Un pays riche mais une économie en panne et une population pauvre    M. Mouatassem Boudiaf prend ses fonctions de gouverneur par intérim    Donald Trump menace d'autres pays    Un BMS annonce des chutes de neige dans 30 wilayas    Lancement de deux concours pour le recrutement de personnels assimilés et d'agents contractuels assimilés    Israël est créé en 1948, mais l'Etat palestinien n'existe toujours pas    Les officiers de police musulmans demandent à rencontrer Donald Trump    Ligue 2 : Trêve hivernale du 4 au 16 janvier 2026    Les Verts veulent terminer sur la lancée    CR Belouizdad : Fin de mission pour le coordinateur de l'équipe première    Vaste opération de maintenance du réseau autoroutier    «La dissuasion est un moyen de corriger le comportement des conducteurs fautifs»    Saâdaoui réagit aux rumeurs et met les points sur les ''I''    Un stratège de la Guerre de libération dans la wilaya III historique    Les inscriptions des films ouvertes    Projection en avant-première de «Boussaâda, Art et Histoire»    Des élèves-officiers prêtent serment devant les magistrats    Le président de l'Assemblée nationale populaire présente ses condoléances    Programme TV du 4 novembre 2025 : Coupes et Championnats – Heures et chaînes    Programme TV du samedi 25 octobre 2025 : Ligue 1, Bundesliga, CAF et championnats étrangers – Heures et chaînes    Programme TV du 24 octobre 2025 : Ligue 2, Ligue 1, Serie A, Pro League – Heures et chaînes    Festival international du Malouf: fusion musicale syrienne et russe à la 4e soirée    Adhésion de l'Algérie à l'AIPA en tant que membre observateur unique: le Parlement arabe félicite l'APN    Industrie pharmaceutique : nécessité de redoubler d'efforts pour intégrer l'innovation et la numérisation dans les systèmes de santé nationaux    Conseil de sécurité : début de la réunion de haut niveau sur la question palestinienne et la situation au Moyen-Orient    Examen de validation de niveau pour les diplômés des écoles coraniques et des Zaouïas mercredi et jeudi    APN : la Commission de la santé à l'écoute des préoccupations des associations et parents des "Enfants de la lune"    Réunion de haut niveau du Conseil de sécurité sur la question palestinienne et la situation au Moyen-Orient    Boudjemaa reçoit le SG de la HCCH et le président de l'UIHJ    Athlétisme / Mondial 2025 : "Je suis heureux de ma médaille d'argent et mon objectif demeure l'or aux JO 2028"    Ligne minière Est : Djellaoui souligne l'importance de la coordination entre les entreprises de réalisation    Mme Bendouda appelle les conteurs à contribuer à la transmission du patrimoine oral algérien aux générations montantes    CREA : clôture de l'initiative de distribution de fournitures scolaires aux familles nécessiteuses    Poursuite du suivi et de l'évaluation des programmes d'investissement public dans le secteur de la Jeunesse    Agression sioniste contre Ghaza : le bilan s'alourdit à 65.382 martyrs et 166.985 blessés    La ministre de la Culture préside deux réunions consacrées à l'examen de l'état du cinéma algérien    Le Général d'Armée Chanegriha reçoit le Directeur du Service fédéral pour la coopération militaire et technique de la Fédération de Russie    Foot/ Coupe arabe Fifa 2025 (préparation) : Algérie- Palestine en amical les 9 et 13 octobre à Annaba    L'Algérie et la Somalie demandent la tenue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité    30 martyrs dans une série de frappes à Shuja'iyya    Lancement imminent d'une plate-forme antifraude    Les grandes ambitions de Sonelgaz    La force et la détermination de l'armée    Tebboune présente ses condoléances    Lutte acharnée contre les narcotrafiquants    La Coquette se refait une beauté    Cheikh Aheddad ou l'insurrection jusqu'à la mort    Un historique qui avait l'Algérie au cœur    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



A FONDS PERDUS
Nietzsche l�Alg�rien (3e et fin) Par Ammar Belhimer [email protected]
Publié dans Le Soir d'Algérie le 28 - 07 - 2009

Anticipant sur la fin du roman dont il est question ici (*), un lecteur de Mostaganem, nous �crit cette semaine : �Votre article rappelle, si j�en ai bien saisi le sens, � combien est difficile, non de vivre dans la n�gation, mais de la vivre du dedans. Refuser l�antinomie du bien et du mal par Nietzsche a �t�, je le pense, le d�but d�une �re nouvelle, celle qui germait d�j� dans la pens�e de Schopenhauer. Ce fut le d�but d�un d�clin irr�versible, celui des arri�re-mondes et d�une civilisation qui a abouti � un avilissement cruel de l�individu, celui-ci pris dans un labyrinthe �tourdissant et jet� � la merci d�un d�luge id�ologique taill� � sa mesure. Tout pour que non seulement il n�emprunte point les sentiers de la qu�te noble de la v�rit�, mais tout juste et encore plus terriblement pour qu�il n�y songe m�me pas.�
Bien vu ! En effet, il ne s'agit plus d�sormais de savoir si tel philosophe dit vrai ou non, mais de d�terminer ce qui chez lui �veut�, �d�sire� la v�rit�. Si Nietzsche n'a de cesse de d�noncer le �manque de probit� et de courage, le manque de philologie, la mauvaise foi des philosophes, etc., c'est que ceux-ci dissimulent habilement le complexe d'affects, de sentiments et de pulsions qui s'exprime � travers leur pr�tendu d�sir de v�rit�. Ainsi d�masqu�s, les philosophes apparaissent le plus souvent comme des ��tres r�actifs�, des �contempteurs du r�el�, qui retournent la pens�e contre la vie : �L'histoire de la philosophie est une rage secr�te contre les conditions premi�res de la vie, contre les sentiments de valeur de la vie, contre le parti pris en faveur de la vie. Les philosophes n'ont jamais h�sit� � approuver un monde, � condition qu'il contraste avec ce monde-ci, qu'il fournisse un moyen commode de dire du mal de ce monde-ci. Ce fut jusqu'ici la grande �cole de la calomnie.� Qu�te de v�rit�, mais esp�rance aussi, m�me si �elle est le pire des maux parce qu�il prolonge le tourment�. A ce sujet, dans Humain, trop humain, Nietzsche reprend l�image de la bo�te de Pandore qui, une fois ouverte, sema sur le monde les maux que Zeus avait plac�s. Il restait un dernier mal inconnu de tous : l�esp�rance. Pour Nietzsche, �depuis lors, l�homme a toujours, et � tort, consid�r� cette bo�te et les espoirs qu�elle contenait comme un tr�sor. Mais c��tait oublier la volont� de Zeus : que l�homme ne cesse jamais d��tre tourment�. Faute d�esp�rance, Nietzsche se concentre sur le d�sespoir : �Le d�sespoir est, � mes yeux, la ran�on de la lucidit�. Regardez la vie droit dans les yeux, vous n�y verrez que d�sespoir�. En cons�quence logique, le soulagement est dans la mort : �J�ai toujours consid�r� que le privil�ge des morts est de ne plus mourir !� Aussi : �Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort.� Face � la mort, l�important est de savoir tirer sa r�v�rence : �Je n�apprends pas aux �tres � �supporter� la mort, ou � �s�accommoder� d�elle. Ce serait leur apprendre � trahir la vie. Ecoutez le conseil que je vous donne : mourez au bon moment.� Mon grand-p�re aimait se r�clamer de ses racines maraboutiques en me disant : �Un homme b�ni de Dieu doit conna�tre le jour de sa mort.� Revenons � Nietzsche pour savoir quel est le bon moment pour mourir. �L�horreur de la mort dispara�t d�s lors que l�on meurt en ayant v�cu jusqu�au bout ! Si vous ne vivez pas au bon moment, alors vous ne mourrez jamais au bon moment non plus.� �Pourquoi tous les grands philosophes sont-ils sombres ? Demandez-vous qui sont les gens satisfaits, rassur�s et �ternellement joyeux ! Laissez-moi vous donner la r�ponse : ce sont ceux qui ont une mauvaise vue � la populace et les enfants !� Pour autant, peut-on conclure que Nietzsche est le philosophe du nihilisme ? Certes, il se croit investi d�une mission : celle de d�montrer �que notre incr�dulit� peut engendrer un code de conduite pour l�Homme, une nouvelle morale, de nouvelles Lumi�res, qui remplaceraient les superstitions et le d�sir de surnaturel. � �Je sais maintenant ce que signifie prendre les r�nes de son destin. C�est � la fois terrible et merveilleux. � On doit enfin r�cuser l�accusation de nihilisme � la lecture de ce propos : �Un �tre profond a besoin d�amis. Quand tout s��croule autour de lui, il lui reste encore ses dieux. Or je n�ai ni dieux ni amis. J�ai des d�sirs et ce que je d�sire le plus, c�est l�amiti� parfaite, l�amiti� inter pares, entre �gaux. Quels mots emb�tants : inter pares� charg�s de tant d�espoir, de r�confort pour un homme comme moi, un homme qui toujours fut seul.� Cette �galit� commande que �si ton ami est malade, offre asile � sa souffrance, mais sois pour lui une couche dure, un lit de camp�. Ce qui fait obstacle � cela, c�est la volont� de puissance. Dans la lign�e de la tradition m�taphysique allemande, qui a fait des notions de force et de volont� l'essence m�me du r�el, Nietzsche soutient que le fond ultime de la r�alit� est volont� de puissance, au sens fran�ais de �vouloir en vue de la puissance �. Elle appara�t qu'� avec Zarathoustra (1884), notamment lorsque ce dernier s'entend chuchoter que le �secret de la vie est volont� de puissance �. La doctrine du surhomme serait �venue � lui� lors d�une illumination le 26 ao�t 1881. On ne saurait minimiser l'originalit� de cette doctrine en y voyant la reprise d'un th�me classique chez les Anciens, et ce d'autant plus qu'il ne se trouve �ni en Gr�ce, ni en Orient, si ce n'est d'une mani�re parcellaire et incertaine, [et] dans un tout autre sens�. Elle appara�t, pour la premi�re fois nettement exprim�e, dans les textes publi�s, au paragraphe 341 du Gai savoir intitul� �Le poids le plus lourd�, et sous la forme de la parole d'une sorte de �d�mon int�rieur� : �Cette vie, telle que tu la vis maintenant et que tu l'as v�cue, il te faudra la vivre encore une fois et d'innombrables fois.� Cette id�e du �cycle absolu et ind�finiment r�p�t� de toutes choses� est d'abord une pens�e d�sesp�rante, pourtant elle doit transformer celui qui vit �sous son empire� en quelqu'un qui t�moigne d'autant plus �de bienveillance [envers lui-m�me] et envers la vie� qu'il sait que, quoi qu'il veuille ou fasse, il lui faudra le vouloir ou le faire de telle mani�re qu'il puisse en d�sirer le retour �ternel. Sorte d'imp�ratif cat�gorique de la morale nietzsch�enne, il n'invite pas � sortir du temps mais � donner � la vie de chacun, et � son pr�sent propre, toute son intensit�, toute sa richesse et toute sa pl�nitude. L� est le point culminant de tout vouloir : �Imprimer au devenir la marque de l'�tre, telle est la plus haute volont� de puissance. � Pour Nietzsche, c'est la loi m�me de la vie (et au-del� m�me de la vie, de la r�alit� inorganique) de toujours tendre � s'intensifier et � se d�velopper. Alternative douloureuse, voire tragique pour tout vivant : cro�tre, se d�passer, ou bien, d�cliner et p�rir. Un r�ve de libert� habite l�homme depuis qu�il est sur terre, de g�n�ration en g�n�ration. Cet espoir fou le pousse � r�sister � toute forme de domination. Une volont� d'�mancipation qui a mobilis� des esclaves comme des serfs, masses exploit�es comme les femmes domin�es, les minorit�s opprim�es comme peuples colonis�s. A chaque p�riode, il s'est trouv� des intellectuels pour accompagner ces luttes et leur offrir un fondement philosophique. Cette �laboration a converg� au XVIIIe si�cle pour donner les Lumi�res, dont l'h�ritage marie raison et libert�. Chez Nietzsche, la volont� de puissance peut se manifester concr�tement aussi bien comme une force organisatrice et ordonnatrice ou destructrice, et se d�ployer tant dans l'acte sexuel que dans l'affirmation du sentiment aristocratique et dans la cr�ation artistique ou dans la pens�e philosophique ou religieuse.
A. B.
(*) Irvin Yalom, Et Nietzsche a pleur�, Galaade Editions (pour la traduction fran�aise), Paris 2007.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.