L'article publié récemment par votre quotidien dans son édition du jeudi 7 août 2014 sous la signature de Mr M. Mehenni contient certaines inexactitudes que je voudrais bien rectifier. Pour une fois que la capitale a les honneurs de la presse, autant y contribuer correctement et y rajouter, si possible, des anecdotes ou faits historiques avérés. Afin de rendre plus aisée la connaissance des lieux de la côte ouest algéroise, à partir de l'Amirauté, la succession des plages est la suivante : - Deux petites plages étroites au bas du Bastion 23 et de Kaa Sour, puis un promontoire rocheux terminant le quartier Nelson (actuellement square Icosium abritant des toboggans) avec la piscine d'eau de mer d'El-Kettani, ensuite les plages contigües de Padovani et R'mila. Celles-ci étaient séparées de R'milet Laawad, par cinq cents mètres environ de rochers, protégeant un parapet bordant une route (boulevard Pitolet) qui n'existe plus depuis la construction du parking Mira, compliquant ainsi la circulation automobile. - R'milet Laawad est donc située à la fin des rochers, au pied des arrêts des bus, face au stade Ferhani (anciennement stade Marcel-Cerdan). Elle se termine par une avancée de blocs rocheux de protection de la plage avec son célèbre rocher carré que les plus de 40 ans connaissent. Enfin, un peu plus loin, la plage de l'Eden juste avant le stade de Bologhine. Voilà pour la géographie des lieux. Si l'on revient à la description des lieux cités dans l'article de M. Mehenni on peut relever : 1) R'milet Laawad n'est pas «les sablettes de Kaa Sour, au bout de l'avenue du 1er Novembre». La présence de la statue symbolisant les trois chevaux est récente et serait due à l'ancien maire d'Alger Jacques Chevallier. R'milet Laawad est donc située beaucoup plus loin et possède sa propre histoire. Son nom provient de l'habitude d'y laver les animaux de trait (chevaux, mulets et ânes) utilisés dans la traction hippomobile et le ramassage des ordures, bien avant l'invasion des véhicules à moteur. C'était aussi l'époque des tramways (T. A. et CFRA) derrière lesquels on pouvait s'accrocher, enfants, pour ne pas payer. 2) Les deux plages étroites au bas de Kaa Sour et du Bastion 23 avaient aussi leur petite histoire. Celle de Kaa Sour, envahie en hiver par les flots jusqu'au pied du mur (sour), servait de décharge pour les ordures ménagères de la Casbah durant l'occupation turque et même avant. La biodégradabilité est assurée car les plastiques n'existaient pas encore. La plage proche de l'Amirauté servait de lieu d'accostage aux barques reliant terre ferme et voiliers ancrés au large. Des passages pourvus d'escaliers permettaient aux marins et officiers de rejoindre leur demeure du Bastion 23. 3) Le parking, utilisé actuellement par la DGSN, était à l'origine, public, sous la responsabilité de l'EGCTU (EPIC de la wilaya d'Alger). Fermé pour cause de travaux de consolidation après une forte tempête, il a rouvert il y a peu, sous la responsabilité de l'administration actuelle. 4) Le square Icosium (Nelson), lieu de récréation des enfants du quartier, forme un espace construit au-dessus de l'exutoire où convergent plusieurs arrivées d'eaux usées provenant de la Casbah (Zoudj-Aïoun) et la rampe Louni-Arezki (ex-Rampe Vallée). Les odeurs nauséabondes ressenties toute l'année et la grisaille de l'eau s'expliquent. Par contre, la présence de pêcheurs ne s'explique pas, vu les risques pour la santé encourus. Et les autorités officielles qui ne font rien ! 5) Lorsqu'on dépasse la piscine d'El- Kettani, toujours vers l'ouest, on tombe sur deux plages contigües : Padovani et R'mila. Elles ont vu défiler durant de nombreuses années des générations de populations qui vivaient en parallèle à Alger. Celle de Bab-El-Oued fréquentait Padovani et celle de la Casbah se regroupait dans l'espace plus réduit de R'mila. Ici, les jours de canicule, pas un espace de sable ne demeurait libre. Les nageurs, équipés souvent de maillots de fortune («une keshra» dans le langage de l'époque, formée d'un morceau de tissu passé entre les jambes et attaché à l'aide d'une ficelle autour de la taille), barbotaient dans la mer, grouillante et tiède. A Padovani par contre, les nageurs étaient plus à l'aise car moins nombreux. Contrairement à R'mila, Padovani était équipée de cabines et douches. Une musique douce égayait la salle de barrestaurant, transformée en piste de danse les week-ends et les jours de fête. Signalons cependant l'entorse, pour le moins curieuse, qui était tolérée pendant les veillées du Ramadhan. Tous les artistes en vogue à l'époque ont défilé dans les soirées de Padovani. Je me souviens ainsi de certains noms, que je cite dans le désordre, et qui ont égayé mes veillées du Ramadhan : Ali Riahiet, Mohamed El Jamoussi, Badia Rochdi, Bachtarzi et sa troupe naturellement, Meryem Fekkaï, sans oublier Mohamed Touri et surtout le présentateur vedette Sid Ali... 6) Quant à l'amélioration du cadre de vie des populations de Bab El-Oued (et des environs) entreprise par les gestionnaires de la ville, peut-on dire que c'est une réussite ? Alors qu'on observe : - Une circulation automobile dense et paralysante. - Une suppression du boulevard Pitolet sans tenir compte de la circulation toujours en augmentation. - Une suppression de la barrière de rochers qui protégeait le Boulevard Pitolet et R'milet Laawad pour la remplacer par une autre (dépense d'argent inutile) pas tout à fait identique ! - Une non-utilisation du tunnel de l'ancien tramway des années 30 qui aurait pu soulager la circulation. - Des problèmes environnementaux générés par la carrière d'agrégats de la wilaya d'Alger (poussières et noria de camions) ainsi que les rejets d'eaux usées de l'exutoire de Nelson, alors que l'Office national de l'assainissement devait, en principe, récupérer la totalité des rejets pour les transférer vers la station de traitement des eaux usées de Gué de Constantine. Pour conclure cette série d'informations sur la disponibilité des plages, nous pouvons dire, sans risque de nous tromper, que la population algéroise avait dans les années soixante, plus de possibilités de se rafraîchir dans la Méditerranée qu'actuellement. Et pourtant elle était presque trois fois moins nombreuse. En outre, au-delà des plages déjà signalées à l'extrémité ouest (R'milet Laawad et l'Eden), d'autres possibilités étaient offertes aux courageux marcheurs ou aux mieux lotis qui s'acquittaient du ticket de tramway. Ils pouvaient ainsi se baigner aux (Deux Chameaux», aux «Voûtes» ou encore au «Parc aux huitres». L'été, la pollution était minime et les fruits de la mer étaient disponibles et à profusion. Toute la côte disponible d'accès à la mer au début et faisant partie du domaine public maritime a, peu à peu, été grignotée par les résidents, lesquels en joignant leurs murs, en interdisent l'accès et privatisent ainsi toutes ces multiples criques et sablettes qui faisaient la joie des enfants pendant les grandes vacances. Les services publics (APC), en ignorant cette situation, deviennent complices de ces occupants illégaux qui empêchent ces enfants d'avoir des activités saines. Chose plus grave, la formation de ces barrières empêche l'écoulement des eaux chargées de terre qui descendent des hauteurs de Bouzaréah pour former des torrents de boue sur la route et qui perturbent la circulation. A. T. * Professeur retraité Membre fondateur (Fondation Casbah)