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Epitre à la jeunesse
POUR UN 24 FEVRIER DU XXIE SIÈCLE
Publié dans L'Expression le 25 - 02 - 2016

Le secret de la gouvernance est justement de mobiliser le plus grand nombre autour d'une utopie seule capable de sauver l'Algérie quand la rente ne sera plus là
Parmi les grands défis du pays, ceux de l'énergie, de l'eau, de l'environnement et de l'autosuffisance alimentaire devraient être des axes structurants de notre recherche.
Qui se souvient du fameux coup d'éclair dans un ciel serein que fut la décision de Houari Boumediene qui annonçait à la face du monde par son mémorable «Kararna ta'emime el mahroukate» «Nous avons décidé souverainement de nationaliser les hydrocarbures». Longtemps après, ceux qui sont honnêtes avec l'histoire, se remémoreront cette phrase qui changea le destin pétrolier de l'Algérie et d'une certaine façon le logiciel de fonctionnement de l'Opep.
Qu'on se le dise, les accords d'Evian avaient d'une certaine façon perpétué un «ordre» qui est celui de l'exploitation du pétrole par les multinationales. Ce que l'on pourrait qualifier d'une façon imagée par «la liberté du regard dans le poulailler». Pas de contrôle, transfert des devises, décision du rythme d'exploitation. Bref, ce n'était pas l'indépendance réelle. L'exploitation continuait à distance et les royalties étaient plus du bakchich qu'une réelle rente pouvant permettre un développement. On dit que l'Algérie a été la seule à réussir cette nationalisation après l'échec mémorable et pionnier du docteur Mossadegh qui fut destitué par le shah sous l'injonction des sept soeurs (les fameuses sette sorele d'Enrico Matteï).
Où en sommes-nous 45 ans après cette épopée?
Nous avons une population de 40 millions d'habitants, des habitudes de consommation de pays riches que l'on se permettait tant que le baril valait 100 dollars et plus. En 2014 nous avons perçu 55 milliards de rente et en 2015 20 milliards de moins. Le parc automobile est de plus de 6 millions de voitures, la consommation de carburants dépasse les 15 millions de tonnes. Nous avons importé en 2014 pour 3,5 milliards de dollars de carburants et 2 milliards en 2015. Une bonne partie des carburants part par les différentes frontières du fait d'un prix 6 fois moins cher qu'en Algérie. On consomme environ 5% de gaz en plus chaque année et 8% par en moyenne. Nous ne pouvons pas continuer ainsi sans compromettre l'avenir des générations futures.
Dans une conjoncture marquée par la conjugaison entre la baisse, d'un côté, des prix du pétrole et du gaz et de la production nationale d'hydrocarbures, et, de l'autre, la hausse de la consommation, l'Algérie se trouve devant un dilemme. Comment satisfaire la demande locale tout en préservant ses parts de marché à l'export. La consommation d'électricité augmente de 8% par an, la consommation de gasoil a triplé entre 2000 et 2014, et celle de l'essence a plus que doublé durant cette période.
«Malgré la dépendance européenne au gaz de 43 à 65% de 1997 à 2013, la part de l'Algérie dans les importations européennes de gaz qui était autour de 10%. est tombée à moins de 9%, en 2014 selon la revue statistique annuelle publiée par BP. Comme le note Nordine Ait Lahoussine ancien ministre, la situation actuelle est délicate. Il y a un triple risque sur le gaz du fait du déclin de la consommation en Europe et en Asie du fait de la diminution de la demande à 1,5% /an contre 2,5% avant. Notre économie subit le syndrome hollandais du Dutsch Disease qui casse la production nationale au profit d'une importation anarchique. La Russie qui mise sur le doublement du Northstream (11 Gm3), l'arrivée du GNL qatari sur le marché européen (110 milliards de m3) et l'arrivée de l'Egypte, avec la découverte du gaz dès 2017, sont autant de facteurs d'inquiétudes. A cela s'ajoute le gaz de schiste américain et on prévoit une augmentation de l'offre de 170 milliards de m3 en 2020 avec un marché de 570 milliards de m3. Il faut, certes, continuer à défendre les contrats de long terme avec clause de take or pay, mais être réaliste. L'Algérie aura à lutter pour garder ses parts de marché et devra s'attendre à partir de 2018 à une demande des acheteurs pour la mise en place d'un prix spot qui fera baisser les prix à au moins 6 $ le million de BTU.
Les difficultés d'investissement interviennent au moment où le marché national est de plus en plus demandeur d'énergie. Selon le ministre, la consommation nationale d'énergie a augmenté en 2015 de 8% pour l'électricité et de 5% pour le gaz naturel. La consommation de gasoil a triplé entre 2000 et 2014. L'objectif de 27% de l'énergie électrique produite à partir des énergies renouvelables avec 22.000 MW à l'horizon 2030 paraît désormais utopique. Le P-DG de Sonelgaz a situé à seulement 10% le taux raisonnable à atteindre d'ici 2035.
Cependant, des efforts ont été faits pour rééquilibrer les prix des carburants et de l'électricité. Il est important de remarquer que l'impact financier ne sera pas significatif, mais la symbolique de la démarche imprimera une prise de conscience que ce qui était «gratuit» ne pourra plus l'être. A titre d'exemple, le président du Venezuela Nicolas Maduro s'est résolu, face à l'ampleur de la crise économique, à augmenter considérablement le prix de l'essence. Le nouveau prix pour l'essence super 95 serait de «6 bolivars» (0,6 dollar) le litre, contre 0,01 dollar auparavant. La hausse de ce qui était le carburant le moins cher du monde est 60 fois plus importante
Que faut-il faire?
Le dernier Conseil des ministres restreint a une fois de plus reconfirmé les grandes lignes du cap futur, la dynamisation du programme de développement des énergies renouvelables considéré comme une priorité nationale. Avec la nécessité de la poursuite des efforts de rationalisation de la consommation nationale d'énergie en général, dont le gaz naturel, y compris à travers la consommation de l'électricité. Sans oublier la nécessité d'aller vers la pétrochimie qui nous permettra de valoriser le pétrole.
Au risque de me répéter, il est anormal qu'une politique vigoureuse d'exploitation d'un immense territoire de près de 2, 4 millions de km2 ne fasse pas l'objet d'une prospection intensive. A titre d'exemple, la densité de forage aux Etats-Unis est cent fois plus importante que celle de l'Algérie. Imaginons que nous sommes en 2030. A ce rythme de gaspillage frénétique de nos ressources, l'Algérie a épuisé sans discernement ses ressources, véritables défenses immunitaires.
En fait, rien ne peut remplacer un effort national pour la définition d ́un modèle énergétique qui part de l ́identification de l ́ensemble des gisements de ressources qui ne peuvent être seulement matérielles (fossiles et renouvelables), la société civile qui devra être convaincue de la nécessité de changer de cap: passer de l'ébriété énergétique à la sobriété énergétique. Le maître-mot en tout, est l'autonomie, la production nationale qu'il faut encourager. Faire la chasse au gaspillage qui représente un gisement perdu d'au moins 20%, selon l'Aprue. Le meilleur gisement d'électricité dans le pays, c'est l'électricité que l'on ne consomme pas, c'est l'essence que l'on ne consomme pas.
Un 24 Février du futur indexé sur la sobriété énergétique et la formation des hommes. On achète des équipements électroménagers qui sont des gouffres d'énergie électrique (four, frigidaire). Des voitures qui dépassent toutes 150 g de CO2 par km. Chose qui est interdite en Europe. Parce que la norme en Europe est de 120 g. Donc c'est 30% d'énergie qui va dans l'atmosphère. La mise en place d'un plan Marshall pour les énergies renouvelables doit se faire et chaque calorie épargnée par substitution aux énergies fossiles et des énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, biomasse, déchets ménagers...).
A titre d'exemple, les Chinois, qui participent à la construction d'un million de logements, peuvent intégrer l'installation des chauffe-eau solaires. En moyenne, un appartement dépense près d'une demi-tonne de pétrole pour le chauffage, soit pour les deux millions de logements construits, l'équivalent d'un million de tonnes qui peuvent être épargnées, soit! Par ailleurs, faisons du Sahara une seconde Californie, pour conjurer les changements climatiques et diminuer la dépendance alimentaire, l'Algérie fertilisera une bande de 6 millions d'hectares, en 10 à 15 ans. Grâce à ces 6 millions d'hectares, l'eau des nappes phréatiques, et une agriculture, l'Algérie pourra créer des industries performantes, exportatrices à travers le monde entier et créatrices de millions d'emplois. Nous aurons ainsi gagné la bataille du développement. Le maître-mot en tout est l'autonomie, la production nationale qu'il faut encourager par la création de nos outils. La meilleure énergie est celle que l'on ne gaspille pas, dit-on. On devrait ajouter que pour le pays, la meilleure énergie c'est sa jeunesse qui devra être partie prenante de son avenir.
Une transition vers le développement humain durable
Une transition vers le développement humain durable devra guider notre démarche pour réussir cette transition énergétique d'une façon apaisée. De ce fait il y a nécessité de consommer moins en consommant mieux. Une lutte sans merci contre l'«énorme» gaspillage observé dans différents secteurs, Il est impératif d'avoir une perception nouvelle par rapport aux richesses énergétiques et hydriques du pays. «L'énergie a un coût, l'eau a un coût, et il en est de même de tout ce que nous importons.» Nous achetons le gasoil à 1$ le litre, nous le bradons au consommateur à 18 DA soit 6 fois moins! Le gaspillage se fait en partie par une hémorragie aux frontières du fait des coûts élevés dans les pays limitrophes. Il est admis que 75% de ces subventions, de ces produits (eau, électricité, carburants, pain) profitent en priorité à ceux qui ont un fort pouvoir d'achat.
Nous allons avoir une année 2016 assez délicate. L'Algérie doit s'attendre à des passages difficiles. L'Etat doit donner l'exemple dans l'économie et les gisements d'économie d'énergie sont nombreux; cela passe par les flottes captives (bus, taxis) à convertir au sirghaz, à la rationalisation de la dépense de carburants des administrations...Nous avons besoin d'un Etat stratège en veille permanente. Cette transition énergétique, qui nécessite l'adhésion de la société entière pour sa réussite, doit aussi se traduire par une sobriété énergétique et une utilisation pondérée des énergies fossiles. En un mot, l'économie algérienne ne doit pas lier son avenir aux convulsions erratiques d'un baril de pétrole. Pour les experts, la réalisation de cette transition énergétique, une sorte de «plan Marshall», est nécessaire, englobant un modèle de consommation allant jusqu'à 2050.
La transition énergétique vers le développement humain durable que nous appelons de nos voeux doit aussi tenir compte de plusieurs paramètres, un large recours aux énergies renouvelables, la protection de l'environnement et surtout la rationalité dans la consommation. Il faut savoir en effet, que notre plus grand gisement d'énergie est celui des économies d'énergies évalué entre 10 et 20%. Cela veut dire que près de 5 à 10 millions de tonnes pourraient être épargnées et laissées aux générations futures.
Le solaire et l'éolien sont largement rentables dans tous les pays où la main-d'oeuvre est cinq fois moins chère! le gisement solaire presque trois fois plus important que celui de l'Allemagne en intensité et dix fois en surface! Nous avons les compétences. Il nous faut une vision d'ensemble qui toucherait tous les départements ministériels,- c'est cela la transition énergétique vers le Développement humain durable. Une utopie mobilisatrice serait de décider dans les faits, pas dans le verbe, du développement du Sahara (un véritable Snat); création de villes nouvelles adossées à des périmètres développés pour l'agroalimentaire avec la disponibilité d'eau, d'électricité renouvelables. A commencer par le train de vie de l'administration qui peut et qui doit être réduit d'au moins 20%. Une mesure spectaculaire serait par exemple que la flotte de véhicules de l'administration se mette au sirghaz, que les véhicules importés possèdent la double carburation (avec le sirghaz) et que les dépenses de prestige sans valeurs ajoutées soient supprimées.
En dehors du pétrole, il existe d'énormes possibilités pour l'Algérie de se redresser économiquement, notamment, grâce à ses richesses minières, mais aussi aux énormes potentialités que recèle le Sahara au plan agricole. Pour entreprendre une telle dynamique, il est fondamental d'instituer un Schéma national d'aménagement du territoire intégrant le développement de différents secteurs, parmi lesquels il est cité les énergies éolienne, solaire, la géothermie ainsi que la reprise des travaux de réalisation du Barrage vert. Mais pour que la jeunesse puisse s'implique dans la concrétisation de ces grands chantiers, il faudrait, souligne-t-il, que l'Exécutif donne l'exemple en se décidant de passer de «l'ébriété énergétique» à la sobriété énergétique».
La formation et la recherche
Tout revient en définitive à la formation des hommes, une bonne partie des enseignements du supérieur devraient être revus, notamment dans les disciplines technologiques pour prendre en charge les nouveaux défis. Comment par exemple contribuer à construire ses propres centrales solaires éoliennes, ses propres digesteurs de biomasse? En un mot, comment mettre en place la machine de la création de richesse? Une réponse possible: le recours d'une façon massive à l'université, à la richesse dans le cadre de mémoires d'ingénieur, de thèses de magistère ou de doctorat pour créer graduellement un savoir et une expertise pour aboutir à construire soi-même sa propre centrale. Imiter les Chinois et les Indiens qui ont mis en place leur propre technologie. La mise en place d'une base technologique qui mise sur l'université, sera à n'en point douter, le creuset des «start-up», notamment dans le domaine de l'énergie, permettrait de donner une perspective aux milliers de diplômés.
Enfin, rien ne peut se faire sans l'éducation où devra être formé l'éco-citoyen de demain, au lycée où seront enseignés le développement durable dans le cadre d'un baccalauréat approprié. Il faut aussi associer l'université au niveau de la formation de la recherche, le fameux exemple de Bill Gates reçu par le président français François Mitterrand: «L'Internet est le futur baril de pétrole» revêt toute son importance. Nous devrions miser sur la technologie et les sciences exactes en réhabilitant les sciences de l'ingénieur laminées.
Le secret de la gouvernance est justement de mobiliser le plus grand nombre autour d'une utopie seule capable de sauver l'Algérie quand la rente ne sera plus là. Le développement humain durable est avant tout une rupture avec le gaspillage tous azimuts des denrées alimentaires, notamment du pain, de l'énergie, de l'eau. De ce fait, il y a lieu par exemple, de substituer au régime de subventions actuel un système de compensations ciblées et directes au profit des couches les plus défavorisées de la société afin de restaurer l'esprit de justice sociale et de mettre fin à la contrebande existant dans le commerce des carburants.
J'ambitionne pour le pays un nouveau 24 Février de l'intelligence d'une transition énergétique pour le XXIe siècle avec les outils des nouvelles technologies. Parmi les grands défis du pays, ceux de l'énergie, de l'eau, de l'environnement et de l'autosuffisance alimentaire devraient être des axes structurants de notre recherche. En donnant une utopie mobilisatrice à cette jeunesse elle inventera un nouveau 24 Février s'appuyant sur la symbolique du 1er Novembre Elle ira vers le futur et relèvera, comme ses aînés, une fois de plus un challenge rendu nécessaire par le mouvement du monde.


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