Le musée public national du Bardo ouvre ses portes à une exposition intitulée « L'art de l'aiguille », une immersion captivante dans l'univers du costume traditionnel algérien et du savoir-faire artisanal qui l'accompagne. À travers cette initiative, l'établissement met en lumière la richesse de sa collection ethnographique et rend hommage à un héritage ancestral où la broderie occupe une place centrale. Prévue jusqu'à la fin du mois de juin, cette exposition retrace l'histoire de la broderie en Algérie, en dévoilant ses origines, ses particularités esthétiques et ses multiples expressions à travers les différentes régions du pays. Chaque pièce présentée raconte une histoire, révélant la diversité des motifs, des techniques et des symboles qui ont façonné, au fil du temps, l'identité textile algérienne. Le directeur du musée souligne à l'APS que cet événement constitue une occasion précieuse de mettre en avant un patrimoine d'une grande finesse, où se conjuguent précision du geste et sens artistique. Selon lui, la broderie ne se limite pas à un simple ornement : elle incarne une mémoire vivante, profondément enracinée dans la culture nationale et transmise de génération en génération. Au-delà de l'exposition elle-même, le rôle des musées apparaît essentiel dans la sauvegarde et la valorisation de ce patrimoine. Ils ne se contentent pas de conserver des objets anciens, mais participent activement à sensibiliser le public à l'importance de préserver ces trésors. Cette mission s'appuie notamment sur la collaboration avec les citoyens, certains ayant récemment contribué à enrichir les collections du musée par des dons d'objets et de vêtements anciens, renforçant ainsi la préservation de la mémoire collective. Le parcours proposé aux visiteurs se distingue par une approche à la fois pédagogique et immersive. Grâce à des pièces authentiques, des panneaux explicatifs et des supports audiovisuels, le public est invité à découvrir l'évolution de la broderie algérienne. Cette forme d'art, longtemps pratiquée par des femmes expertes, transforme des tissus de qualité en véritables œuvres, transmises avec fierté au sein des familles. Les pièces exposées témoignent d'un raffinement remarquable. Les jeux de couleurs, les fils de soie et parfois même de métal précieux confèrent aux vêtements une dimension à la fois esthétique et symbolique. Chaque motif possède une signification, et l'ensemble révèle un équilibre subtil entre utilité et beauté, faisant de ces créations des témoins d'un patrimoine culturel riche et vivant. Parmi les pièces phares, le caftan occupe une place de choix. Le musée en présente une vingtaine d'exemplaires datant pour la plupart de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, issus de différentes régions. L'exposition met également en valeur la gandoura de l'Est algérien, accompagnée d'accessoires traditionnels, déclinée en plusieurs variantes aux techniques de broderie distinctes. D'autres tenues emblématiques sont également à l'honneur, comme la blousa portée dans les grandes villes de l'Ouest, symbole d'élégance urbaine, ou encore le karakou, avec un modèle authentique datant des années 1930. Ces vêtements illustrent la diversité et la richesse des traditions vestimentaires à travers le territoire. Enfin, l'exposition offre un regard inédit sur les outils utilisés dans l'art de la broderie. Du métier à tisser en bois aux cadres de fixation, en passant par les modèles de motifs, tout un univers se dévoile. Les différentes techniques de points, ainsi que la broderie au fil d'or, témoignent d'un savoir-faire minutieux qui continue d'inspirer et de fasciner. Ainsi, « L'art de l'aiguille » s'impose comme une véritable célébration du patrimoine algérien, entre mémoire, créativité et transmission.