La santé est malade. De par l'insuffisance des structures spécialisées, les prestations assurées par ce secteur sont, le moins que l'on puisse dire, au raz des pâquerettes ou encore au plus bas niveau. Sinon, comment interpréter le fait que la prise en charge du pied diabétique continue à poser un sérieux problème? La forte pression des malades diabétiques est accueillie par deux services assurant le minimum, avec des moyens insuffisants. À l'aune du IIIe millénaire aux incroyables mutations technologiques, l'on continue à espérer des soins conséquents. Que nenni! Ces soins tardent à venir. À l'instar du reste du pays, la prise en charge de cette maladie est devenue un lourd fardeau à supporter. Avec une population de prés de deux millions d'habitants, cette pathologies aux lourdes complications est prise en charge par deux services seulement, le service de médecine interne du CHU d'Oran et de la clinique Larribère, spécialisée en endocrinologie et diabétologie, relevant également du CHU d'Oran. Aucun des spécialistes ne fera les éloges d'un secteur n'ayant pas connu de développements nécessaires. Le constat est alarmant. Il est établi par les spécialistes faisant, à longueur de journées, face à un incroyable flux des malades en quête des soins spécialisés. «Ces structures sont plus qu'insuffisantes», a déploré, le professeur Amine Chami, chef de service de médecine interne du CHU d'Oran. Le constat effrayant Sur sa lancée, il reconnaît que «le service peine à prendre en charge tout le monde». «Sur les 44 lits de ce service, une vingtaine est souvent occupée par des malades au pied diabétique», a-t-il indiqué expliquant que «ces cas d'hospitalisation sont de très longues durées, soit 49 jours en moyenne, mais pouvant atteindre les 6 mois». Le nombre d'hospitalisation pour la prise en charge du pied diabétique trotte sur les autres activités et spécialités. «Le service a du mal à renvoyer des malades», a-t-il affirmé. Pour cause, a-t-il expliqué «ils ont peu de chance d'être pris en charge ailleurs». Le professeur Mohamedi, chef de la clinique Larribère, n'est pas en reste en faisant état des services en trépignant. Il fait état d'«un service d'une trentaine de lits, spécialisé dans l'endocrinologie et la diabétologie. Huit de ces lits sont réservés aux patients souffrant de complications du pied diabétique». Ce service a pris pour le premier trimestre de l'année 2019, près d'un millier de malades. «Une mission lourde qui peut être partagée par les autres établissements de la wilaya», a suggéré le professeur Mohamedi. Dans ce chapitre bien nommé, l'on cite l'EHU d'Oran, les hôpitaux de Aïn El Türck et d'El Mohgoun dans la commune d'Arzew. Attendre pour mourir L'EHU d'Oran dispose d'un service de médecine interne qui ne prend pas en charge le pied diabétique. Les causes sont avancées par le professeur Mohamed Belhadj, chef du pôle médecine. Il estime que «le service de l'EHU est un petit service qui prend en charge des malades lourds de la médecine interne». Autrement dit, il n'y a pas de place pour le pied diabétique. Le même spécialiste rappelle que «la vocation de l'EHU est de développer les techniques de pointe alors que les autres établissements sont en mesure d'assumer la mission de prendre en charge le pied du diabétique». À qui incombe la responsabilité de la prise en charge? Explicite dans ses dires, le professeur Chami a estimé que «la direction de la santé et de la population devrait jouer un rôle en plaçant les patients diabétiques qui ne trouvent pas de lits au CHU d'Oran dans d'autres établissements». Les responsables de la direction de la communication sont affirmatifs en soulignant que «certains patients sont effectivement orientés vers les deux hôpitaux de Aïn El Türck et d'El Mohguen. Toutefois, une véritable problématique est posée au niveau de ces deux hôpitaux. «Ces deux structures ne peuvent prendre que des cas simples», a-t-on souligné expliquant que «les cas les plus compliqués doivent être pris en charge dans un milieu hospitalo-universitaire, qui compte différentes spécialités, comme la chirurgie vasculaire, la neurologie, la diabétologie, la chirurgie». Vivement la formation! «Malgré les efforts consentis au niveau du CHU d'Oran et de la clinique Larribère, certains malades voient leur état se dégrader, encourant l'amputation et parfois la mort», a regretté le professeur Chami. «Avec les rendez-vous parfois trop longs à cause de la non-disponibilité de lits, il n'est pas exclu que des malades trouvent la mort, faute d'une place libre», a-t-il déploré. Plus que jamais, la solution réside dans la création d'unités ou des services spécialisés dans le pied diabétique, tout en impliquant les services de diabétologies existants.