Par Kader Bakou Pierre Bachelet, qui a quitté ce monde le 15 février 2005, a, peut-être, donné le dernier concert de sa carrière et de sa vie à Alger. L'auteur, compositeur, interprète français a chanté à la salle Ibn Khaldoun, le 29 octobre 2004, en soirée. Au cours de la même journée, il avait animé une conférence de presse à l'hôtel Hilton d'Alger. Effets visibles du cancer des poumons qui allait l'emporter, le chanteur était très maigre. Mais il souriait et plaisantait tout le temps. «Je suis très heureux d'être en Algérie. Cela fait longtemps que j'attendais cette occasion. Des Algériens, en France, me demandaient : «Pourquoi vous ne venez pas chanter chez nous ?» Aujourd'hui, je suis là !» dira-t-il au début de son intervention. Bachelet est fasciné par la beauté de la baie d'Alger. «Je l'ai déjà vue sur des cartes postales, mais, là, c'est merveilleux, surtout la vue des bateaux. Vous savez, je suis un passionné de la mer», dira-t-il admiratif. Parlant de l'écriture et de la composition musicale, il répond à une question d'un journaliste : «Comment fait-on pour chanter, pour composer ? Tout le mystère est là. Ce sont des choses qui viennent ainsi. Là où je vais, j'entends les gens parler. Ce sont des moments pathétiques. On ne crée jamais, on n'invente rien, on copie toujours. Ce sont des choses qui nous donnent de l'élan, mais qui ne nous appartiennent pas. On les prend pour en faire autre chose. C'est toujours l'histoire de quelqu'un d'autre.» Le soir, Pierre Bachelet est dans une salle, Ibn Khaldoun, archi-comble. Les chansons se succèdent. Le public demande Elle est d'ailleurs et Flo, une chanson enregistrée en 1989 en duo avec la navigatrice (voile) Florence Arthaud, surnommée la petite fiancée de l'Atlantique. «Dommage, Florence est loin... Mais, il y a une solution», répond Pierre Bachelet. Cette solution, ce sont les nouvelles technologies au service de l'art et qui ont permis à Bachelet de chanter sa partie en direct tout en donnant la possibilité au public d'écouter les passages préenregistrés interprétés par Florence Arthaud. A la fin de son concert algérois, Pierre Bachelet a invité «les enfants et tous ceux qui ont gardé une âme d'enfant à le rejoindre sur scène». Quelques semaines plus tard est mort en France, ,à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, celui qui, à Alger, avait dit : «Je représente cette nostalgie, ce mode de vie qui disparaît à jamais.» K. B.