Des travailleurs saisonniers de l'entreprise régionale de génie rural, ERGR Zaccar basée à Bouira et qui possède des projets sylvicoles relevant du ministère de l'Agriculture et du Développement rural, ont observé hier un sit-in de protestation devant la Direction régionale sise à la sortie est de Bouira sur la RN33. Lors de notre déplacement sur les lieux hier matin, nous avons été frappés par les conditions dans lesquelles ces travailleurs exercent au sein de cette entreprise qui possède un plan de charge au niveau du territoire national et entrant dans le plan quinquennal du PPDRI ou projet de proximité de développement rural intégré. A Bouira, cette entreprise possède des dizaines de projets sylvicoles à travers les communes rurales. Cette entreprise, unique en son genre à l'échelle nationale, s'occupe des travaux sylvicoles en termes de défrichements des forêts, de corrections torrentielles, de plantations d'arbres fruitiers et forestiers dans le cadre de la reforestation après les incendies qui ravagent des milliers d'hectares d'espèces floristiques au niveau de nos forêts. Aussi, et c'est parce que cette entreprise possède un plan de charge assez conséquent aux dires du représentant syndical affilié à l'UGTA qui était sur place parmi les travailleurs, il nous a été difficile de croire que les travailleurs saisonniers, qui étaient là sur place, percevaient des salaires mensuels ne dépassant guère les 15 000 dinars. A notre étonnement, ces travailleurs nous ont présenté leurs fiches de paye des mois de décembre et novembre où l'on a relevé des salaires indécents de 14 286,27 dinars pour un maçon, et 11 949,91 dinars pour un bûcheron tronçonneur. D'autres travailleurs accourent pour nous parler de leurs salaires inférieurs à 10 000 dinars. Des situations qui nous ont laissés cois surtout quand nous avons appris que ces travailleurs saisonniers sont dans la même situation depuis les années 1990, c'est-à-dire dépassant 20 ans sans que cette entreprise n'ait jamais pensé à les régulariser et leur assurer un salaire décent. Et tout cela se passe sous nos yeux, et sans que l'on sache comment cette entreprise fonctionne et sans aucun contrôle. Cela même si nous savons que ces salaires sont calculés sur la base de six heures par jour et non huit heures, ces travailleurs, embauchés au sein de cette entreprise depuis 1988 pour certains d'entre eux, et sans presque discontinuer, hormis certaines périodes ne dépassant pas une année, nous évoquent également les problèmes de tenues de travail, de chaussures et d'agnats que cette entreprise ne leur a jamais assurés. Outre cela, le problème du transport est également évoqué par ces travailleurs qui rappellent qu'ils sont transportés sur des dizaines de kilomètres à bord de tracteurs, dans des conditions inhumaines surtout en période hivernale où il leur arrive de se déplacer à bord de cet engin inadéquat, à 3 heures du matin pour arriver au lieu du travail à temps, c'est-à-dire vers les coups de huit heures du matin. Et comble de l'inhumanité et de l'exploitation qui frise l'esclavagisme, si jamais ces travailleurs qui sont transportés sur des kilomètres, dès les premières lueurs du matin et sous un froid glacial, sur les lieux, arrivent et qu'il pleut, ils sont refoulés à bord du même moyen de transport... et sans rémunération pour la journée car — situation de saisonnier oblige — ils n'ont pas travaillé. Des histoires que ces travailleurs racontent et qui nous ont donné le tournis tant nous n'avons jamais pensé que ces pratiques inhumaines pouvaient encore exister dans notre pays et en 2015. Cela étant, et la chose qui nous a vraiment frappés, c'est lorsque ces travailleurs nous diront qu'ils ont toujours signé des conventions écrites en français auxquelles ils ne comprenaient rien et par-dessus tout, leur sit-in de ce dimanche a été décidé après que les responsables de cette entreprise eurent convenu de réduire le montant journalier de 65 dinars/jour à 54 dinars /jour. Une réduction qui s'est répercutée sur les mensualités déjà dérisoires de ces pauvres travailleurs qui sont plus de 200 dans la même situation, habitant dans des communes éloignées et enclavées comme Ridane, Maâmora, Taguedit, Medsour, Ahl Ksar, etc. et voyant leurs mensualités réduites d'une moyenne de 2 000 à 2 500 dinars. Aussi, ce dimanche, lors de leur sit-in, ils ne réclament que le retour vers leurs anciens salaires, et si possible leur recrutement dans le cadre des CDD ou contrats à durée déterminée et non saisonniers. Signalons qu'à l'issue de cette entrevue avec ces travailleurs à l'extérieur du siège de l'entreprise, le directeur de l'unité nous dira qu'il était prêt à nous recevoir. Mais une fois celui-ci parti, nous avons essayé de pénétrer à l'intérieur du siège mais un agent de sécurité, un homme barbu et d'un certain âge, nous intercepta, exigea la carte professionnelle et lorsque nous lui présentâmes celle-ci, il nous dira qu'il ne reconnaît ni cette carte ni d'ailleurs les journalistes, les «thayabat Al hammam» comme il le précisa avec arrogance. Nous avons quitté les lieux sans avoir l'avis des responsables par la faute d'un agent ignare.