui a �t� � l�origine du plus grand mensonge du si�cle qui a failli d�clencher la troisi�me guerre mondiale ? On ne peut continuer � s�habiller de probit� candide quand on a menti devant la terre enti�re sur les armes de destruction massive en Irak, et l�Occident ne peut pr�tendre � la neutralit� quand on assiste � l�humiliation continuelle du Conseil de s�curit� des Nations unies au sujet de la Palestine. La coop�ration internationale est indispensable pour arriver � bout de ce terrorisme. Elle ne pourrait �tre efficace que si elle se donne les moyens d��riger un parangon de justice en la forme d�un organisme international ind�pendant de toute influence. Mais ceci est une autre histoire. Alors messieurs les �experts�, un peu moins d�arrogance et un peu plus de d�cence s�il vous plait. S. K. * Universitaire ayant � son actif beaucoup d��crits sur l�islam et notamment sur le soufisme.