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"L'Algérie était la pièce manquante que je voulais restituer"
Alice Kaplan à propos de son ouvrage "En quête de l'Etranger"
Publié dans Liberté le 19 - 06 - 2019

L'auteure et universitaire américaine a donné une conférence, à l'IFA, sur la "Topographie de l'Etranger" où elle a évoqué sa passion pour Camus, et la transposition de la réalité dans la fiction, notamment le fait divers sur la rixe entre Bensousan (Européen d'Algérie) et Kaddour Touil (l'Arabe) : "le point d'orgue du roman".
Passionnée et amoureuse de l'œuvre de Camus, l'historienne, auteure et universitaire américaine, Alice Kaplan a réalisé une enquête minutieuse sur l'Etranger. "Je voulais écrire une biographie non pas sur Camus mais sur son roman", a-t-elle informé lors d'une conférence donnée dernièrement à l'Institut français d'Alger (IFA). Suite à cette "décision", Kaplan a joué au "détective", et ce, en suivant les traces de l'écrivain d'Alger à Paris, pour connaître les moindres détails sur la gestation du roman, un travail qui a donné naissance l'an dernier à l'ouvrage En quête de l'Etranger (Gallimard et Barzakh). Intitulée "Topographie de l'Etranger", cette rencontre a permis à l'assistance de revenir sur les pas de l'auteur de La peste, à travers les différents points l'ayant inspiré pour la rédaction de son œuvre.
Mais avant d'attaquer sa communication, Alice Kaplan a évoqué brièvement sa relation avec cet "Etranger". Tout a commencé à 15 ans, au cours de français, elle fait sa première expérience de lecture de cet ouvrage afin d'apprendre la conjugaison et non le contexte, notamment d'une Algérie colonisée. Plus tard à l'âge de 20 ans, alors étudiante à l'Université de Californie, Alice Kaplan étudie L'Etranger et La nausée de Sartre. À cette occasion, elle apprend que "l'existence précède l'essence, que la mauvaise foi est un formidable moteur et que Meursault et Roquentin sont une manifestation de l'absurde".
Dans sa présentation, l'auteure insiste sur le fait que sa lecture du roman change d'une période à une autre, et cela était encore le cas, à son intégration à Yale (l'université où elle enseigne au département de langue française), Kaplan découvre avoir appris par ses enseignants qu'"une œuvre littéraire ne doit en aucun cas être lue ni par rapport à la vie de son auteur ni aux engagements de celui-ci. Mais par rapport à un contexte, un langage, une rhétorique". Devenue professeure, cet apprentissage paraît soudainement "bizarre et irréel", car en parlant de la mort de Camus "mes enseignants ont négligé de dire que si les auteurs meurent, leurs livres restent en vie. Un livre peut traverser les siècles. À cet effet, nous pouvons parler de sa naissance, de sa gestation, de sa formation et de sa transmission", a-t-elle expliqué. Et d'ajouter : "L'Etranger est le livre qui a le plus compté pour moi, en rédigeant mon ouvrage, j'ai eu l'impression de raconter l'histoire de mon meilleur ami ! Je voulais m'approcher de Camus, de son travail, de son état d'esprit lors de la rédaction de son livre." À travers cette démarche, notamment suivre "pas à pas" l'écrivain, l'Algérie est "devenue l'élément central de mon enquête. L'Algérie était quasiment absente de ce que l'on m'avait enseigné. Je me suis rendue compte bien après ce qui séparait Camus de Sartre : sa naissance dans un milieu pauvre, son éducation et sa relation avec la nature. L'Algérie était donc la pièce manquante, celle que je voulais restituer".
"Camus l'alter ego de Fernandel"
Comment parler de l'Algérie aux Algériens ? D'une Algérie coloniale qui n'existe plus ? Alice Kaplan a rétorqué sur ces interrogations à la salle : "Je ne parlerai plus de la position de Camus car le débat est saturé. Je m'intéresse à un lieu générateur de fiction, de l'influence algérienne de façon très concrète et non pas idéologique." À ce propos, l'universitaire a obtenu des réponses en réalisant une petite "promenade" ayant permis de récolter des éléments grâce à des lieux, des archives, des coupures de journaux et des notes pour "vivre l'Etranger autrement". "Le travail d'un auteur de fiction consiste à transposer une histoire réelle ou des histoires dans la fiction. En réalisant mon livre, j'ai travaillé en sens inverse, et ce, en remontant aux sources pour comprendre son écriture et ses transpositions." Parmi les histoires réelles transposées par Albert Camus, l'affaire El Okbi (équivalent de l'affaire Dreyfus) ; "un homme condamné à mort qui va inspirer le personnage de Meursault". En tant que journaliste à Alger républicain (qu'il intègre en 1938), Camus est confiné dans les tribunaux, il découvre alors "la mécanique des affaires judiciaires et ses personnages. Cela lui a permis de concevoir l'intrigue et invente un procès qui tourne en dérision le système judiciaire". Aussi, sa maison au Télemly (Alger), considérée comme une "source d'inspiration", l'une des autres muses, le film Le Schpountz de Marcel Pagnol. Dans le rôle principal, Fernandel, ce comédien de talent, inspire Camus, qui le place au cœur de son "accusation", ne le cite pas dans le livre "mais le met au centre de son récit". Selon la conférencière, l'écrivain s'est retrouvé dans ce personnage comme "l'alter ego de Fernandel". En 1940, il quitte l'Algérie malgré lui pour la France, où il écrira la deuxième partie de son roman à Montmartre. "Cet exil en France et sa séparation avec Alger l'ont énormément inspiré. D'ailleurs, il avait écrit à sa fiancée : "Je sens que le roman est tout tracé en moi", a-t-elle raconté. Enfin, la cinquième et dernière escale de Kaplan était la plage de Bouisseville (Oran), "le point d'orgue du roman" où a eu lieu la fameuse rixe entre un Européen d'Algérie et un Arabe. "Sur ce fait divers, les biographes ont interrogé l'Européen, un juif algérien parlant arabe mais aucun biographe n'a émis la moindre curiosité sur l'Arabe."
Cette situation a "interpellé" la conférencière : "Quelles sont les questions que nous posons à la littérature ? Dans quelle mesure on laisse nos préjugés déterminés nos recherches ? L'Arabe a été invisible non seulement dans le roman mais aussi dans l'esprit des chercheurs !" Sur ces interrogations, l'historienne a consulté des archives à Oran, où elle a retrouvé les noms des deux concernés.
"Il est intéressant de mesurer tout ce que Camus a changé dans son roman ; les deux parlaient la même langue, et dans la réalité, il n'y a pas eu de mort. Dans la fiction, il rend la scène silencieuse, Meursault tire sur l'Arabe qui n'a pas de nom." Afin d'expliquer cette démarche, elle a cité en exemple les polémiques sur le racisme aux Etats-Unis, dans lequel la société donne à certaines "vies plus de poids qu'à d'autres", et nous le retrouvons dans l'Etranger. "Camus décrit l'Arabe comme la victime de Meursault ; des critiques ont condamné ce choix, et les lecteurs d'aujourd'hui sentent encore cette violence. Je crois que c'était un choix délibéré de Camus de ne pas le nommer et non une marque inconsciente de racisme, c'était une manière de renforcer l'impression d'une société traversée par la violence coloniale, autrement dit c'est à travers les mythes et le silence que Camus déploie toute la puissance de son talent."

Hana Menasria


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