L'Expression: Le décret exécutif 21-89 oblige une sélection chaque année de 150 projets nationaux de recherche couvrant trois priorités nationales, à savoir la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique et la santé des citoyens. Quel est le rôle des 10 commissions intersectorielles (CIS) installées début janvier dernier pour atteindre cet objectif? Mohamed Bouhicha: Pour chaque département ministériel, on a un comité permanent qui est un organe chargé de faire la politique sectorielle de la recherche. La fonction principale de ces CIS est d'élaborer les programmes nationaux de recherche et d'évaluer leur pertinence et déterminer aussi les moyens financiers et matériels qu'on doit mettre en place pour chaque Plan national de recherche (PNR). Ces CIS scrutent les politiques sectorielles de chaque département et définissent les programmes prioritaires qu'il y a lieu d'exécuter. Jusqu'à présent nous avons lancé deux appels qui se sont soldés par l'exécution de 124 PNR pour 2021 et 78 PNR pour 2022. Est-ce que cette nouvelle démarche peut garantir un impact direct des PNR sur lesquels repose la politique nationale du développement de la technologie, et de l'économie? En plus des centres unités de recherche nous avons 1710 laboratoires de recherche implantés dans les établissements universitaires. Ils font principalement la formation des étudiants par la recherche et pour la recherche académique. Ceux-ci font de temps en temps de la recherche appliquée. La nouvelle approche consiste à identifier les problématiques ayant trait au tissu socio-économique, avant de les valider par les CIS, pour les solutionner par nos chercheurs. Tous les PNR qui seront lancés intéressent effectivement les partenaires socio-économiques identifiés. Et du coup, l'impact est défini et garanti d'avance, contrairement à ce qui se faisait avant, et où le taux de réussite des PNR était relativement très faible. Le ministère de l'Industrie s'est associé au MERS pour la fabrication locale des conteneurs de 20 à 40 pieds. Est-ce que nous avons les compétences pour lancer d'autres projets fédérateurs plus conséquents? Il y a une conférence nationale des centres de recherches. C'est un cadre de concertation et de dialogue entre les différents centres de recherche issus des différentes disciplines et spécialisations, notamment pour lancer des réflexions sur les projets de recherche fédérateurs à impact national. Pour les mener à bien, on est en train de constituer des réseaux thématiques de recherche lesquels regroupent les acteurs de recherche, les acteurs socio-économiques et aussi les potentialités scientifiques humaines établies à l'étranger. Trois réseaux de recherche sont déjà nés. Le premier concerne le domaine de l'intelligence artificielle. Notre secteur a développer et élaborer, la stratégie nationale en matière de recherche et de l'enseignement supérieur dans ce domaine, qui s'est soldée par un livre blanc, lequel contenait de nombreuses recommandations et actions à mener afin de garantir que notre pays reste dans la sphère de l'IA. Le deuxième réseau thématique de recherche concerne le domaine du dessalement de l'eau de mer et des eaux saumâtres. Il nous a été d'un grand service pour les thématiques de PRN qu'on va lancer en 2023. De nombreuses problématiques que nos stations de dessalement sont en train de rencontrer ont été identifiées afin de les solutionner. Le troisième réseau de recherche concerne celui de l'agriculture saharienne, et nous avons commencé par la céréaliculture pour aller vers une maîtrise de l'exploitation, mais aussi de la protection judicieuse de nos ressources. Ces réseaux thématiques sont le terrain pour les projets fédérateurs. Est-ce que l'université peut relever le défi? L'université est prête à accompagner les acteurs socio-économiques. C'est notre rôle principal, on est là pour essayer d'apporter des solutions scientifiques et économiques à des problèmes rencontrés au niveau national, dont, notamment ceux liés à l'acheminement des cultures sahariennes vers le nord, la mise en place des rails, le traitement du minerai de Ghar Djebilet (Tindouf) et l'exploitation du phosphate de Djbel El Onk (Tebessa). Il y avait des groupes de travail installés et qui sont en train de travailler pour trouver des solutions. L'apport de la recherche scientifique ne serai que bénéfique pour ces opérations. J'ajouterai aussi qu'on a réussi à mobiliser un potentiel important. On est passé de près de 13000 à 65000 enseignants, qui sont mobilisées dans la recherche scientifique. Qu'est-ce qui manque? C'est de faire confiance à ces compétences- là. Qu'en est-il des moyens? L'Etat n'a pas tergiversé en terme de moyen qui ont coûté plusieurs milliards de DA. On a investi beaucoup de moyens pour garantir l'accès à tout le monde, les chercheurs, et même ceux du secteur économique. C'est un service commun qui comporte les facilités nécessaires. Les plates-formes technologiques sont là, et elles contiennent des équipements qui sont peut- être les seuls en Afrique, en matière de prototypage et de reverse engineering. L'Etat a investi dans les plateaux techniques d'analyses physico-chimiques aussi, qui sont au nombre de huit et ils contiennent les dernières équipement en la matière.On pourrait analyser n'importe quelle matière et c'est très important pour le contrôle de qualité d'un coté. Et pour la création d'un système d'innovation dont nous avons aussi les structures et équipements telle la mise en place de 94 incubateurs, dont 42 sont opérationnels. Ce sont des moyens qui permettront aussi de prendre en charge le problème de l'employabilité de nos jeunes au nombre de 300.000 annuellement. Et on va appeler à un concours pour que nos étudiants s'impliquent davantage dans le processus de création de start-up.