Le ministère de la Com-munication a demandé hier à la presse étrangère accréditée en Algérie de se montrer prudente dans la «la couverture médiatique» liée à la libération des deux anciens responsables du FIS dissous, Abassi Madani et Ali Benhadj. En agissant de la sorte, indique une source proche de ce ministère, les pouvoirs publics «ont voulu éviter tout dérapage dont les conséquences peuvent se révéler dommageables pour le pays entier». Il ne fait, du reste, pas de doute que cette mise en garde s'adresse également aux journaux et journalistes algériens dont le sens civique et patriotique est avant tout sollicité. Il doit, en effet, être établi que l'intérêt de l'Etat et du peuple algériens doit passer avant la recherche du scoop. Nos sources n'y vont pas par quatre chemins pour expliquer que ces deux hommes, «déchus de leurs droits politiques et civiques, sont en grande partie les responsables de la tragédie que vit toujours le pays et qui s'est soldée jusque-là par plus de 150.000 morts», cela sans compter les victimes directes et indirectes du terrorisme islamiste, se comptant indéniablement par centaines de milliers. Elles rappellent, dans le même temps, «de quelle manière cette même presse étrangère avait réagi à la suite des terribles attentats du 11 septembre 2001». Les USA, patrie des libertés, de la démocratie et des droits de l'Homme, avaient eux aussi imposé des restrictions à leurs médias et étaient allés jusqu'à «censurer» des bandes audio et vidéo d'Oussama Ben Laden dans le but de ne pas se faire le relais de quelque apologie du crime et du terrorisme. Or, il ne fait absolument aucun doute que notre drame à nous dépasse de loin celui vécu par les Américains, ce qui implique une vigilance accrue de la part des pouvoirs publics et des médias dont le professionnalisme et l'engagement contre le crime terroriste doivent être sans faille. Ce n'est, en outre, pas sans raisons que le ministère de la Communication a lancé cette mise en garde. En effet, à sa libération en 97, Abassi Madani s'était empressé d'accorder un entretien à la chaîne Al-Jazeera dans lequel il demandait l'intervention en Algérie du secrétaire général de l'ONU, ce qui avait induit sa mise en résidence surveillée. Depuis cette date, il faut le dire, beaucoup de choses ont changé. Le peuple ne croit plus au chant des sirènes islamiste. Les thèses algériennes sur le danger de ce phénomène ont triomphé partout. On se souvient, avant, comment la presse étrangère faisait feu de tout bois dans l'unique but d'attiser le brasier algérien. Aujourd'hui, les défis du relogement des sinistrés de Boumerdès et d'Alger, celui de l'éradication de la peste à l'ouest du pays, sont prioritaires. L'Algérie, résolument, tourne le dos à cette page sombre et sanglante de son histoire. Elle reste tournée vers l'avant, contre les forces de l'inertie et de la régression.