Le romancier algérien Habib Sayah, dont la renommée dépasse les frontières, a animé vendredi dernier la deuxième estrade du 21e Sila en présence d'un nombreux public venu de tous les horizons. Il était question d'aborder la bibliographie de l'auteur et surtout les circonstances dans lesquelles il a écrit ses principaux ouvrages. Ainsi, H. Sayah est revenu sur son roman Tilka el mahiba (cet amour), un roman coup de cœur qui a initié de nombreux amoureux du livre à la culture du grand erg puisque la trame de son histoire se déroule à Adrar. Le conférencier a indiqué que pendant la décennie noire, il habitait cette ville qui a ravi son cœur. Habib Sayah a rappelé la grande spiritualité de la ville et l'hospitalité de ses habitants ainsi que les éléments phares qui ont créé la matrice du livre. «J'ai été sidéré par la beauté de la ville d'Adrar, par ses citadelles et palais abandonnés, par la récolte des dattes et ses merveilleuses oasis, par les traces des chrétiens et des juifs ayant foulé son sol. Il y a de l'histoire dans cette ville, et j'ai essayé à travers mon roman d'écrire sur tout l'amour qu'Adrar a pu porter à travers les siècles», a-t-il confié. Le livre ayant créé le plus de tensions selon l'auteur est Zaman Namroud, paru en 1985. L'ouvrage met en exergue le tribalisme électoral d'une ville depuis l'indépendance du pays, que ce soit pour les élections municipales ou législatives. «Victime d'une manipulation, un groupe de jeunes est venu m'agresser chez moi la nuit du 8 août 1985. Ce qui m'a le plus marqué est que j'ai abordé la souffrance de ces jeunes dans mon livre», s'est-il rappelé. Qualifiant son ouvrage de premier roman ayant fait face au régime du parti unique en mettant à nu ses pratiques pour la maîtrise politique, culturelle et idéologique, Habib Sayah a rappelé que son roman a été victime de censure et de saisie en automne de la même année de toutes les librairies du pays, lui créant de ce fait un traumatisme psychologique. Autre roman marquant, Le colonel Zbarbar, qui est selon lui un ouvrage écrit pour trois générations, celle d'avant, pendant et d'après la guerre de libération nationale. «J'ai choisi Zbarbar car c'est une région riche en événements historiques pendant la Révolution algérienne. C'était également le théâtre de beaucoup de tragédies durant la décennie noire», a expliqué l'auteur au sujet de ce roman sélectionné pour le prix Goncourt. Habib Sayah a en somme précisé qu'un projet romanesque réussi passe impérativement par des recherches et des documentations approfondies. Il a également indiqué que les lectures de l'enfance et de la jeunesse constituent un réservoir inépuisable pour le sacerdoce d'écriture, avec notamment l'obligation d'avoir le souffle poétique pour espérer réussir son roman.