Il y a quelques jours, l'Algérie a célébré la fête de la Victoire marquée par ce 19 mars 1962. Cette date est également marquée en France par des dépôts de gerbes de fleurs, notamment par une association d'anciens soldats de l'armée coloniale, qui garde cette date comme la seule légale. Cette date indélébile dans l'Histoire du pays, est toutefois, encore à ce jour, contestée par des nostalgiques de l'Algérie française, par des anciens militants de l'OAS, des « résidus » de l'esprit revanchard d'une droite dure et de l'extrême droite française qui, à leurs heures de violence, prônaient la terre brûlée et devaient tout faire pour perturber, mettre à mal, les négociations des Accords qui se tenaient en même temps à Evian. Officiellement en France comme en Algérie, ces Accords ont toujours la même date de célébration qui reste au 19 mars 1962. Après 132 ans de colonialisme dont 7 ans de lutte armée, l'Algérie devait acquérir, enfin, son indépendance le 5 juillet 1962. Comme toute guerre qui ne peut durer à l'infini, il y a un moment où les ennemis d'hier doivent penser a arrêter les combats pour des raisons qui leurs sont propres. Cependant il est incontestable qu'obtenir le cessez-le feu est une tâche des plus ardues, difficile et compliquée sur le terrain, à mettre en place car chaque partie ne peut accepter de « perdre la face » et surtout que cela doit rester secret. Obtenir un cessez-le feu c'est que l'ennemi militaire doit déjà « reconnaître » l'existence de l'autre. Pour la France, il a fallu des années pour reconnaître un état de guerre et non plus de simples évènements, de simples combats isolés et enfin être à même de reconnaître l'organisation représentative du pays, qui mène la lutte. C'était le cas du FLN sous l'égide du GPRA (gouvernement provisoire de la république algérienne) et de son armée de libération nationale (ALN). Ceci étant enfin entré dans les esprits des dirigeants de la France coloniale et des militaires, les signes d'amorce de contacts secrets sont lancés selon des propos, des déclarations officielles publiques par des personnalités politiques puis par des ministres et enfin par les plus hautes instances du gouvernement de la France. Ainsi donc, le président de la république française devait, dès le 16 septembre 1959, aborder ce sujet et tendre « la perche » aux combattants algériens, n'ayant pas réussit à « abattre » l'organisation des combattants algériens, alors il a fallu négocier et rencontrer les algériens. Cependant, en fixant la condition d'un arrêt des combats pendant quatre ans, il reçoit le refus des négociateurs qui ne peuvent accepter cette pression. La lutte armée continuera. Le 19 mars 1962 a été en fait, la victoire de la paix, de la raison sur la haine et sur la violence tant pour le peuple algérien opprimé que pour la plus grande majorité du peuple français, même si une frange adepte de l'Algérie française, de la terre brûlée et du chaos, encore 64 ans après l'indépendance, garde cela comme une défaite et qui ne veut pas tourner la page, tant et plus qu'elle continue à exacerber les tensions, et saisit toutes les occasions du moindre fait divers pour créer et attiser les divergences et ressortir son propre passé. L'Algérie et la France doivent en parler, se parler Cette minorité française continue de semer la graine de la violence verbale, et attise la haine, et provoque la discorde, avec toutes ces vagues de racisme, d'insultes et d'offenses, sans compter par ailleurs des discriminations insupportables. Le passé qui fait ressortir des faits douloureux et violents,n'est jamais bon pour le présent même s'il sert à mieux éviter les erreurs et à se corriger. Ainsi donc, le 19 mars 1962 est une date, une fête de la victoire pour le peuple algérien, mais à contrario, le début de la terre brûlée, de la barbarie de l'OAS (Organisation de l'Armée Secrète) et de ses milices de l'Algérie française dont les éléments armés devaient se lancer dans des assassinats, des massacres de ces derniers mois de mars1962. Ils saccageront et brûleront tout ce qu'ils pouvaient pour, diront-ils, ne rien laisser aux « fellagas ». L'horrible, l'ignoble, l'abject et la terreur prenaient leur vrai visage de terroristes, allant même à s'attaquer à des soldats français et même attenter à la vie du général De Gaulle. Pour ces subversifs, les soldats étaient des gentils et qu'ils mitraillaient quand même, et les « fellagas » des méchants, des barbares et des sauvages, oubliant sciemment les méfaits de la colonisation, son horreur, ses massacres, ses enfumades, ses tortures, ses viols, ses pillages et ses incendies des maisonnettes misérables, les déplacements d'habitants de douar en douar, les regroupements, les « corvées de bois », les « crevettes de Bigeard », qui consistaient à balancer du haut d'hélicoptères des corps d'algériens lestés dans du ciment, et puis aussi ces armes chimiques, le napalm, les essais nucléaires dans le Sahara, et ses radiations existantes encore de nos jours, et les milliers de mines le long des frontières. Parler de tout cela en 2026 n'est pas être systématiquement anti-France, c'est juste qu'il faut, à un moment, clarifier, parler de ce passé commun, c'est avancer, c'est accepter de crever cet abcès qui mine la conscience des hommes. Oui, il faut en parler, l'enseigner, extérioriser ce terrible drame effroyable, afin que les jeunes générations sachent ce qui s'est réellement passé. Ce sont des faits réels. C'est l'Histoire des deux pays. Un exemple, parler de l'Allemagne nazie, ce n'est pas détester l'Allemagne ni les allemands. Alors l'Algérie et la France doivent en parler, se parler. En Algérie, l'autochtone était montré comme un sous-homme, un « sauvage », à domestiquer, à pacifier, à civiliser, comme si ces « indigènes » , n'avaient ni émotion, ni sentiments, qu'ils ne pouvaient penser par eux-mêmes et qu'il fallait leur dire ce qu'ils devaient penser si l'envie d'en avoir, les prenait. Pourtant, ces algériens qui étaient chez eux, ne cherchaient qu'à recouvrer l'indépendance de leurs territoires, et asseoir une souveraineté pour leur pays. Victoire ou défaite, cela reste un moment de réconciliation entre les deux peuples et les derniers et récents évènements ne peuvent être écartés d'un revers de main. Une réconciliation se fait à deux, et ne peut supporter des agressions verbales, des invectives, des ultimatums, des « bras de fer », des chantages et d'autres manœuvres. Les hommes d'Evian qui ont écrit et changé le cours de l'histoire Côté algérien : Ils étaient plusieurs, des hommes, déterminés à arracher cette indépendance que tout un peuple, de génération en génération, depuis 1830, attendait. Des mois et des mois de discussion en discussion, de rencontres en rencontres, lors de négociations qui ont finalement abouti à la signature des Accords d'Evian, mettant donc fin à prés de huit années de guerre pour l'indépendance de l'Algérie. Pour ne citer que certains, qui se sont succédés tout au long de ces mois, il faut nommer Krim Belkacem,Bentobbal Lakhdar, Dahleb Saad,M'hamed Yazid, Ahmed Boumendjel, mohamed Seddik Benyahia…et d'autres. Côté français : Trois ministres, Louis Joxe, Jean de Broglie, Robert Buron et d'autres experts et diplomates. Il y avait même en février 1961, un émissaire et non des moindres car il s'agissait de l'ancien chef de cabinet du général de Gaulle et futur président de la république française, Georges Pompidou, lequel devait prendre part à Lucerne d'une importante réunion, où était présent l'avocat Ahmed Boumendjel, et qui devait définir, selon les consignes du général, « d'obtenir des négociateurs algériens, qu'ils indiquent leur but à atteindre, le chemin et les étapes envisagées pour y parvenir ». Les émissaires algériens ne donneront pas de réponse et après des échanges, souvent froids et réticents, une autre rencontre a été décidée pour le 5 mars à Neuchatel. Tenu informé le général de Gaulle s'impatiente car depuis février, l'OAS, s'est déchaînée en une campagne de terreur, dirigée contre les négociateurs qui savaient bien qu'ils risquaient la mort. C'était semble-t-il la loi du genre. De réunion en réunion, ailleurs à chaque fois, même celle du 20 mai 1961, dite « Evian 1 », ne sera pas une réussite, car la veille, l'OAS dans un attentat aura encore fait une centaine de morts. La réunion au château de Lugrin du 20 juillet 1961 ne donnera, elle aussi, rien de positif, car les « taupes « de l'OAS mais aussi la presse étaient à l'affût d'informations, ce qui pouvait inquiéter les envoyés algériens pour leur vie. A fortiori, quand on sait que les négociateurs algériens n'étaient pas outillés à l'image de la partie française. Les algériens n'avaient ni Etat, ni administration, ni services juridiques, et qui, au risque de leur vie, venaient arracher leur indépendance, à une France coloniale en place depuis 1830. C'était on ne peut inimaginable. A ce stade des pourparlers, la France ne veut pas entendre parler ni du Sahara, ni du pétrole, ni du gaz, ni des essais nucléaires tirés dans le Hoggar, c'était exclu des négociations, ce qui ne pouvait être admis par l'Algérie. C'est seulement le 5 septembre 1961, que de Gaulle admettra que le Sahara fera partie des échanges ce qui relancera efficacement les discussions et c'est aux Rousses, juste à la frontière Suisse, le 10 février 1962, qu'aura lieu la rencontre qui soulagera les envoyés algériens, désireux de résider en Suisse, car il y avait toujours cette crainte d'être assassinés ou pris en otage par l'OAS ou par d'autres groupes français, tant qu'ils sont sur le territoire français. Ils resteront donc en Suisse et feront chaque jour la navette. En fait c'est aux Rousses que fut tracé, le premier protocole qui servira de base aux futurs accords d'Evian. Ce qui fera dire a Bruno Le Leusse, un des émissaires français, directeur de l'Europe de l'Est aux Affaires étrangères, « qu'il y avait eu trop de temps perdu, dans des discussions de détail au sujet du statut des Français en Algérie, alors que comme le voulaient les Algériens, il fallait de suite mettre la question du Sahara sur la table. » Il faut reconnaître que c'est un immense travail qui aura été fait par les négociateurs des deux parties pour sortir la France de ce « bourbier » , avec la paix instaurée et l'indépendance au peuple algérien. L'Algérie, dans son désir et vision de paix, avait même accepté sur son territoire devenu souverain et indépendant, la présence de ressortissants français, s'ils voulaient y vivre. Le sauve-qui-peut des français, instauré dans la terreur par les tueurs de l'OAS, signera l'échec de cette clause des accords. Le 15 mars 1962, alors que les négociations à Evian étaient denses plus que jamais, à Alger un commando de l'OAS, assassine à la mitrailleuse six personnes des Centres Sociaux, créés par Germaine Tillon. Le climat, dans plusieurs villes d'Algérie sera alors aux « ratonnades », aux exactions, aux tirs à l'aveuglette, dans le tas, dans l'optique de la « terre brûlée » menée par l'OAS, ce qui éliminera toute envie pour les français, de rester vivre dans une Algérie indépendante. L'OAS, par ses ignobles massacres, a créé la haine jusqu'à ses derniers degrés, ce qui aura anéanti le désir du vivre-ensemble, créant ainsi un exode et par là, le départ des français d'Algérie. Ces mêmes français, au contraire de quelques uns qui sont restés et qui aimaient ce pays, ne reverront, pour la majorité d'entre eux, ni le soleil, ni la mer azur, ni les bougainvillées en fleurs, ni Alger la Blanche, ni Oran El Bahja, ni Annaba la Coquette, ni Constantine la belle ville des Ponts. Certains de nos jours, en effet encore aujourd'hui, après des insultes, des diatribes , des offenses, et après avoir vilipendé, après avoir dénigré à outrance, voudraient retourner en Algérie, et même qu'un certain maire d'une ville française du sud, parle lui, de Oran, comme un « c'est chez nous ». Un phantasme infantile. N'en parlons pas du chanteur Enrico Macias. Condensé des Accords d'Evian du 18 mars 1962 Deux parties étaient exprimées : une partie sur l'accord de cessez-le-feu, avec une application fixée au lendemain 19 mars 1962 à 12 heures, et en deuxième partie, des déclarations gouvernementales relatives à l'Algérie, qui portaient sur la période de transition jusqu'au prochain référendum d'autodétermination et la libération des prisonniers avec une amnistie générale et donc l'organisation du référendum qui devait se dérouler entre trois mois et un maximum de six mois. Ces Accords de près de cent pages, contiennent principalement onze articles, des déclarations gouvernementales, relatives à l'Algérie dont une déclaration générale, et un chapitre sur l'organisation des Pouvoirs publics pendant la période transitoire et des garanties de l'autodétermination, et également la question de l'exercice de la souveraineté de l'Etat algérien, pleine et entière à l'intérieur et à l'extérieur. Il est également question de la coopération entre les deux pays, du règlement des questions militaires, des litiges et de la reconnaissance par la France de l'indépendance algérienne.