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Commémoration du 40e anniversaire de la disparition de M'hamed Issiakhem
Musée des Beaux-Arts d'Alger
Publié dans La Nouvelle République le 24 - 12 - 2025

Le Musée public national des Beaux-Arts d'Alger a commémoré lundi le 40e anniversaire de la disparition de l'artiste algérien M'hamed Issiakhem (1928-1985), figure marquante de la peinture algérienne, mettant en lumière son parcours et son héritage artistique.Des artistes plasticiens et le fils d'Issiakhem,Younès, ont participé à cette commémoration qui a été une occasion pour retracer les étapes « charnières » de la vie et la carrière de l'artiste qui a marqué de son empreinte la peinture algérienne du XXe siècle.
Younes Issiakhem a présenté, à cette occasion, les dernières mises à jour du site Internet, dédié à l'oeuvre d'Issiakhem. Ce portail numérique, créé en 2023, propose une visite virtuelle de la galerie Issiakhem, regroupant 110 peintures, agencées selon un ordre chronologique permettant aux visiteurs d'observer l'évolution esthétique et technique de l'artiste, au fil des années.
Pour sa part, le collectionneur d'art et chercheur Djaafar Inal a salué les qualités de l'artiste avec qui, il dit avoir « entretenu une longue amitié et une collaboration fructueuse dans le domaine artistique ». Décrit comme un « homme aux qualités humaines exceptionnelles », Issiakhem était profondément marqué par les événements de son enfance et portait en lui la souffrance du peuple algérien, a-t-il témoigné. Pendant la colonisation française, poursuit ce collectionneur d'art, Issiakhem a utilisé l'art comme « un cri contre l'injustice et l'oppression ». Le Musée national des Beaux-Arts a présenté à cette occasion, une collection d'œuvres authentiques d'Issiakhem, illustrant son parcours et son génie créatif « unique », forgé par des années de recherche et d'expérimentation.
« Maternité », « Grossesse », « Rouge » , « Dépression », » La Casbah » et » Autoportrait », comptent parmi ces toiles où s'expriment, sensibilités, émotions et (re) sentiments « intériorisés » de l'artiste.
Par ailleurs, un atelier de dessin destiné aux étudiants de l'Ecole supérieure des Beaux-Arts, a été animé par le professeur Mohand Amokrane, avec comme objectif de reproduire certaines œuvres d'Issiakhem. Né en 1928 à Ath Djennad et élevé à Relizane, Issiakhem traverse dès l'enfance l'une des épreuves qui marqueront profondément toute son œuvre. En 1943, l'explosion accidentelle d'une grenade récupérée dans un camp américain le mutile gravement et coûte la vie à plusieurs membres de sa famille dont sa sœur. L'adolescent survive, mais revient de deux années d'hospitalisation amputé de l'avant-bras gauche. Ce traumatisme deviendra la matrice d'un langage pictural bouleversant, tendu, viscéral. À partir de 1947, il rejoint la Société des beaux-arts puis l'Ecole nationale des beaux-arts d'Alger, dans l'atelier de Mohamed Racim. Dès le début des années 1950, il expose à Paris et rencontre des figures intellectuelles majeures, dont Kateb Yacine, avec qui il noue une amitié profonde. Après l'indépendance, Issiakhem devient dessinateur pour la presse, enseigne, et contribue activement à structurer la scène artistique algérienne en participant à la fondation de l'Union nationale des arts plastiques.
Autour d'Issiakhem gravitent plusieurs personnalités qui influenceront sa trajectoire. Son lien avec Kateb Yacine est l'un des plus connus : l'écrivain lui donne le surnom « Œil de lynx », évoquant sa précision de regard. Dans un texte publié après sa mort, Kateb raconte ces nuits parisiennes où, dans les bistrots d'immigrés, il retrouvait en compagnie du peintre un morceau d'Algérie en exil. Ces moments de partage cimentent une relation d'une très grande intensité. L'autre amitié décisive est celle qui l'unit au sociologue et historien de l'art Benamar Médiene. Jeune étudiant lorsqu'il rencontre Issiakhem et Kateb, Médiene voit en eux deux repères essentiels pour comprendre l'Algérie, l'art, et la manière de regarder le monde. Son œuvre d'écrivain et d'analyste jouera un rôle central dans la préservation de la mémoire d'Issiakhem. Ses descriptions de l'artiste sont parmi les plus pénétrantes : un être provocateur mais profondément fraternel, un peintre forgé par la révolte et animé d'une exigence sans concession. Parmi les œuvres emblématiques analysées par Médiene, les autoportraits occupent une place particulière. Celui de 1949 montre un jeune homme à l'aube de sa vie d'artiste. Celui de 1976 porte une dédicace adressée à Zoulikha et Djaffar Inal, témoignant d'une amitié durable. Celui de 1985, élaboré dans un moment de profonde fragilité, fait écho à la maladie de Zoulikha Benzine. Médiene voit dans ces œuvres des confrontations directes entre l'artiste et lui-même, où Issiakhem se peint « sans masque, sans concession».
Parmi les tableaux marquants, Les Aveugles illustre une humanité qui avance à tâtons mais refuse l'abandon. Médiene y lit une scène expressionniste dense, sculptée presque dans la matière, où les personnages cherchent un horizon invisible. Autre œuvre pivot, Carré bleu (1983), peinte au sortir d'un coma. Un petit carré lumineux y surgit au cœur d'un bleu sidéral. Issiakhem y voyait un retour abstrait à son propre drame, comme si une brèche lumineuse s'ouvrait dans le chaos.
Issiakhem meurt le 1er décembre 1985, victime d'un cancer, laissant une œuvre qui n'a cessé de fasciner. Le musée virtuel Missiakhem s'inscrit aujourd'hui dans cette continuité : rendre son travail accessible, offrir une clé d'entrée à ceux qui veulent comprendre comment un peintre a transformé sa douleur en un langage universel.


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