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Mémoires anachroniques de l'Andalousie perdue
Publié dans La Nouvelle République le 19 - 05 - 2019

Les ambitions augmentaient et s'intensifiaient après l'expansion des Fatimides dans les deux Maghreb, central et occidental, ce qui menaçait dangereusement les Omeyyades en Andalousie, et laissait le calife Abd er-Rahmân III El-Naçir se préparer très sérieusement à une éventuelle attaque.
Le calife appréhendait le sort qui a été réservé à ceux qui l'ont précédé dans ce pays où il était le maître incontestable puisqu'il l'a conquis par son travail et son esprit qui allait porter à son apogée cette Espagne musulmane. Alors, réunissant encore une fois son cabinet et ses principaux chefs qui formaient l'état-major de son armée, il s'adressait à eux en ces terme: - Je vous réunis aujourd'hui pour vous apprendre que nos ennemis, les Fatimides, sous le règne de Obeïd Allah El Mehdi, ont de sérieuses visées expansionnistes sur notre califat. Nos différends viennent d'un passé lointain, comme d'aucuns parmi vous le savent, et cela n'arrange aucunement nos relations pour nous laisser vivre dans le calme, la sérénité et le progrès. Je ne vous cache pas qu'aujourd'hui, nous devons vivre de grands moments de vigilance et tous, nous devons redoubler d'efforts pour nous consolider sur tous les plans et nous préparer au cas échéant à l'inévitable confrontation avec ces ennemis de toujours. Abd er-Rahmân III El-Naçir pressentait ce conflit venant de ses «frères ennemis» et qu'il savait embarrassant. Il se préparait en conséquence pour ne pas perdre cette Andalousie pour laquelle ses aïeux et lui-même ont fait le maximum pour la conserver et la préserver. Il savait qu'il allait entreprendre de longues et pénibles campagnes au Maghreb, où ses ennemis, les Fatimides – ces califes schismatiques qui sont devenus «chiites» – lui manifestaient une malveillance menaçante. Cette rencontre avec les tenants du califat – il en organisait plusieurs – lui était tellement importante qu'il profitait pour mettre chacun devant ses responsabilités à l'approche d'une autre épreuve, certainement déterminante et plus que pénible. Il devait choisir deux solides officiers, dont l'un faisait fonction de messager, chaque fois que la nécessité l'obligeait à l'envoyer quelque part en mission officielle ou en éclaireur pour ramener le maximum d'informations et… de propositions pour d'éventuelles stratégies. Il connaissait les deux, et il appréciait en eux leur perspicacité et leur audace. Le premier Ahmed Ibn Ibrahim Touilledj-Izemis, celui qui s'était distingué dans le ralliement des Ibn Hafsun pendant leur révolte avec l'émirat de Cordoue et le deuxième, Yassine Ibn Ali Ibn Mohamed Oguid, son cousin par l'ancêtre Izemis, cet autre fougueux andalou qui n'avait jamais peur devant le danger. Les deux avaient de qui tenir. Les deux avaient du sang berbère qui coulait dans leurs veines. Le calife s'était réuni spécialement avec eux et, en une séance marathon, il leur communiquait ses plans quant à la première offensive – politique d'abord – qu'il allait entreprendre pour connaître ce pouvoir des Fatimides qui se trouvaient tout près de chez lui, au Maghreb. - Leurs forces, leur disait-il, nous en parlerons après car, l'essentiel est de connaître présentement leurs possibilités économiques, politiques et militaires et quelles sont leurs motivations à travers l'expédition qu'ils veulent nous imposer. Nous devons connaître, dans les détails, tout ce qu'ils recèlent comme moyens, tant matériels qu'humains, pouvant nous porter, demain, de sérieux coups en même temps que de graves préjudices à notre califat. Nous devons faire pareillement, sur le plan religieux. Nous savons qu'ils entreprennent un travail séditieux, en notre pays, à travers une colonne de spécialistes en matière de soulèvement. Nous allons, à notre tour, les submerger de dévots – sous diverses couvertures – qui iront leur porter la contradiction chez eux, en terre maghrébine, et nous débarrasser de ce fléau chiite qu'ils veulent nous prescrire, à tout prix chez nous, un fléau qui prend de l'ampleur, de plus en plus, dans la région et surtout après l'instauration de la dynastie des Idrissides alaouis au Maghreb. Je vous charge de tous ces aspects, je vous donne tous les moyens que vous jugez utiles pour l'accomplissement de votre mission, qui, encore une fois, ne sera pas facile. Ahmed Ibn Ibrahim Touilledj-Izemis, l'ambassadeur émérite et le général Yassine Mohamed Oguid – entre-temps, il a été promu dans le grade – tous deux, imbus de patriotisme, s'étaient imaginé plusieurs scénarios, dont le plus plausible qui les mènera en terre maghrébine, chez leurs ancêtres, pour étudier sur place les possibilités d'une bonne application de leurs plans. Un grand diplomate et un éminent militaire, ne pouvaient donner que cette recette de succès à un programme dûment bien conçu et qui serait fidèlement exécuté. Leur programme ? Il se divisait en deux grandes parties. La première devait les mettre en contact avec les hommes du culte qui, sous des aspects de commerçants, de touristes, d'hommes de lettres et de sciences, écumaient ou plutôt «espionnaient» – pour revenir à la mission la plus juste qui leur a été confiée – les différentes régions d'Andalousie pour prendre le maximum d'informations, tout en procédant au travail de sape pour lequel ils étaient mandatés par leurs maîtres les Fatimides. Cette tâche n'était pas de tout repos pour ces hommes qui devaient faire plus que n'ont fait les autres « envoyés spéciaux» de Obeïd Allah El Mehdi, en Andalousie, les non moins virulents et coriaces, les Abou El Yusr Ibrahim Ibn Mohamed El Chibani, Abou Djaâfer Ibn Ahmed Ibn Haroun El Bagdadi, Ibn Houfel El Naçibi qui se sont heurtés au refus des Andalous qui pratiquaient le rite sunnite et principalement celui de l'école malékite. La deuxième partie de leur programme était beaucoup plus concrète dans la mesure où elle s'inscrivait dans le registre des échanges mutuels ordinaires. C'était des commerçants qui allaient investir certaines régions de la côte du Maghreb occidental. Ensuite, petit à petit, avec le trafic commercial et l'impulsion qu'il donne à l'émigration, toute la côte du Maghreb devait être investie par les Andalous qui allaient s'installer en colonies pour toujours. Ces relations commerciales, indispensables entre autres sur le plan économique pour les deux pays, allaient favoriser du côté andalou un apport considérable, sur le plan spirituel, dans le monde maghrébin. Ainsi, les nombreuses colonies qui s'étaient implantées et leur travail inlassable ont changé le climat chez les tribus berbères et une partie des Fatimides du Maghreb. De cette approche résultaient également de nouvelles idées qui ont noué des alliances contre les tenants du pays. C'est alors que l'action, particulièrement bien conçue et exécutée sous les auspices des deux émissaires du calife, Ahmed Touilledj-Izemis et Yassine Oguid, a bien porté ses fruits et, l'offenseur, qui pensait s'attaquer à l'Andalousie, a été pris dans son propre piège, un piège qu'a dû avorter Abd er-Rahmân III El-Naçir, en s'appuyant sur ses éléments d'une rare fidélité et d'une éminente compétence. Que l'Histoire se souvienne du général Yassine Oguid qui donnait courageusement son point de vue au calife quand ce dernier voulait investir le Maghreb. N'était-il pas hostile à ce qu'il considérait comme une expédition inexplicable, voire hasardeuse contre des frères en Islam ? Ce même officier, des années après, sentant le danger qui menaçait son pays, a répondu par l'affirmative au commandeur des croyants parce qu'il savait que le devoir lui imposait une décision de cette nature. Les deux émissaires ont fait plus. Ils se sont même permis, ce qui n'a pas déplu au calife, de rallier à la cause de l'Andalousie, une grande partie des Idrissides et des Beni Salah, en leur offrant aide et soutien et en les incitant à se soulever contre les Fatimides. Ils ont fait de même avec les tribus berbères de Zenata – déjà allergiques à ces derniers –, ce qui a donné plus de force au califat de Cordoue et plus de confiance en ses maîtres. De là, Abd er-Rahmân III El-Naçir, a pu contrôler l'ensemble de la côte du Maghreb occidental, un contrôle qui représentait une grande réussite dans sa stratégie guerrière car, personne ne pouvait s'aventurer, à partir d'une entreprise belliqueuse, pour occuper cette partie qu'il administrait militairement. De même que la prise de Ceuta, à la demande des Idrissides, lorsqu'il a dépêché le gouverneur d'Algésiras ou «Jazirat Al Khadra», Omeya Ibn Isaâq El Qorchi, à la tête d'une importante escadre de navires, lui a donné encore plus de poids. Ahmed Touilledj-Izemis et Yassine Oguid étaient restés au service du calife, tantôt le conseillant sur les plans diplomatique et militaire, et tantôt, le persuadant de ne pas s'élancer dans des aventures qui risquaient de lui faire perdre son autorité et son influence sur l'ensemble du territoire andalou. Ils se montraient courageux dans leurs interventions et leurs conseils et, de cela, le calife en était conscient et appréciait cette audace qui le détournait souvent de ses aventures extravagantes, plutôt périlleuses, et modéraient ses exaltations, en le tenant dans une juste mesure afin qu'il n'allât pas vers l'inconnu. L'ambiance d'alors allait-elle durer éternellement avec ce monarque qui cachait malgré tout, beaucoup de convoitises, et demeurait esclave de ses égocentrismes et de ses appétences ? Non ! D'autant que les relations avec les Fatimides, très tendues pendant tout le règne de son califat, et bien après, du temps d'El Qaïm Aboul Qacem Mohamed et Abou Tahir Ismaïl dit «El Mançour» et surtout du temps d'Abou Tamime El Mo'izz, n'ont pas été poussées vers l'amélioration et la détente. Bien au contraire, elles furent le théâtre de maintes occasions pour créer encore des dissidences dans les deux camps, avec l'intention de s'anéantir «les uns… les autres». N'est-ce pas qu'en 931 – à titre d'exemple seulement – les forces omeyyades franchissent le détroit de Gibraltar et, de 952 à 975, livrent contre les Maghrébins une lutte sans merci et sans issue, qu'il faudra recommencer plus tard ? Ahmed Touilledj-Izemis, en fin diplomate et homme de principe, était resté au palais pour servir le calife qui lui confiait de grandes missions auprès des monarques et souverains chrétiens. Ceux-là
ralliaient le camp des musulmans et l'Espagne se trouvait entièrement pacifiée. Quant à Yassine Oguid Raoun – cet ajout lui a été prescrit par ses parents berbéro-mozarabes –, qui fut, rappelons-le, un brave officier de Biled El Andalus, un combattant fidèle au serment de ses ancêtres paternels, a marqué son temps et, de vaillance en vaillance, il a trouvé son destin, héroïquement, en 950 sur un champ de bataille contre les Castillans de Talavera, cette belle région de Tolède. Son sang noble de la lignée d'Izemis, le Berbère de Césarée, a arrosé cette plaine du Tage et de l'Alberche. Ainsi, vivent et meurent les héros. Revenons aux deux dynasties qui ne s'aimaient guère pour des raisons historiques que nous avons déjà expliquées. Leurs relations qui ont atteint un point de non-retour pendant la révolte berbère des tribus kharidjites (les zénètes) d'Abi Yazid, celui qui devait occuper Kairouan, Regada, et qui a sévèrement menacé El Mahdia, capitale des Fatimides, n'ont connu leur finalité que par l'affaiblissement des deux belligérants. Abou Yazid tenait la dragée haute aux Fatimides pendant 20 ans. Il était constamment aidé et soutenu par Abd er-Rahmân III, jusqu'à sa mort en 948. Dans cette lutte, qui paraissait interminable, se liguaient contre les Omeyyades, les Banou Ziri, d'une grande tribu berbère de la confédération des Sanhadja, alliés des Fatimides, et à leur tête Ziri Ibn Menad qui avait défait la rébellion d'Abou Yazid. En récompense, le chef berbère Ziri Ibn Menad avait été installé au poste de gouverneur du Maghreb central, ce qui sera plus tard une grande partie de l'Algérie actuelle. Ibn Menad avait pris en son armée les jeunes Berbères de Koutama qui, eux aussi, étaient profondément contre les Omeyyades et le calife Abd er-Rahmân III. En somme, chacun cherchait de meilleures alliances pour donner le maximum de garantie à ses visées expansionnistes et à ses expéditions belliqueuses. Le calife fatimide El Mo'izz devait reprendre toute son autorité sur le Maghreb occidental en même temps qu'il menaçait son homologue de l'Andalousie de conquérir ses terres. A cet effet, il fit appel à Abou El-Hassan Jawhar Ibn Abdallah, plus connu sous le nom de Jawhar El-Siqilli, un ancien esclave d'El Mançour et lui attribua le titre de général. Plus tard, bien après 958 et sa prise de Tanger pour le compte d'El-Mo'izz, il conquit l'Egypte, le 6 juin 969, à la tête de 100 000 Fatimides, la plupart des Berbères, y jeta les bases de la nouvelle ville El Qahira (Le Caire) – anciennement Fustat – et commença par fonder la grande mosquée d'El Azhar, qui restera, pour l'Histoire, la plus vieille Université du monde. Cette dernière sera ouverte au culte le 22 juin 972. Et, quand tout fut préparé dans Le Caire, palais, résidences et autres infrastructures de base indispensables pour la bonne marche d'une grande cité de renom, Jawhar accueillit le 10 juin 973 le calife Al- Mo'izz li-Dîn Allah, qui y transféra sa capitale. Ainsi, Fustat, devint El Qahira ou «misr» qui signifie «ville de la conquête», tout comme ces autres centres urbains, au nombre desquels on compte également Bassora, Koufa et Kairouan. Le général sicilien devait fonder le plus grand Empire fatimide en dominant les régions du Maghreb, ceux de l'Egypte et de la Syrie. Cependant, pour ce dernier pays, territoire de la dynastie des Omeyyades, investi en 970 par ses hommes, n'a pu rester sous son influence du fait que les Qarmates ont intervenu aux côtés des Syriens. Par ailleurs, les Omeyyades d'Andalousie, n'ont pas cessé de porter des coups à leurs rivaux les Fatimides qui répondaient, chaque fois, par des actions de grandes envergures, aussi surprenantes qu'intrépides. Nous citerons l'exemple de la bataille d'Almeria, cette importante base navale du califat de Cordoue, où Abd er-Rahmân III construisit la magnifique forteresse qui surplombe la ville et la baie. C'est là où les Andalous perdirent leur flotte et la ville fut entièrement pillée. Ce duel entre les deux dynasties dura longtemps, ce qui obligea les souverains à contracter des alliances avec des chefs berbères, quelquefois avec leurs propres ennemis, pour régler des problèmes de «pouvoir temporel». Il reste entendu, qu'à part ces velléités de pouvoir politique et cet esprit de mégalomanie qui animait les souverains des deux pays, le conflit religieux demeurait toujours la «toile de fond» de ce divorce entre des peuples de la même communauté. Avec tous ces conflits, ces luttes entre des frères d'une même religion qui incite au rapprochement, à l'entente et à l'amour, que pouvons-nous dire alors de ce règne du calife Abd er-Rahmân III El-Naçir ? Beaucoup de positif, bien sûr, hormis les diverses aventures guerrières et les nombreuses révoltes qui ont occupé l'actualité mais qui n'ont pas empêché les souverains de l'Andalousie de briller de tout leur éclat. En effet, cette présence omeyyade, secondée par de braves Berbères n'a engendré que du positif, quand on fait la part des choses et quand on essaye de faire des comparaisons correctes et honnêtes entre ce qui se passait, en cette période, dans les autres pays d'Europe, ou même plus loin, là où la culture et, disons-le franchement, l'évolution, n'avait pas encore fait son apparition. Ce n'est pas de l'accusation, ni de l'outrage, quand on affirme qu'au moment où l'Europe vivait de «huttes et de flèches», les Andalous et autres dynasties musulmanes maîtrisaient ce qui pourrait être comparable, bien plus tard, au chauffage central. C'est alors que par cette dynamique, Cordoue qui était restée musulmane pendant huit siècles, tout en étant le principal centre intellectuel d'Europe au Moyen-âge, et Séville qui était l'une des plus grandes villes du monde au XVIe siècle, représentaient dignement cette avance et ce rayonnement culturel de l'Andalousie des musulmans. Il faut le dire et le répéter, que du temps d'Abd er-Rahmân III El-Naçir, suivi de son fils El-Hakam II (961-976), alors que tout semblait difficile à travers les conflits qui se multipliaient dans la région, les deux monarques feront tout pour sauver la situation et porter leur dynastie au sommet de la perfection. Ils ont été pacifistes, soucieux de la bonne marche de l'administration, mais surtout passionnés de culture et de sciences. Cela, bien sûr, ne les avait pas empêchés de faire le maximum, sur le plan militaire, pour ramener l'ordre et la paix dans le califat. Et ainsi, même s'il restait encore quelques conséquences de cette lutte pour le devenir des uns et des autres, et même si l'impôt perdurait avec sa surcharge, le peuple vivait heureux, affirmaient les différentes communautés qui cohabitaient en cette période. Du moins vivait-il dans l'aisance tant l'Empire était prospère par son commerce florissant, son industrie, son agriculture qui s'améliorait et progressait par l'introduction de nouvelles théories comme la culture de la canne à sucre, le coton, le mûrier pour la fabrication des soieries, ainsi que par d'autres fruits et légumes. Sur le plan démographique, la moitié méridionale de la péninsule, avec ses trente millions d'âmes, ressemblait à la Sicile, qui elle-aussi était surpeuplée. Dans cet empire, la vie communautaire était effective, et les villes y étaient nombreuses et vastes. Cordoue, seulement, possédait quelques sept cents mosquées, un nombre appréciable de palais et trois cents bains maures «hammams», ce qui veut dire que les gens attachaient beaucoup d'importance à leur propreté. On peut dire, sans risque de nous tromper qu'Abd er-Rahmân III El-Naçir, de par son amour pour la culture, notamment les lettres et les arts, attirait à sa cour des hommes remarquables de toutes les parties du monde musulman et, sous son règne, la civilisation arabe atteignit en Espagne son plus haut degré de splendeur. Il faut dire que sous lui, Biled El-Andalus a connu la prospérité, le calme et, on ne le dira pas assez, la paix, pendant une longue période. C'était, en effet, une époque politiquement et culturellement très brillante, pendant laquelle ont apparu nombre de savants et d'érudits.


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