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«La réconciliation des mémoires est désormais possible»
Tramor Quemeneur , historien français et chercheur-associé Ihtp, à L'Expression
Publié dans L'Expression le 15 - 03 - 2022

L'Expression: Que retenez-vous des accords d'Evian?
Tramor Quemeneur: Les accords d'Evian concluent un long processus de négociations entamées entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la République algérienne. De ce point de vue, ces accords sont très importants. Ils permettent qu'officiellement, les armes soient déposées, même si, évidemment les violences perdurent jusqu'à l'indépendance algérienne - et même au-delà. Ces accords sont, bien entendu, le préalable au processus conduisant à l'indépendance. Ils sont constitués de 96 pages, et comportent trois types de documents, sans partie secrète, contrairement à une rumeur tenace. La première partie concerne la mise en oeuvre de l'autodétermination, avec notamment l'application du cessez-le-feu dès le 19 mars à midi. La seconde contient des déclarations de principes, notamment en ce qui concerne la coopération franco-algérienne, la sécurité des personnes et leur libre circulation. Enfin, la dernière partie est une déclaration de principe concernant les questions militaires et l'évacuation progressive des troupes et des installations françaises. Elle porte aussi sur la mise en place d'un Exécutif provisoire pour organiser le référendum d'autodétermination et faciliter la création de l'Etat algérien.
Est-il exact, comme le signalent des chercheurs, des acteurs politiques et des médias algériens ou français, que depuis les années 1970, il y a des clauses ou des annexes relatives aux accords d'Evian, concernant les essais des armes nucléaires et chimiques dans le Sud algérien qui demeurent à ce jour classées secrètes?
Oui, bien entendu, dans un premier temps, l'accès aux archives était restreint. En France, la loi de 1978 imposait un délai de 30 ans avant consultation et 60 ans pour les archives «sensibles». Mais depuis la loi de 2008, les délais ont été portés à 25 et à 50 ans, ce qui a conduit à une large ouverture des archives à partir de 2012. Concernant les archives sur les armes nucléaires et chimiques, les accès sont restés restreints. De plus, au cours des années 2010, l'Instruction gouvernementale interministérielle (IGI) n°1300 a conduit à ce que toutes les archives classées «secret défense» doivent être déclassifiées avant d'être communiquées. Cela a concerné les guerres de décolonisation mais aussi la Seconde Guerre mondiale. Heureusement, depuis 2021, le Code du patrimoine a été modifié et toute cette procédure a été abandonnée. L'ouverture des archives était une des préconisations du «Rapport Stora». Tout cela contribue à ce que l'accès aux archives, notamment celles qui concernent les accords d'Evian, soient très largement consultables en France.
Qu'en est-il de la position du gouvernement français durant ces négociations?
Il est bien évident que si le général de Gaulle avait effectué un discours le 16 septembre 1959 évoquant «l'autodétermination» de l'Algérie, il n'était pas partisan de la «sécession», pour reprendre ses termes, c'est-à-dire de l'indépendance. La position du gouvernement français a donc été de tout faire pour négocier en position de force et préserver deux points essentiels. Le premier, c'est la question des «pieds-noirs» afin de leur permettre de continuer à vivre en Algérie. Le second était de préserver ses intérêts stratégiques au Sahara, à savoir les questions du pétrole et des essais atomiques. Sur le premier point, les négociateurs français n'ont pas réussi; sur le second, il a été obtenu un délai jusqu'en 1967 pour poursuivre leurs essais.
Que pensez-vous de la stratégie des négociateurs du GPRA?
La stratégie des négociateurs du GPRA était évidemment contraire! À savoir, obtenir le maximum de garanties. Et l'on peut dire que la délégation des négociateurs algériens était très efficace, puisque les négociateurs français ont dû lâcher du lest sur tous les points. Ils ont aussi obtenu des facilités de déplacement pour les travailleurs émigrés en France et tous les Algériens. Mais nous pouvons considérer qu'il a existé deux périodes chez les négociateurs algériens: la première sous la houlette de Krim Belkacem, avec Ahmed Boumendjel proche de Ferhat Abbas. Mais ce dernier est considéré comme trop conciliant. Il est alors remplacé à la tête du GPRA par Benyoucef Benkhedda. Saâd Dahlab devient le ministre des Affaires étrangères. Krim reste cependant le chef de la délégation. La ligne défendue devient plus dure. Les négociations reprennent aux Rousses, une station de sports d'hiver dans le Jura, en février 1962, qui permet de finaliser avec difficulté les accords. Ceux-ci sont repris une dernière fois à Evian du 7 au
18 mars.
Quelles étaient les résistances à ces négociations, en Algérie et en France?
Il a en effet existé d'importantes résistances, en particulier du côté français, avec l'Organisation armée secrète (OAS) qui sévissait tant en Algérie qu'en métropole. L'OAS a regroupé toutes les personnes désireuses de garder «l'Algérie française» à tout prix. Elle s'est, bien entendu, appuyée sur le petit peuple «pied-noir» qui craignait de tout perdre, et qui a fini par tout perdre, mais avec de puissants réseaux politiques ancrés à droite et à l'extrême droite, même si certains partisans de l'OAS pouvaient venir de la gauche.
Sous quelles formes s'étaient-elles exprimées?
L'OAS a ainsi perpétré de nombreux attentats, d'abord ciblés, visant des Français libéraux, favorables aux négociations et à l'indépendance. Le maire d'Evian, Camille Blanc, qui avait accepté que les négociations se déroulent dans sa ville, a ainsi été tué par l'OAS. L'OAS a même visé le général de Gaulle, qui a échappé à un premier attentat le 8 septembre 1961 à Pont-sur-Seine. Autant dire que la situation était des plus tendues pour négocier. Progressivement, les attentats ont été de plus en plus aveugles. On en a par exemple dénombré plus de 100 dans la nuit du 4 au 5 mars 1962, ce que l'OAS a appelé «l'opération rock and roll». Mais il a existé aussi des représailles du côté algérien, notamment avec les «marxistes», ces combattants de la dernière heure (ou plutôt du mois de mars), qui ont voulu se racheter une conduite en tuant des Français ou des harkis.
En avril 1962, le référendum organisé en France portant sur l'autodétermination du peuple algérien a donné plus de 90% des votants en faveur de l'indépendance. Les colonialistes étaient donc très minoritaires. Pourquoi, 60 ans après, dominent-ils toujours la scène mémorielle française?
C'est une question très judicieuse. Effectivement, cela interpelle. Il existe une culture de la revanche au sein d'une frange de la population française. Certains de ceux qui ont milité en faveur de «l'Algérie française» n'ont jamais accepté l'indépendance algérienne. C'est ce que Benjamin Stora a appelé le «sudisme à la française», une sorte de sudisme américain, raciste, mais à la mode française. Le Front national, devenu Rassemblement national, porte en partie ces idées. Rappelons que Jean-Marie Le Pen, qui a participé à la guerre d'Algérie au sein des parachutistes, a créé le FN à peine 10 ans après la fin de la guerre, avec d'anciens de l'OAS et d'anciens collaborationnistes de la Seconde Guerre mondiale. Racisme et antisémitisme font bon ménage... Avec la croissance de l'immigration algérienne en France et avec la crise qui a durement touché tout le monde au cours des années 1970, ce discours «nostalgique» s'est mué de plus en plus en un discours de rejet, considérant les immigrés comme responsables de tous les maux. Heureusement, il n'y a pas que ce discours: l'opinion publique française évolue et considère de plus en plus que la colonisation a été une mauvaise chose. Si un rapprochement s'opère entre nos gouvernements et entre nos peuples, ce discours perdra rapidement de sa force. Nous pourrons alors beaucoup plus facilement nous projeter vers un avenir plus ouvert, plus respectueux et, je l'espère, plus fraternel.
L'argument de la fin du conflit mémoriel avec la disparition de la génération de la guerre ne tient plus, si l'on se réfère aux tenants du conflit des mémoires en France qui n'ont pas vécu la colonisation. Pouvons-nous parler de transmission des haines?
Le dernier sondage que j'ai réalisé en France et en Algérie avec Historia et Haaris Interactive montre que ce sont les générations les plus anciennes, de part et d'autre de la Méditerranée, qui portent les discours de haine les plus forts. Ce ne sont pas forcément des personnes qui ont participé à la guerre, mais cela peut aussi concerner des personnes qui étaient trop jeunes ou qui sont nées juste après le conflit. Heureusement, ce que l'on peut constater chez les plus jeunes tant français qu'algériens, c'est une bonne opinion de l'autre pays, une ouverture sur l'Autre, une envie de travailler ensemble. Les chiffres sont éloquents: 70% des moins de 25 ans ont une bonne image de l'autre pays. Comme quoi, les haines peuvent se transmettre, mais cela reste marginal. C'est au contraire l'envie de construire plus fraternel qui en ressort. C'est fondamental tant au sein de nos propres sociétés qu'entre nos deux pays. Il faut savoir dépasser nos contentieux. L'avenir n'appartient qu'à ceux qui sont unis.
Le dialogue des mémoires entre l'Algérie et la France semble très difficile à mener. Croyez-vous qu'il puisse déboucher un jour sur la réconciliation?
Le dialogue franco-algérien sur l'histoire de la colonisation et de la guerre d'indépendance est en effet très difficile. Le contentieux est encore important. Néanmoins, nous voyons, surtout chez les jeunes générations, un désir d'aller de l'avant et de ne pas s'arrêter à cette histoire. Il faut bien entendu que toute la lumière soit faite sur cette période, et il faut donc pour cela faciliter la recherche historique. Il faut multiplier les rencontres de chercheurs et les échanges universitaires pour mieux connaître toute cette histoire, sur la longue durée, et dans toute sa complexité. C'est un travail qui doit être mené de part et d'autre de la Méditerranée. Le «Rapport Stora» a permis la création de «bourses André Mandouze», du nom de ce professeur d'histoire de la faculté d'Alger qui a milité en faveur de l'indépendance algérienne, afin que des étudiants et de jeunes chercheurs algériens puissent venir en France mener une partie de leurs recherches. Ces échanges sont la condition sine qua non d'une possible réconciliation. Mais cette réconciliation est aussi une question de volonté politique. L'Allemagne et la France ont été déchirées par plusieurs terribles guerres et l'occupation nazie. Cela n'a pas empêché la réconciliation de François Mitterrand et d'Elmut Kohl, alors même qu'ils étaient de bords politiques différents. De cette réconciliation, nos dirigeants, nos peuples ne peuvent en ressortir que grandis.


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