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Les raisons du processus inflationniste
La hausse des prix sur quatre facteurs
Publié dans L'Expression le 25 - 09 - 2021

L'inflation atteint un niveau intolérable durant ce dernier semestre 2021, plus de 50% pour certains produits alimentaires locaux et importés, le prix de la viande de mouton dépassant les 1700 dinars, celui du boeuf 2000 dinars le kg, étant inaccessible au revenu moyen, le manger du pauvre, la sardine, plus de 800 dinars le kg, le poulet plus de 400 dinars le kg, entre 50/100% pour certains biens durables, et pièces détachées et voitures d'occasion, assistant à une pénurie de certains médicaments en plus des factures d'électricité, de l'eau, du loyer pour certains ménages, on peut se demander comment un ménage avec entre
30000/50000 dinars, peut-il survivre, surtout s'il vit seul, en dehors de la cellule familiale qui, par le passé, grâce au revenu familial, servait de tampon social? Mais attention à la vision populiste: doubler ou tripler les salaires sans contreparties productives entraînera une dérive inflationniste, un taux supérieur à 20% qui pénalisera surtout les couches les plus défavorisées, l'inflation jouant comme redistribution au profit des revenus spéculatifs. Ce blocage est lié à la gouvernance, car selon les données officielles, le taux d'inflation cumulé entre 2000-2021, qui n' a pas été réactualisé depuis 2011, approche 100% entre 2000-2021 et on peut pondérer aisément à 50% donnant une détérioration du pouvoir d'achat d'environ 150% durant cette période.
La faiblesse du taux de croissance, résultante de la faiblesse de la production et de la productivité, l'Algérie selon le rapport de l'Ocde dépensant deux fois plus pour avoir deux fois moins d'impacts en référence aux pays similaires. Sur les 2,9milliards de dollars d'exportations hors hydrocarbures annoncées par le ministère du Commerce, sans analyser la structure, les produits manufacturés et alimentaires, dont le sucre, représentent pour les huit premiers mois 2021, environ 600 millions de dollars, 80% étant des dérivés d'hydrocarbures et des produits semi-finis devant, pour avoir la balance devises nette pour l'Algérie, soustraire les matières premières importées en devises et les exonérations fiscales.
Balance commerciale
Cela découle de la non-proportionnalité entre les dépenses monétaires et leur impact renvoyant à la corruption via les surfacturations, pour exemple une entrée en devises de plus de 1000 milliards de dollars entre 2000-2019 et une importation de biens et services d'environ 935milliards de dollars pour une croissance dérisoire en moyenne annuelle de 2/3% alors qu'elle aurait dû dépasser 9/10% et pour 2020 une sortie de devises de 20 milliards de dollars pour une croissance négative de moins 6%, espérant 3% pour 2021, mais un taux de croissance se calcule par rapport à la période précédente; ainsi, 3% rapportés à un taux négatif de 6% donnent entre 0-1% largement inférieur à la pression démographique, plus de 44 millions d'habitants au 1er janvier 2021, où il faut pour réduire les tension sociales, créer 350000/400000 emplois productifs par an qui s'ajoute au taux de chômage actuel. L'amélioration du solde de la balance commerciale n'est pas significative dans cette conjoncture actuelle car ne peut tout restreindre, quitte à étouffer tout l'appareil productif quitte à aller vers une implosion sociale avec un taux de chômage qui avoisinera 15% en 202. En cas de baisse drastique des réserves de change entre 10/15 milliards de dollars, contre 48milliards de dollars fin 2020, 44 entre avril/mai 2021 et 194 milliards de dollars le 1er janvier 2014 qui tiennent la cotation du dinar algérien à plus de 70%, la Banque d'Algérie sera contrainte de dévaluer le dinar officiel à environ 200-220 dinars un euro avec une envolée du cours sur le marché parallèle qui fluctue en fonction du taux d'inflation d'environ 300 dinars un euro minimum.
Ce dérapage du dinar par rapport au dollar et à l'euro accélère la méfiance du citoyen vis-à-vis du dinar, amplifiant la sphère informelle où selon la Banque d'Algérie entre 2019-2020, la masse monétaire en dehors du circuit bancaire, a atteint 6140,7 milliards de dinars, soit une hausse de 12,93% par rapport à 2019, le président de la République en mars 2021 ayant annoncé entre 6 000/ 10 000 milliards de dinars, ayant dénoncé le manque d'informations fiables, qui fausse toute prévision.
La dévaluation du dinar et le prix international des produits importés finis, semi - finis et équipements, 85% des matières premières des entreprises publiques et privées étant importées, le taux d'intégration ne dépassant pas 15%. Le prix final au consommateur est amplifié par la dévaluation drastique du dinar qui est passé de 76/80 dinars un dollar vers les années 2000-2004 et à 136,3867 dinars un dollar et 161,2601 dinars un euro le 16septembre 2021, avec une cotation sur le marché parallèle malgré la fermeture des frontières dépassant les 210 dinars un euro. La loi de finances 2021 prévoit, pour 2022, 149,32 DA pour 1 USD et pour 2023 verrait donc la dévaluation de la monnaie nationale se poursuivre avec 156,72 dinars un dollar ce qui rend sceptiques les investisseurs créateurs de valeur ajoutée à moyen terme, face tant à l'instabilité juridique que monétaire, spéculer étant plus rentable que réaliser un projet.
L'impôt indirect
Cette dévaluation permet d'augmenter artificiellement la fiscalité des hydrocarbures (reconversion des exportations d'hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire (via les importations tant en dollars qu'en euros convertis en dinar dévalué), cette dernière accentuant l'inflation des produits importés (équipements), matières premières, biens finaux, montant accentué par la taxe à la douane s'appliquant à la valeur dinar, étant supportée en fin de parcours, par le consommateur comme un impôt indirect, l'entreprise ne pouvant supporter ces mesures que si elle améliore sa productivité. L'effet d'anticipation d'une dévaluation rampante du dinar a un effet négatif sur toutes les sphères économiques et sociales dont le taux d'intérêt des banques qui devraient le relever de plusieurs points, s'ajustant aux taux d'inflation réel, freinant à terme le taux d'investissement à valeur ajoutée et par la déthésaurisation des ménages qui mettent face à la détérioration de leur pouvoir d'achat des montants importants sur le marché, alimentant l'inflation, plaçant leur capital-argent dans l'immobilier, l'achat d'or ou de devises fortes pour se prémunir contre l'inflation.
Le financement non conventionnel
Les effets du financement non conventionnel ne se manifestent qu'au bout de deux à trois ans. Les gouvernements précédents avaient amendé l'article 45 de la loi sur la monnaie et le crédit en recourant à la planche à billets, sans introduire l'institutionnalisation dans cette loi, d' un comité de surveillance, composé d'experts indépendants, pour éviter toute dérive. Outre la couverture des besoins du Trésor, le financement non conventionnel était destiné au remboursement de la dette publique interne, notamment les titres de l'Emprunt national pour la croissance, levé en 2016, ainsi que les titres émis en contrepartie du rachat de la dette bancaire de Sonelgaz et ceux émis au profit de Sonatrach, en compensation du différentiel sur les prix des carburants importés et de l'eau dessalée. Sur les 6556,2 milliards (mds) de dinars mobilisés jusqu'en janvier 2019 par le Trésor public auprès de la Banque d'Algérie, dans le cadre du financement non conventionnel, un reliquat de 610,7ms de dinars restait à consommer d'ici à la fin 2019. Après avoir été abandonné en 2020, le recours à la planche à billets a été décidé en 2021 pour suppléer au manque de liquidités, avec une dette publique totale par rapport au PIB de 63,3% en 2021, contre 53,1% en 2020, et que la dette publique nette totale représentera 60,5%, contre 50,4% pour la même période d'un montant,pour 2021,d'environ2100 milliards de dinars, environ 16 milliards de dollars. afin d'éviter le recours à l'endettement extérieur.
Or, les expériences historiques dans le cadre de l'application de la théorie néo- keynésienne de relance de la demande globale (consommation et investissement) à travers l'émission monétaire est applicable à des économies structurées qui ont une économie productive en sous- capacités. Or, avec une faiblesse de l'offre si cette injection est faite pour combler le déficit budgétaire et le versement de salaires sans contreparties productives, résout un problème à court terme, mais amplifie la crise à moyen terme, étant inappropriée pour l'Algérie qui souffre de rigidités structurelles (léthargie de l'appareil de production) avec le risque d'une spirale inflationniste incontrôlable comme au Venezuela, première réserve de pétrole dans le monde, (1000% par an).
L'inflation est alimentée par la dominance de la sphère informelle, produit des dysfonctionnements des appareils de l'Etat où existent des liens dialectiques entre cette sphère et la logique rentière, avec des situations oligopolistiques de rente.
Comment aligner les prix?
Cette sphère emploie plus de 40% de la population active, notamment dans le commerce, les services, certains segments de l'industrie, et l'agriculture et contrôlant selon la Banque d'Algérie dans son rapport de 2020, une masse monétaire circulant en dehors du circuit bancaire, de 6140,7 milliards de dinars (au cours de fin 2020 près de 48 milliards de dollars) à la fin de l'année 2020, soit une hausse de 12,93% par rapport à 2019. Le président de la République en mars 2021 a annoncé entre 6000 et 10000 milliards de dinars soit au cours actuel d'avril 2021,Cette sphère aligne le prix des biens sur la cotation de la devise du marché parallèle, pour les produits importés, contrôlant les segments des fruits/légumes, poissons/viandes, textile/cuir et bon nombre d'autres produits importés qui connaissent un déséquilibre offre/demande.
Pour environ 3,3 millions de retraités fin 2020 et le ratio de nombre de travailleurs cotisants pour un retraité est actuellement à 2/1 alors que la norme pour garantir le viabilité d'un système de retraite est d'au moins cinq actifs cotisants pour un retraité.
En conclusion, loin des bureaux climatisés de nos bureaucrates, qui se livrent à des discours d'autosatisfaction, la situation économique et sociale est préoccupante. Le monde devrait connaître une profonde reconfiguration géostratégique dominée par la transition numérique et énergétique nécessitant pour l'Algérie des stratégies d'adaptation afin de ne pas être isolée des nouvelles relations internationales. La vision purement monétariste afin de préserver les réserves de change sans vision stratégique, restriction aveugle des importations et un financement par la planche à billets sans ciblage, ne peut que conduire le pays à la dérive économique et sociale.
Avec une économie qui, après plusieurs décennies d'indépendance politique repose toujours sur la rente des hydrocarbures (98% des recettes en devises avec les dérivées), des tensions budgétaires, une croissance relativement faible, l'accroissement du taux de chômage et le retour de l'inflation, s'impose une nouvelle gouvernance, en combattant le terrorisme bureaucratique qui étouffe les énergies créatrices. Combien de promesses utopiques de réalisation de différents projets alors que la situation financière est difficile et où trouver le capital argent en ces moments de crise mondiale avec l'endettement des Etats les plus développés. La condition sine qua non de la sécurité du pays étant posée, s'impose une nouvelle gouvernance (la moralité des dirigeants), supposant un large front social et un sacrifice partagé, afin de freiner la détérioration du pouvoir d'achat qui risque de provoquer d'importants remous sociaux, voire une déstabilisation du pays, mais en évitant un nivellement par le bas, vison populiste suicidaire, en paupérisant les couches moyennes, fondement de tout processus de développement.


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