Le think tank de l'Ecole supérieure de commerce (Koléa) a réuni, hier, un panel de haut niveau pour débattre d'une question importante: l'économie africaine. C'est la thématique choisie pour clôturer l'année 2023 qui a vu cet établissement organiser une série de colloques souvent animés par des chercheurs qui font autorité. Comme c'était le cas pour le panel de la matinée d'hier, qui a cerné, sous divers angles, la problématique de l'économie africaine traversée par d'innombrables fragilités et en quête de rattrapage. Après une introduction succincte et pédagogique de Sid Ali Boukrami, notamment sur les «paradoxes à résoudre» pour le continent qui regorge de ressources, mais qui vit des retards énormes, la parole a été donnée à Rabah Arezki pour ouvrir des pistes quant aux «stratégies économiques alternatives de l'Afrique». Pour cet ancien économiste en chef de la région Mena au sein de la Banque mondiale, ex- vice-président de la Banque africaine de développement et par ailleurs directeur de recherche au Cnrs, il y a nécessité à ce que l'ensemble des pays de l'Afrique «restaure la confiance en interne». Préférant les mots crus à ceux de l'allusif, Rabah Arezki a pointé la récurrence des coups d'Etat, ce qui n'est pas sans freiner les possibilités de développement dans le continent. Cela étant, Rabah Arezki a fait état d'une croissance ininterrompue en Afrique, ces dernières 25 années. Néanmoins, «cette croissance n'a pas été inclusive», a-t-il fait savoir. Il a plaidé, par ailleurs, pour une intégration de l'informel dans les circuits réglementés à travers des mécanismes institutionnels. Pour sa part, le diplomate Amar Abba, a expliqué ce que la diplomatie peut apporter à l'économie du continent. L'ancien ambassadeur à Londres a mis en avant l'activisme de l'Algérie dans les mécanismes du multilatéralisme africain, mais qui n'a pas été accompagné par le même engagement dans ce qui relève du bilatéral. Il a salué dans ce sens l'ouverture d'agences de banques algériennes en Afrique. Comme il s'est félicité de l'achèvement «prochain» de la transsaharienne. Il a approuvé aussi le redéploiement de la diplomatie économique de l'Algérie envers l'Afrique. Il a noté, en revanche, un besoin en matière de présence médiatique de l'Algérie en Afrique. «Il y a aussi un besoin d'accueillir des étudiants africains et d'encourager les associations d'anciens étudiants africains ayant fait les universités algériennes», a-t-il dit estimant que cette catégorie peut constituer une «passerelle» et une interface utile pour la coopération bilatérale. Amar Abba a plaidé également pour une véritable politique de migration qui sera portée par une législation précise. Le diplomate a relevé que tous ces besoins, qui ne sont pas moins des priorités nous rappellent la vérité selon laquelle «l'Afrique est notre profondeur stratégique». De son côté, Rachid Sekak, banquier à la réputation avérée, a mis en avant la «complexité» du secteur bancaire en Afrique. Fin connaisseur des secteurs public et privé, Rachid Sekak a analysé l'évolution passée du système bancaire en Afrique. Ce dernier, s'il présente des opportunités n'énoncent pas moins des contraintes, voire des risques dans certaines options. D'où la recommandation de Rachid Sekak, pour un surcroît de prudence sur ce terrain. Le P-DG de la Cagex, Zoheir Laïche, est revenu, notamment sur l'assurance crédit pour les exportations vers l'Afrique. L'intervenant a mis en avant l'importance des risques liés au crédit export à destination de l'Afrique. Chiffres à l'appui, Zoheïr Laïche a montré le progrès des valeurs des garanties de la Cage, générant un contournement des écueils. La rencontre a permis, au final, de conforter la vision africaine de l'Algérie. Sid Ali Boukrami a souligné, dans sa synthèse de clôture, qu'il s'agit d'une «nécessité imposée par une mondialisation rencontrée sur le continent africain».