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Bled number one ou l'imaginaire de Liberté
FESTIVAL DU FILM FRANCOPHONE DE NAMUR
Publié dans L'Expression le 07 - 10 - 2006

Le film qui soulèvera, sans aucun doute, le plus de controverses, sur le fond comme sur la forme.
En compétition officielle -longs métrages de fiction- au Festival international du film francophone de Namur, Bled number one, le film de Rabah Ameur Zaïmeche, est le film qui soulèvera, sans aucun doute, le plus de controverses. Sur le fond comme sur la forme. Et jusqu'aux propos de son auteur, réalisateur et interprète, qui se démarque de la langue de bois et du ton adopté face aux médias en de telles circonstances, celles de promotion de son produit à tout prix. «Je suis un électron libre, je montre les choses telles que je les ressens. Je ne juge pas les choses, je les montre dans leur nudité», me déclare-t-il lors de l'interview (lire ci-contre).
Quel culot! pour un artiste à qui j'ai fait savoir mon «désarroi» face à son film dont je n'arrivais pas à situer le genre: documentaire, reportage ou fiction? «C'est peut-être tout cela», reconnaît-il.
Acte un: Kamel (joué par l'auteur) jeune Beur expulsé de France, débarque dans un taxi à Illoula, village montagnard dans les environs de Skikda. Se succèdent les scènes d'accueil, où regards, quelques paroles et de longs silences sont montrés dans de longs plans. Rien de spécial.
Acte deux: arrivée de Louisa (Meriem Cerbah) au village. Elle dit avoir quitté son époux. Elle ne dit pas pourquoi à sa famille. Elle dit ne plus vouloir retourner chez lui. On apprendra qu'elle est passionnée de chant et de musique.
La trame du film: le retour de deux enfants du village qui n'arrivent pas à assimiler et accepter les conditions sociales et culturelles locales.
L'auteur du film va nous présenter alors, une succession de tableaux où les deux protagonistes, tantôt se révoltent par la parole et le geste, comme Louisa qui fume et chante du blues en anglais, tantôt par des silences et de l'isolement, comme Kamel qui parle peu et s'isole pour écouter de la musique soul interprétée par un guitariste surgi de nulle part. Tableau surréaliste en l'occurrence. Poussant l'exagération de certaines scènes jusqu'au bout, Rabah Zaïmeche n'hésite pas à laisser la caméra fixée en un long plan sur un taureau égorgé à vif.
Long plan sur le sang qui gicle de la carotide de la bête. Ou encore, Louisa internée un moment dans un asile psychiatrique de la ville de Constantine, donnant un autre récital de blues, en anglais, devant des patientes qui répondent par des tirades en arabe dialectal.
Le choc des cultures, le poids des traditions que l'auteur ne juge pas sont lancées aux yeux du spectateur. «L'Algérie c'est aussi ça, des cultures diverses, locales et universelles à la fois», affirme Zaïmèche.
Le réalisateur du film déroute par sa méthode et sa conception du cinéma. Comment ne pas l'être lorsque vous découvrez que les acteurs secondaires comme l'ensemble des figurants sont sa propre famille, sa tribu, celle des Toufti et des Ouled Attia principalement. Vous verrez dans le générique du film défiler les noms de dizaines de Zaïmèche. Quelques allusions dans le film quand même: Kamel et son cousin Rabah achetant de l'alcool dans un dépôt clandestin, s'enivrant à la belle étoile. Ou encore, l'irruption dans le café du village d'un groupe d'intégristes inquisiteurs qui interdisent aux clients le jeu de dominos et la cigarette. Plus encore, Rabah est pris saoul par les inquisiteurs qui le rossent et menacent de mort.
Le village va alors se révolter et va organiser sa défense en érigeant des barrages de contrôle à ses entrées.
Au bout, tout au bout, Kamel craque et déclare: «Je vais péter un plomb. Je ne peux tenir ici.» Il demande à son entourage comment rejoindre la Tunisie. Pour fuir. Comme Louisa qui a fui son mari, elle, femme battue, abandonnée, perçue comme la honte de sa famille parce qu'elle a la passion du chant et de la musique.
Une âme d'artiste féminine n'est pas acceptée par la tradition locale. Seul Kamel la comprend, la soutient, l'aime.
Dans ce film, où la linéarité classique n'est point respectée, l'intrigue est absente. Cela en fait un film à part. Un film avec une liberté de tournage osée. «C'est un film sur la liberté collective et individuelle. C'est un film ethnographique entre autres», soutient l'auteur. A vous d'en juger.


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