Le jeûne du Ramadan est une obligation pour les croyants, mais la compensation est permise pour ceux qui ne peuvent pas jeûner. L'importance spirituelle du jeûne est mise en avant par le Coran. Le caractère obligatoire du jeûne du mois du Ramadan pour les personnes adultes capables de l'accomplir est clairement prôné par le verset S2-V183. Le début de ce verset identifie les personnes exemptées de cette obligation. Le jeûne peut être, en effet, reporté pour les personnes malades ou en voyage. Nous vous nourrissons tout comme eux. N'approchez pas des turpitudes ouvertement, ou en cachette. (v) Ne tuez qu'en toute justice la vie que Dieu a fait sacrée. Voilà ce qu'Il vous a recommandé de faire; peut-être comprendrez-vous. (vi) Et ne vous approchez des biens de l'orphelin que de la plus belle manière, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité. (vii) Et donnez la juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n'imposons à une âme que selon sa capacité. (viii) Et quand vous parlez, soyez justes même s'il s'agit d'un proche parent. (ix) Et remplissez votre engagement envers Dieu. Voilà ce qu'Il vous enjoint. Peut-être vous rappellerez-vous. Et voilà Mon droit chemin, suivez-le donc; et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie.» Voilà ce qu'Il vous enjoint. Ainsi atteindrez-vous la piété." S6-V151:153Adorer au sens coranique signifie donc être animé par une profonde volonté d'obéir, jovialement, aux prescriptions de Dieu qui définissent le droit chemin coranique; afin d'atteindre la piété de la droiture (à distinguer de la piété des cœurs définie plus-haut). Adorer Dieu implique une connexion permanente des adorateurs, libres, non-soumis, avec le Créateur (S51-V56). Cette connexion continue se fait, en premier lieu, avec la foi en un Dieu unique. En second lieu, elle se fait à travers nos relations quotidiennes et multiformes avec autrui. Celles-ci doivent être basées sur le respect de nos engagements (sentimentaux, moraux, financiers..) envers nos parents, les personnes à notre charge (enfants, orphelins...), la société (respecter la sacralité de la vie, dire la vérité en toute circonstance), nos partenaires de vie (épouses ou époux en évitant les turpitudes), et nos partenaires de travail (ne pas tricher dans les mesures, les poids, respecter les échéances, les dispositions contractuelles...). En résumé, le second lien se fait avec le travail bien fait (…). Le verset ci-dessous résume le lien indéfectible entre l'unicité de Dieu (…) et Son adoration (…) qui se traduit dans notre vie quotidienne et nos relations avec autrui par le travail bien fait :"Dis: Je suis en fait un être humain comme vous. Il m'a été révélé que votre Dieu est un Dieu unique! Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu'il fasse bien son travail et qu'il n'associe dans son adoration aucun autre à son Seigneur." S18-V110. Les adorateurs de Dieu sont donc appelés à respecter des règles de savoir vivre humaines, universelles, de justice infinie et de suprême droiture. Elles doivent se traduire par l'intégrité et la droiture dans toutes les actions des musulman(e)s, et toutes leurs relations, quotidiennes avec autrui (y compris avec leurs adversaires), ce que le Coran résume par le travail bien fait. Dans le Coran, l'exigence de bien faire son travail n'est jamais dissociée de l'exigence de croire au Dieu unique; comme le montre plusieurs versets (S5-V69, S18-V30, S18-V110, S4-V122:124, parmi bien d'autres). Les pratiques cultuelles ont pour objectif de faciliter l'adoration de Dieu. Elles deviennent veines si elles ne font pas des musulman(e)s des personnes plus productives, plus droites et plus justes dans toutes les tâches quotidiennes qu'elles nous accomplissent (S29-45). Elles deviennent veines si elles ne font pas des pays peuplés majoritairement par des musulman(e)s des pays plus prospères et plus égalitaires. Le Coran autorise-t-il les croyants à ne pas jeûner ? Personne ne peut évidemment contester le caractère obligatoire du jeûne du mois du ramadan pour les personnes adultes; et capables de l'accomplir. Le verset S2-V183 est très clair à ce sujet. Le début du verset S2-V184 énonce les personnes exemptées de cette obligation. Le jeûne peut être en effet reporté pour les personnes malades ou en voyage. Qu'en est-il alors pour les personnes en bonne santé et qui ne sont pas malades? La deuxième moitié du verset S2-V184 est, à priori, claire là-dessus mais pas pour la grande majorité des exégètes traditionalistes :"Et pour ceux qui le supportent (qui peuvent l'endurer), il y a une compensation: nourrir un pauvre. "Et si quelqu'un fait plus de son propre gré, c'est pour lui ; «Mais jeûner c'est mieux pour vous; si vous le saviez ! » Le verbe arabe TA-A-KA a été compris quasi-unanimement par les exégètes dans le sens de supporter avec une grande difficulté. Même s'il s'agit de l'un des sens possibles de ce verbe, qu'on peut trouver dans tous les dictionnaires de la langue arabe, il n'est pas le sens le plus commun. Le premier sens de ce mot est supporter, peut supporter, peut endurer, peut le faire, avoir l'énergie de le faire. D'ailleurs, le nom AL-TA-A-KA, qui signifie l'énergie, est dérivé de ce verbe. Plus important encore, le Coran lui-même infirme le sens donné par les exégètes traditionalistes pour les deux raisons suivantes :Le verset S2-V184 recommande de nourrir un pauvre à titre de compensation pour chaque jour non-jeûné. Une telle recommandation ne peut pas être imposée à celles et ceux qui ne peuvent supporter le jeûne qu'avec une grande difficulté!Le même verset recommande de privilégier le jeûne à la compensation, dans la mesure où (...) jeûner c'est mieux pour vous; si vous le saviez!" Faut-il donc comprendre que le jeûne pour celles et ceux qui ne peuvent le supporter qu'avec une grande difficulté sera mieux pour eux que nourrir un pauvre. Rappelons que les pratiques cultuelles font partie de la piété du cœur. Elles sont donc soumises au principe à chacun selon ses capacités; comme le précise le verset S64-V16 ("Soyez pieux envers Dieu autant que vous le pouvez"). La conclusion du verset S2-V184, "Mais jeûner c'est mieux pour vous; si vous le saviez ! ", ne peut donc en aucun cas être adressée à celles et ceux qui ne peuvent supporter le jeûne qu'avec une grande difficulté! Cette interprétation est également en totale contradiction avec le verset suivant, toujours à propos du jeûne du ramadan : (...) Dieu veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous. S2-V185 Le verset S2-V184 autorise donc les adultes capables physiquement de jeûner de s'en dispenser. Pour cela, le non-jeûneur doit s'acquitter d'une compensation (…) celle de nourrir un pauvre. Assez remarquablement, le verset S2-V184 n'utilise pas le terme expiation (…) pour la dépénalisation de chaque jour non-jeûné. Dans le Coran, le terme expiation est exclusivement réservé aux pécheurs qui désirent se racheter après une transgression d'un interdit sacré (…). Remarques en guise de conclusion Mettre les pratiques cultuelles au centre de la religion la vider de sa valeur travail ainsi que de ses valeurs humaines et universelles. Ce faisant, les musulmans ont rempli les mosquées et déserté les usines et les champs. Ils ont bien investi dans la construction de mosquées, mais ils n'ont pas déployé autant de ressources pour l'éducation, la recherche et développement et la santé. En privilégiant les pratiques cultuelles au détriment de l'adoration de Dieu, les musulmans ont oublié qu'on doit rendre culte à Dieu pour solliciter Son aide de nous guider vers le droit chemin. Ce malheureux constat pose la question suivante : les musulmans ont-ils cessé d'être des musulmans? Ont-ils oublié qu'en retour au don de Dieu de la planète terre à l'Homme, la terre entière doit être un lieu d'adoration de Dieu ? Si les musulmans étaient des adorateurs de Dieu au sens coranique, et s'ils jeûnaient dans la bonne humeur et la volonté de servir leurs concitoyens, la production et la productivité auraient enregistré des sauts significatifs pendant le mois du ramadan. Si tel était le cas, le premier président tunisien aurait bien compris pourquoi selon la fin du verset S2-V184 :"Mais jeûner c'est mieux pour vous, si vous le saviez!"Jeûner serait même plus bénéfique pour les pauvres que la prise en charge de leur nourriture par les non-jeûneurs, capables physiquement de jeûner. Avec la hausse de la productivité des adorateurs de Dieu, l'Etat aura les moyens d'offrir des formations qualifiantes aux pauvres pour qu'ils apprennent à pêcher eux-mêmes le poisson, et ne plus dépendre de la compensation des non-jeûneurs. Sami Bibi