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«Le Maroc restera une dictature féroce»
Joseph TuaL, journaliste français, à L'Expression
Publié dans L'Expression le 01 - 08 - 2021

Joseph Tual est un journaliste d'investigation qui a entamé sa carrière à France 3 en 1987, en tant que reporter d'images où il s'illustre, notamment en étant l'auteur des images exclusives de Wahid Gordji, alors réfugié dans l'enceinte de l'ambassade d'Iran à Paris. Journaliste de terrain, il couvre de nombreux événements, guerres et conflits armés majeurs pour le compte de la rédaction de France 3, faisant de lui une véritable mémoire de guerre. Il couvre ainsi la fin de la guerre Iran-Irak, la chute des régimes communistes d'Europe de l'Est, à Prague en Tchécoslovaquie, puis à Bucarest, en Roumanie, la première guerre du Golfe, la guerre de Yougoslavie, le génocide au Rwanda comme il passera également de longs mois en Afghanistan en 1988, puis en 2001. Il s'est par ailleurs, intéressé dans ses travaux d'investigation journalistique à la disparition de l'opposant marocain Mehdi Ben Barka, à l'affaire Robert Boulin, à l'assassinat des moines de Tibhirine, à l'attentat de 2002 à Karachi, ou encore à la disparition de Guy-André Kieffer. Dans cet entretien, il nous explique les dessous de l'affaire Pegasus. Pour lui, il s'agit ni plus ni moins que d'une opération d'espionnage, à très large spectre. C'est, explique-t-il, le prolongement numérique de la doctrine des services secrets marocains, à savoir «le chantage systématique et la prise d'otages permanente».
Cette doctrine, dit-il, a été mise en place dès la prise du pouvoir de Hassan II en 1961. L'on comprend alors comment le Makhzen dépensait des fortunes, depuis des décennies, pour corrompre toutes les personnes qui leur semblent avoir de l'influence dans le monde. Voyages, cadeaux, invitation royale, suites dans des palaces avec lit «garni» etc. Bien évidemment, le but est de faire croire que le pouvoir alaouite marocain est respectable et fort, qu'ils sont des partenaires fiables, sincères dans leur volonté de promouvoir la démocratie, et qu'ils sont des champions de la lutte antiterroriste... tout vient de tomber à l'eau, tout cela est à refaire... le pouvoir marocain revient à la case départ du début du règne de Hassan II, en bref ce qu'il a toujours été: une dictature féroce et prête à tout pour conserver le pouvoir absolu. Une interview passionnante à lire absolument...
L'Expression: Une affaire grave met en cause le Maroc qui s'adonne à des actes d'espionnage contre de hauts responsables algériens et français via un logiciel israélien. Comment qualifiez-vous cette opération?
Joseph Tual: Ce n'est ni plus ni moins qu'une opération d'espionnage, à très large spectre. Tout savoir sur tout le monde et le monnayer au prix fort, c'est le prolongement numérique de la doctrine des services secrets marocains, à savoir «le chantage systématique et la prise d'otages permanente».
Une doctrine mise en place dès la prise du pouvoir de Hassan II en 1961, c'est en ces termes que me décrivaient les services secrets marocains Rachid Skiredj, l'un des fondateurs du Cab 1, ancien membre des services secrets au Maroc... Alors Pegasus, au vu de la diversité et des horizons des personnes ciblées, est un formidable outil pour servir cette doctrine. L'image qui vient est celle d'un immense filet dérivant
«ramasse tout».
Ce qui m'interroge, c'est comment font-ils pour traiter correctement cette masse d'informations récupérées? Même avec des programmes informatiques puissants, il faut toujours des analystes donc du personnel humain au bout de la chaîne... ce qui fait des ser-vices secrets marocains, l'un des plus gros employeurs du Maroc.
Par cette provocation caractérisée contre l'Algérie, le Maroc est-il dans une opération de diversion pour étouffer une situation interne désastreuse en tous points de vue: la question du Polisario, le Rif, les oppositions politiques et d'opinion, la crise économique, etc.?
Non, je ne pense pas que ce soit intentionnel, cela voudrait dire qu'ils auraient fait exprès de se faire prendre...et croyez-moi pour eux cette divulgation est une catastrophe majeure. Son impact est dévastateur pour eux, pour l'image du royaume et surtout celle de son roi.
Depuis des décennies, des sommes colossales sont investies pour corrompre toutes les personnes qui leur semblent avoir de l'influence dans le monde. Voyages, cadeaux, invitation royale, suites dans des palaces avec lit «garni» etc.... le but est de faire croire que le pouvoir alaouite marocain est respectable et fort, qu'ils sont des partenaires fiables, qu'ils sont sincères dans leur volonté de promouvoir la démocratie, qu'ils sont des champions de la lutte antiterroriste... tout vient de tomber à l'eau, tout cela est à refaire... le pouvoir marocain revient à la case départ du début du règne de Hassan II, en bref ce qu'il à toujours été: une dictature féroce et prête à tout pour conserver le pouvoir absolu!
Il y a une grande part d'irresponsabilité de la part des dirigeants marocains qui sont en train de provoquer des crises régionales et de pousser à un déséquilibre géostratégique...
Ce n'est pas à mon sens une manoeuvre puisque cette divulgation de leur utilisation à outrance du logiciel Pegasus n'était pas voulue. Une dictature a toujours besoin d'ennemis extérieurs pour asseoir son pouvoir à l'intérieur, une action vers l'extérieur est toujours de la communication à destination du peuple qu'elle asservit. Les problèmes internes sont toujours mis sur le dos des autres, de la perfidie ourdie hors des frontières. L'Algérie est l'épouvantail idéal pour les Alaouite comme pour les Sahraouis, la marche verte n'était que de la communication interne après les tentatives de coups d'Etat de 1971 et 72.
Il fallait occuper l'armée, alors quoi de mieux qu'une bonne guerre... l'Algérie étant un trop gros morceau pour eux, ils en ont fait l'expérience en 1963 avec la guerre des Sables, le peuple sahraoui était et est toujours la cible idéale (plus de coups d'Etat depuis).
Sans oublier quelques grosses colères diplomatiques contre les Espagnols: voilà leur politique extérieure, faire en sorte de garder le pouvoir à l'intérieur...Et uniquement cela!
Grisé par ses relations avec Israël, le Maroc n'est-il pas en train de bomber le torse pensant que sa proximité avec l'Etat sioniste lui donne un blanc-seing pour toutes les dérives?
Même bombé, cela restera un petit torse, et le partenariat officialisé récemment avec Israël ne change rien... la communauté juive marocaine a toujours été bien acceptée au Maroc, du fait, entre autres, de ses apports économiques importants, vitaux pour le Makhzen. Le partenariat avec Israël existe depuis 1948, de ce fait, le business avant tout n'est pas nouveau. Et les deux pays se rendent des services de part et d'autre. Mais en matière de ser-vices secrets, les Israéliens sont des géants comparés à ceux de MohammedVI, c'est le Royaume qui a besoin d'Israël et pas l'inverse. Et le Mossad doit s'en mordre les doigts
d'avoir laissé «jouer» les Marocains avec leur Pegasus...Car aux yeux des chefs d'Etat occidentaux les Israéliens sont responsables in fine d'avoir vendu ce logiciel à des tiers pour le moins pas très fiables et très corrompus. Il serait très intéressant de savoir d'où vient la fuite qui a permis les révélations sur Pegasus. Je me souviens que pour l'une de mes enquêtes, j'ai payé, via un intermédiaire, un policier des renseignements généraux marocains pour avoir cinq fiches, dont celle du général Hosni Benslimane, chef d'état major de la Gendarmerie royale à l'époque, 100 euros pour chaque fiche...
En instrumentalisant la question kabyle par son représentant permanent aux Nations unies, le Maroc n'est-il pas en train de jouer avec le feu avec l'Algérie alors que lui-même impose son colonialisme contre les Sahraouis dont la décolonisation est prononcée par les Nations unies?
Cela fait partie des postures et postulats de chaque pays, cette relation chaotique entre les pouvoirs marocain et algérien, que de se lancer les difficultés de l'un à la figure de l'autre et inversement, toujours pour les usages et à destination de la politique interne de chacun. Mehdi Ben Barka prônait l'unité des peuples plutôt que de vouloir l'unité des Etats. Si les pouvoirs s'invectivent de façon stérile, il ne me semble pas avoir vu cette attitude au niveau des peuples marocain et algérien car les peuples savent la plupart du temps faire la différence et relativisent de manière plutôt intelligente. Que les pouvoirs le veuillent ou non, Algériens et Marocains sont des peuples frères. J'ai pu brièvement échanger sur ce thème avec Ali Mecili, hélas à peine un mois avant son assassinat en 1987 à Paris, qui partageait cette analyse. C'était aussi le constat du regretté Maître Mourad Oussedik avec qui j'ai entretenu des liens professionnels et amicaux étroits au début des années 90, un homme passionnant et passionné, un Kabyle!
Le Maroc semble bénéficier du soutien de certains pays occidentaux, notamment la France qui, d'ailleurs, n'a pas réagi à l'histoire de l'espionnage dont le président français est la cible, si l'on se réfère à la presse française. Qu'en pensez-vous?
Ce n'est pas le Maroc qui est soutenu par la France, mais le pouvoir alaouite et uniquement. Le peuple marocain, lui, ne bénéficie pas de ce soutien, détourné au profit de la famille royale. C'est évidemment un crève-coeur pour moi que mon pays entretienne ce type de politique. Le dernier chef d'Etat français lucide sur la nature du pouvoir marocain était Charles de Gaulle, les suivants ont tous, peu ou prou, succombé aux sirènes obséquieuses du roi et du Makhzen. Le chantage toujours et encore, la monarchie même corrompue plutôt que les islamistes, les islamistes qui restent les meilleurs alliés pour la communication extérieure de la monarchie qui le leur rend bien. À chaque fête du Trône, ce sont majoritairement les islamistes emprisonnés qui profitent des amnisties et des grâces royales à cette occasion... le double jeu permanent!


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