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«Matoub, poète phénoménal et héros tragique»
Yacine Hebbache, écrivain, à L'Expression
Publié dans L'Expression le 19 - 06 - 2022

L'Expression:La première édition de votre livre sur Matoub est épuisée, qu'est-ce qui aurait motivé, d'après vous, l'intérêt des lecteurs pour votre ouvrage?
Yacine Hebbache:Un tel livre consacré au chanteur à l'effigie mythique ne peut que susciter intérêt et curiosité. Aborder le personnage et l'oeuvre de Matoub avec un esprit d'analyse fin est à mon sens le secret de mon essai. Apporter une nouveauté au public sur le personnage emblématique du Rebelle et sur son oeuvre monumentale n'est pas une chose facile. Sans une plongée profonde dans son+
univers, rien ne sera garanti. C'est pour cette raison que j'ai pris à ma charge cette énorme tâche. Situer le texte matoubien dans le contexte historique, politique, social et culturel de son élaboration; révéler la vérité historique dans son oeuvre sont aussi deux points essentiels qui ont motivé l'intérêt des lecteurs. Il ne faut pas oublier aussi que tout document, toute nouveauté concernant Matoub est un objet qui suscite intérêt et attention.
La deuxième édition parait ce mois, y a-t-il une différence avec la première, dans le fond et dans la forme?
Dans le fond, il n'y a pas vraiment de différence entre les deux éditions, sauf quelques légers rectificatifs apportés sur le texte. Les thématiques traitées dans les six chapitres que contient l'ouvrage sont toujours les mêmes. Dans la forme, la structure de l'ouvrage n'a pas été modifiée. Par contre, le titre de cette seconde édition est «Matoub, l'insoumis, ou le chemin vers le mythe» au lieu de «Lounès Matoub, ou le chemin vers le mythe». Le sous-titre «le chemin vers le mythe» est maintenu étant donné que le livre aborde justement cette thématique de «mythe» à travers toutes ses parties.
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À quand remonte, au juste, l'idée d'écrire ce livre et pourquoi c'est Matoub que vous avez choisi?
L'idée d'écrire ce livre remonte à très longtemps. J'étais, depuis l'enfance bercé par les chansons de Matoub certes, mais l'idée d'écrire quelque chose sur lui a commencé à germer à partir de 2015. Il est vrai que j'ai animé beaucoup de conférences sur lui durant plus de dix ans. Mais c'est à partir de cette date-là que mon projet commence à prendre forme.
Pourquoi Matoub?
Simplement puisque sa vie et son oeuvre offrent une riche matière à analyser, à décortiquer. Poète phénoménal, chanteur talentueux, puis héros tragique, le Rebelle fascine et son héritage appelle, rappelle et interpelle les consciences.
Certains connaisseurs de l'oeuvre et du parcours de Matoub pourraient vous poser la question: qu'est-ce que Matoub n'a pas chanté ou n'a pas dit pour le compléter avec un livre?
Que leur répondrez-vous?
Par rapport à son époque, Matoub a abordé toutes les thématiques. En barde chroniqueur, il a «mémorisé» tous les événements. En artiste révolutionnaire, il a défendu toutes les causes justes. En poète sensible, il a chanté l'amour, la paix, la mère, la patrie, la femme, les racines, la révolution, l'union, la justice, l'exil et tant d'autres sujets. «Il a tout dit», comme disaient ses fans. Mieux encore, Lounès est un poète éclaireur et visionnaire. Sa lucidité, sa lecture des événements sous les projecteurs du passé lui ont permis de prophétiser des événements et de prévoir des situations futures et des destins cachés.
D'après vous, si Matoub n'avait pas existé, la chanson kabyle et le combat identitaire auraient-ils connu un autre cheminement?
Il est évident que Matoub s'impose comme un des ténors de la chanson kabyle. Son rôle dans le combat identitaire est majeur. Homme assoiffé de justice et de réparation, il a toujours été présent dans la lice contre toute forme d'injustice. Et puisque l'amour a siégé brûlant dans son coeur, il s'est mis du côté de la souffrance de sa patrie et de la douleur de son peuple. Si son action est l'une des plus marquantes dans les annales de la militance, son oeuvre est l'une des oeuvres fondatrices de la littérature amazighe contemporaine. Heureusement qu'il avait existé! Autrement, le combat identitaire n'aurait pas connu tant d'intensité, tant de «férocité», et le patrimoine culturel kabyle n'aurait pas connu tant de fécondité, tant de richesse.
Le vide laissé par Matoub dans la chanson kabyle se fait de plus en plus sentir, même 24 ans après son assassinat. Pouvez-vous nous en parler?
Le vide que Matoub a laissé est impossible à combler. Sa flamme est irremplaçable, de même que sa contribution est indépassable. Sa disparition est un coup fatal pour la chanson kabyle. Comme les inspirations des esprits illustres qui ont marqué l'histoire des autres nations, sa poésie qui a atteint un degré de perfection rare, a indubitablement une grande beauté. Son art, à la fois utile et agréable, a la puissance du défi et l'éclat du triomphe. Ceux et celles qui évoquent son nom, celles et ceux qui l'aiment ne font que perpétuer son existence pour continuer son combat. Chaque 25 juin le poète revient pour s'enraciner dans l'esprit des générations montantes. Aujourd'hui, les grands noms de la chanson kabyle reconnaissent en lui le maître incontestable et les jeunes amateurs le voient comme père et repère.
Quelle est selon vous la plus grande qualité de Matoub?
La sensibilité extrême dégénérée en révolte juste. La même qui a fait de lui le célèbre Rebelle qu'il est. Dans «Matoub, l'insoumis», j'ai essayé d'énumérer les caractéristiques qui se sont réunies en lui. Je pense que certaines caractéristiques constituent un élément de réponse à votre question. Le génie précoce, la force intérieure et le courage légendaire sont entre autres ses grandes qualités. La perfectibilité est aussi une de ses qualités majeures. Pour laisser une impression indélébile et sublime dans l'âme éternelle de l'Humanité, notre artiste a travaillé à la perfection son oeuvre.
Quel était son plus grand défaut?
La franchise! Cette qualité qui devient défaut dans un monde hypocrite, corrompu et où règnent le mensonge, la cupidité et la trahison. Indissociable de la spontanéité et de la clarté, la franchise chez lui n'a pas eu besoin d'effort pour se manifester. Réunies chez lui pour composer et forger sa personnalité exceptionnelle, ces caractéristiques ont nourri son audace excessive certes, mais nécessaire pour la légende. «Oser tout dire à celui qui ose tout commettre» est une de ses grandes ardeurs; son plus grand «défaut».
Quel est la meilleure chanson de Matoub?
Choisir une chanson parmi les chansons de Matoub c'est comme choisir une étoile parmi d'autres. J'aime entendre ses chansons comme j'aime contempler une scintillante constellation. La perfection est la marque la plus importante de l'oeuvre de Lounès, comme je l'ai déjà dit. D'une cassette à une autre, il démontrait une capacité de travail et d'évolution énorme. Ses admirateurs, toujours fascinés, sans cesse envoûtés, redoublaient alors d'attachement et d'attirance. Il est vrai que ses dernières compositions musicales ont atteint un degré de raffinement très élevé, mais ça n'ôte pas aux chansons des années 1970-980 leur particularité musicale. C'est pour cette raison que je ne peux pas choisir une chanson au détriment d'une autre.
Quel est le plus beau poème écrit et chanté par Matoub?
Tous les textes de Matoub sont pour moi des fragments d'un seul grand poème. Dans mon livre, j'ai parlé de deux choses essentielles, à savoir: les cohésions internes de tous les poèmes de Matoub Lounès. «L'unicité de la main ouvrière» qui a composé cette oeuvre fabuleuse. En effet, une lecture attentive de l'ensemble de l'oeuvre de Matoub mène inévitablement à ces deux constats fondamentaux. Comme celle d'Homère, ce répertoire est à la fois uni et harmonieux. Je veux bien citer ici Paul Claudel qui disait à propos de «l'unicité de la main ouvrière» dans l'oeuvre homérique: «Tous les événements, tous les thèmes locaux ont pris direction, rapport, équilibre, tous les dessous s'éveillent et se justifient, tout se met à chanter à la fois, tout le champ poétique à la fois jusqu'à ses suprêmes limites subit l'enchantement de cette voix nue, dans la concaténation des syllabes accélérées, qui le soutire vers le dénouement». Ce commentaire, porté sur l'auteur de l'Iliade et de l'Odyssée est applicable à l'auteur de «Regard sur l'histoire d'un pays damné» et de «Lettre ouverte aux...». C'est la même chose avec l'oeuvre de Victor Jara qui avait écrit à propos de ses propres chants: «Mon chant est une chaîne/ Sans commencement ni fin/ Et dans chaque chaînon se trouve/ Le chant des autres».
Selon vous, Matoub est-il plus un chanteur ou un poète?
Matoub est un chanteur de même qu'il est poète. Tout dépend de notre regard porté sur lui et sur son art. Cependant, seule l'oeuvre est juge compétent de l'artiste. Si l'on considère les éléments de son chant, verbe, jeu musical et vocal, on constate aisément un chanteur hors pair qui s'est imposé d'une façon singulière dans le style chaâbi. Sa voix au timbre unique, modulable à souhait, parfois explosive, parfois caverneuse, est pour beaucoup de choses dans son franc succès. Si l'on examine le fond et la forme de sa poésie, on découvre un poète génial. Thématique et texture, l'oeuvre de Matoub est sublime. Pleine d'images et de métaphores, elle rivalise avec celles des grands poètes de son temps. Contrairement à l'idée reçue qui dit que Matoub est plus un chanteur qu'un poète, je crois que les deux attributs s'harmonisent parfaitement chez lui. Matoub le poète n'aurait jamais atteint cette grandeur sans un tel chant, et Lounès le chanteur n'aurait jamais acquis cette dimension sans une telle poésie.
Des jeunes qui n'étaient pas nés lors de l'assassinat de Matoub en sont aujourd'hui des fans invétérés, comment expliquez-vous cela, comment l'ont-ils découvert, pourquoi lui et pas d'autres?
L'idéal que Matoub a défendu toute sa vie durant est le même idéal revendiqué par ces jeunes qui n'étaient pas nés lors de son assassinat et qui sont devenus, aujourd'hui, ses admirateurs. Son message est toujours d'actualité. Il faut dire aussi que le Rebelle n'a jamais utilisé une langue «étrangère» au peuple. De toute sa force, de sa voix mélodieuse, il a chanté et il chante à jamais dans les coeurs des hommes épris de la paix et de la liberté. Ses textes si pleins, si profonds, si charmants, vivront aussi longtemps que la langue dans laquelle ils sont chantés. Après avoir mené une vie irréprochable, après avoir suivi sa muse qui lui a procuré une heureuse fécondité poétique, Matoub parvient au royaume du Ciel pour se reposer éternellement parmi les poètes et les révolutionnaires.


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