Il y a des personnes dont il est difficile de parler, tels des leviers gigantesques, ils retournent l'histoire. «J'ai fait mon devoir devant Dieu et mon peuple. J'ai rien à te dire, tu n'as rien à me dire», paroles célèbres de cette grande révolutionnaire qui n'est autre que Lalla Fadhma N'soummeur, adressées au général Randon lors de son arrestation dans la localité de Taklidjt Athatou en Grande-Kabylie. M.Bitam, chercheur en histoire et en littérature a, lors d'une conférence tenue à la Bibliothèque du Hamma, soulevé et clarifié certains points sombres de l'Histoire contemporaine de l'Algérie, jusque-là assimilés à des tabous. Articulant son exposé sur une documentation, hélas uniquement occidentale, et sur ses propres investigations sur le terrain, Khalfa Bitam dira : «Cette femme est une personne hors du commun. Elle est de nature fière et sublime. Cette femme qui a vu le jour à Ourdja (Aït Bouyoucef), s'est hissée en modèle de résistante contre les lois établies de la société coloniale et contre toute culture imposée. Fadhma N'Soummeur a réussi là où beaucoup d'autres ont échoué. Elle a plasmodié ou a étudié les 60 versets coraniques dès l'âge de 14 ans. Elle a refusé tout mariage conclu entre son oncle et ses prétendants. Ce refus hardi a donné à cette femme de briser des chaînes séculaires d'asservissement». Dans cet ordre d'idées et cherchant à comprendre la psychologie de cette héroïne, le conférencier s'est longuement arrêté sur cette facette de la vie de celle qui a tenu tête au général Randon et qui fut, par la suite, internée à Béni Slimane (Bouira) jusqu'à sa mort. «Elle a refusé le statut de l'infériorité qui était le principe de base du système féodal importé de France à l'époque. Elle a fait de ce principe «un substrat» psychologique pour être libre. Elle a toujours refusé l'imposition car la liberté pour elle demeure ce principe à défendre jusqu'à sa mort», indiquera M.Bitam. L'armée coloniale avait alors commencé à étendre son ascendant sur les pays, suscitant des inquiétudes parmi les populations de ces régions isolées de la Kabylie. Ces craintes se justifièrent lorsque les forces coloniales envahirent Tachkirt et occupèrent la localité. Cette situation d'attente évoluera avec l'arrivée dans cette région d'un homme dont la notoriété dépassa la région ouest du pays pour parvenir jusqu'en ces régions rudes du Djurdjura. C'est l'homme à l'âne, Boubeghla, qui tint longtemps en échec les armées coloniales avant de se voir expulser de l'ouest. La jonction entre cet homme exceptionnel et les militants de la région de Kabylie a insufflé un souffle nouveau à la résistance. Aussi, la jonction de Fadhma N'Soummer avec Boubeghla aura un retentissement considérable dans la lutte contre l'oppresseur français résistant longuement aux armées du général Randon. Ce furent des batailles atroces comme celle de Ichiriden en l'année 1857, qui a duré deux jours de suite, dira M.Bitam. Boubeghla trouva la mort le 16 décembre 1857 à Tazmalt. Pour la résistance c'était un peu le début de la fin, notamment avec l'arrivée de renforts coloniaux. Le bastion kabyle finit à son tour de tomber. En conclusion et les interventions de l'assistance aidant, il ressort que Fadhma N'Soummeur est une descendante d'une lignée de femmes aux vertus exemplaires. Elle restera l'héritière de Lalla Khedidja, venue elle d'un autre village, en contrebas de Tamgout (Tifrit Naït El Hadj). Pour Bitam, «l'histoire de cette femme doit être écrite car elle symbolise tout l'acharnement de cette race à rester libre et à refuser l'esclavagisme et surtout l'injustice».