Le président de l'association française SOS Racisme, Dominique Sopo, nous a exprimé hier ses craintes de la montée du racisme au lendemain des attentats terroristes de Paris. Le Temps d'Algérie : Des actes de racisme sont-ils à craindre au lendemain des attentats terroristes de Paris? Dominique Sopo : Il faut le craindre. C'est d'ailleurs un des objectifs des terroristes et de leurs commanditaires. Car, si le terrorisme vise évidemment à terroriser et à pousser les pays visés à restreindre leurs libertés pour, dans une logique perverse, pointer l'écart entre les valeurs proclamées et des textes sécuritaires, il vise aussi et peut-être même surtout à faire prospérer la haine. Leur logique est d'amener une société à voir tous les musulmans comme des terroristes potentiels. D'espérer des représailles aveugles de non-musulmans envers des musulmans. De jouer de la situation de tension envers les musulmans ainsi frappés pour mieux attirer ces derniers dans leurs filets. Etc, etc... On remarquera à cet égard que des expressions de haine ont eu lieu dès hier soir, notamment de la part de responsables politiques d'extrême-droite. Avez-vous déjà enregistré des actes de racisme ? Les seuls actes enregistrés sont des propos de stigmatisation. Après les attentats de janvier dernier, nous y avions été déjà confrontés. Quelques dégradations de mosquées avaient également eu lieu. Mais, au-delà, contrairement à ce qu'ont essayé de faire croire certains groupes sur un mode hystérique, les actes ont été peu nombreux et en tout cas d'une ampleur inférieure à ce que nous craignions. Au-delà des actes, il faut noter que l'expression d'une vision dégradée des musulmans est une des explications de l'enracinement à un haut niveau électoral du Front national dont le public est surmobilisé en raison de ce contexte. Quel appel lanceriez-vous pour éviter les dépassements racistes ? L'appel contre le racisme est aussi un appel contre l'idéologie djihadiste qui est nourrie de racisme et d'antisémitisme. Je pense qu'il est fondamental de qualifier très clairement la nature de ces ennemis de l'humanité. Concernant le racisme qui pourrait en retour toucher les populations d'origine maghrébine en France, il faut faire de la pédagogie, répéter inlassablement nos principes de vie en commun et montrer que verser dans le racisme, ce serait pour des raisons déjà mentionnées, se comporter exactement comme les terroristes le souhaiteraient. Le racisme fait partie de ces tensions qui désignent aussi la France comme un maillon faible que les djihadistes pensent pouvoir faire imploser par leurs actes. Etre plus fraternels, plus unis, c'est aussi une façon d'éloigner la menace.