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Le jeu contradictoire des acteurs face aux réformes politiques et économiques en Algérie
Publié dans La Nouvelle République le 05 - 03 - 2019

Face aux enjeux tant internes que géostratégiques, les enjeux actuels et futurs des réformes passent par une évaluation à son stade actuel et ses environnements politiques, économiques, sociaux et internationaux, une identification des acteurs internes et externes impliqués dans le processus des réformes, une analyse des stratégies développées ou qui risquent d'être développées par les acteurs hostiles et une série de contre-mesures à mettre en œuvre par les acteurs favorables et anticiper les risques d'échec.
Naissance d'une couche de réformateurs au sein des partis politiques et des associations, bien que non organisées.
Rôle stratégique assigné aux réformes par les acteurs externes
3.1- Deux acteurs externes semblent vouloir s'imposer durablement en Algérie :
- l'Union européenne avec, pour des raisons historiques, un rôle pivot de la France les Etats-Unis d'Amérique qui ont considérablement investi dans le Sud (pétrole et gaz).
Cependant, du fait de la mondialisation, ce serait une erreur de vouloir les séparer d'une manière tranchée, car les objectifs stratégiques ne sont pas fondamentalement antagoniques. Leurs divergences sont aplanies par la stratégie des grandes compagnies : actionnariat varié à travers des dizaines de milliards de dollars chaque jour au niveau des places financières internationales, quelle que soit la nationalité, qui n'est plus importante. Cette vision planétaire uniformise donc les divergences dites nationales et les met à l'abri des turbulences politiques conjoncturelles qui peuvent surgir sporadiquement.
Les fusions avec plusieurs milliers de milliards de dollars sont impressionnantes. D'ailleurs, la vision, apparemment différente entre certains pays européens et les USA, masque les divergences d'intérêts par exemple pour des parts de marché au niveau de la sphère énergétique qui dépasse le cadre du Moyen-Orient. D'autres acteurs (Italie, Espagne, Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique, Chine, Turquie, Corée du Sud, Inde ) s'implantent en Algérie. Le niveau de leurs échanges est appelé à augmenter dans tous les secteurs de l'activité économique, sous réserve d'un retour à la croissance et que le niveau des réserves de change ne s'amenuisent pas. En cas de tensions sociales et d'une tendance vers zéro des réserves de change, il ne faut pas s'attendre à un flux d'investissement car n'étant pas sur d'être payé, la seule garantie actuellement étant Sonatrach.
3.2- Pour les USA, les objectifs sont le contrôle mondial de l'énergie qui est la doctrine qui fonde et oriente l'ensemble de la stratégie politique, économique et militaire des Etats-Unis, encore qu'avec les nouvelles mutations énergétiques mondiales sont apparues et apparaitront d'autres acteurs. Pour les moyens, il encourage Moyens les grandes compagnies à investir dans le secteur des hydrocarbures et, à terme, selon le rythme des réformes, dans les segments hors hydrocarbures utilisant son poids dans la décision au sein des institutions financières internationales et avec l'implication de la communauté algérienne établie aux Etats-Unis. Mais les obstacles en dehors de la zone utile hydrocarbures sont les barrières d'ordre culturel et linguistique et la faiblesse des échanges hors hydrocarbures. Algérie/USA.
3.3- L'Union européenne avec le rôle pivot de la France sont des partenaires stratégiques, du fait que la majorité de ses échanges avec cette zone tout en tenant copte de l'importance de l'immigration surtout en France. Les objectifs sont de maintenir son rang de premier partenaire, de concourir à la stabilité économique et politique de l'Algérie car toute déstabilisation de l'Algérie toucherait en premier lieu l'Europe, de réaliser un grand espace euro-méditerranéen stable politiquement et prospère économiquement sous segment de la dynamisation du continent Afrique, enjeu du XXIe siècle.
Les moyens sont l'appui auprès des grandes institutions internationales, impliquer les élites algériennes, notamment l'émigration et favoriser l'implantation des entreprises européennes. Les obstacles sont l'hégémonie politique des Etats-Unis dans les relations internationales, la priorité de l'élargissement de l'Europe à l'ex-bloc communiste de l'Est comme le souhaite l'Allemagne, l'importance de la Chine en matière économique et la Russie dans le domaine militaire.
Le rôle stratégique de la société civile
La forte mobilisation le 22 février et le 01 mars implique de biens analyser les aspirations de la société civile pas celle rentière vivant dans les salons mais celle que l'on a vu dans la rue. Force est de constater qu'elle est éclatée et que contrairement aux idées du passé même certaines confréries religieuses qui avec la désintégration sociale et une jeunesse parabolée ont de moins en moins d'impacts contrairement à une vision du passé. C'est que la confusion qui prévaut actuellement dans le mouvement associatif national rend malaisée l'élaboration d'une stratégie visant à sa prise en charge et à sa mobilisation.
Sa diversité, les courants politico-idéologiques qui la traverse et sa relation complexe à la société et à l'Etat ajoutent à cette confusion et rendent impératif une réflexion urgente piur sa restructuration reflétant les grandes fractures survenues dans le système politique national Ainsi la verra-t-on rapidement se scinder en quatre sociétés civiles fondamentalement différentes trois au niveau de la sphère réelle et une dominante dans la sphère informelle. Le plus gros segment, interlocuteur privilégié et souvent l'unique des pouvoir publics sont des sociétés civiles appendice du pouvoir se trouvant à la périphérie des partis du pouvoir où les responsables sont parfois députés, sénateurs, vivant en grande partie du transfert de la rente.
Nous avons une société civile ancrée franchement dans la mouvance islamiste, certains segments étant l'appendice de partis islamiques légaux. Nous avons une société civile se réclamant de la mouvance démocratique, faiblement structurée, en dépit du nombre relativement important des associations qui la composent, et minée par des contradictions en rapport, entre autres, avec la question du leadership.
Pour ces trois premières sociétés civiles, leurs impacts pour le taux de participation aux dernières élections locales et législatives, malgré leur adhésion, a été relativement faible. Et enfin nous avons une société civile informelle, inorganisée, totalement atomisée qui est de loin la plus active et la plus importante avec des codifications précises formant un maillage dense.
(A suivre)
Professeur des Universités, expert international Dr Abderrahmane Mebtoul


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