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Mémoires anachroniques de l'Andalousie perdue
Publié dans La Nouvelle République le 13 - 05 - 2019

De cette union, faite d'amour, de tendresse et d'attachement, ils eurent leur premier enfant en 720, du temps du gouverneur Al Sehm Ibn Malik Al Djawlani. Amanda est restée chrétienne et son époux ne l'a jamais forcée à se convertir à sa religion.
La vie continuait chez eux, dans un foyer calme, joyeux, entreprenant, dans un foyer où les parents adoraient un même Dieu…, chacun à sa façon. Izemis s'accommodait de ce précepte divin qui nous exige de ne jamais contraindre les gens à suivre un culte contre leur volonté. Déjà, on sentait que le véritable Islam se propageait dans toute sa plénitude, dans sa parfaite tolérance et en toute sécurité. Après ce premier enfant qu'ils ont appelé «Abdallah el Qortobi», du fait qu'il est né à Cordoue, ils en eurent d'autres. Abdallah, l'ainé, était prédestiné à jouer, tout comme son père, un rôle déterminant dans l'Andalousie musulmane. Mais avant d'arriver à ce stade de citoyen plein de passion et d'initiative pour le métier qu'il pratiquait, voyons ce que fit son père pour le convaincre et le mettre sur le droit chemin, non pas parce qu'il était rebelle ou dissipé, mais tout simplement parce qu'il voulait faire de son fils, dès son jeune âge, le digne représentant de cette race de producteurs, toujours prêts à bondir pour l'intérêt suprême du pays. Et là, «Biled El Andalus» était désormais la patrie d'Izemis, de son épouse et de ses enfants. C'était leur patrie, en effet, car leur destin se trouvait en ces terres où l'Islam déployait ses valeurs, chaque jour davantage, et où sa civilisation se bâtissait dans les belles œuvres qui s'érigeaient çà et là, dans toutes les villes où les mosquées, construites à côté des églises et des synagogues, diffusaient l'appel d'Allah pour les cinq prières de la journée. Ainsi, après les études secondaires de son aîné, le père lui fit cette demande : - Dis-moi Abdallah, que veux-tu faire maintenant ? Tu as réussi ton cycle secondaire, et tu vas aller maintenant chez les meilleurs doctes de Cordoue. T'es-tu demandé ce qu'il y a de mieux pour toi comme études, pour que tu puisses devenir un bon cadre pour ce pays que nous devons construire, pierre par pierre ? - Non, pas encore. Mais je n'arrive pas à me fixer sur un choix, dans cette multitude d'opportunités qui se bousculent dans ma tête. D'ailleurs je suis comme tous mes amis, ceux qui ont terminé, comme moi, leurs études secondaires. Je ne vois vraiment pas mon chemin. Ayant suivi cette réponse, Izemis, saute sur l'occasion et demande à son fils d'abord de l'écouter avec attention, avant de décider de son destin, dans cet espace très vaste où s'accomplit la mission de tout citoyen. - Vois-tu, mon fils quand, il y a des années, nous sommes venus dans ce pays, nous avions dans notre esprit un seul engagement, le construire et le développer. Notre conquête n'était pas empreinte d'hégémonie ou d'esprit d'avilissement. Non ! Pas du tout ! Nous sommes venus et, dans nos valises, il y avait de grands projets d'édification d'un monde nouveau, répondant aux enseignements de notre noble religion : l'Islam. Sinon pourquoi venir et s'imposer dans un territoire qui avait ses maîtres et ses sorciers, son peuple et ses geôliers… Nous aurions pu rester chez nous, là où nos terres nous suffisaient amplement. Alors, ce n'était pas un problème de surface, ni même une question de conquête pour un besoin de conquête dans l'esprit du vainqueur. Notre venue dans ce pays est synonyme d'ouverture sur un monde que nous pouvons rasséréner pour mieux le préparer à accepter le travail concret, le progrès et la réussite de grands projets pour son développement. Pour cela, je veux que tu embrasses une carrière de constructeur, de celui qui ne vit que pour les réalisations palpables et positives, celles qui font la fierté de sa génération. Tu deviendras architecte, mon fils ! C'est là ton sort, c'est là ton étoile, c'est là ta chance pour montrer tes capacités en participant à l'évolution d'une région qui mérite toute notre attention. Abdallah a enfin choisi le métier que son père lui a recommandé, non sans opposer une certaine réticence, parce qu'à son âge, il ne comprenait pas tellement ce discours qui lui semblait sortir d'un autre siècle. Il a fait de solides études et, des années après, sa destinée le placera parmi les plus proches, et parmi les importants architectes, du calife de Cordoue. Izemis son père, était très satisfait de son fils. Lui qui, imbu de culture et de sciences, comme ses ancêtres de Césarée, a tout fait en tenant à instruire son fils, dans cette tradition du meilleur rendement. Ainsi, paré d'un bon titre et de belles missions qui lui ont été attribués au vu de ses qualités et de ses aptitudes – bon sang ne saurait mentir – le jeune Abdallah assumait convenablement les tâches que lui confiait le palais. Car, à partir de 756, il travaillait sous la direction de l'émir Abd er-Rahmân Ibn Hisham Ibn Abdelmalik Ibn Marwan, un survivant du massacre de la dynastie des Omeyyades, perpétré par les Abbassides de Bagdad. Il avait en charge, en ce temps-là, la construction de grands ouvrages et d'autres monuments qui allaient créer l'étonnement de l'Europe qui vivait son Moyen-âge dans les luttes intestines, la pauvreté, la misère et l'ignorance. En effet, avec son équipe d'architectes, d'artistes, de techniciens et de maçons chevronnés, de jeunes Berbères et «muwaleds» ou «mudéjars», ces Espagnols convertis, ainsi que de «mozarabes», ceux qui sont restés chrétiens, il entamait l'édification de palais et de pavillons, devant servir pour les besoins de la nouvelle capitale de l'Andalousie. C'était avant et pendant le règne d'Abd er-Rahmân qu'Abdallah avait choisi son destin, aidé en cela par un père qui l'aidait avec toute sa clarté et sa sagacité. Il n'éprouvait aucun complexe et aucune hésitation pour se jeter, corps et âme, dans la bataille de l'édification, malgré le climat quelque peu insidieux qui commençait à paraître alors. Abdallah el Qortobi ressemblait beaucoup à son père, en tous points. Fidèle à ses principes, conscient dans ses tâches, entreprenant, plein d'initiative et, on ne le dira pas assez, très éduqué. Son esprit de conciliation et d'entente le menait jusqu'à dispenser de bonnes recettes pour ne privilégier que le développement du pays et laisser, de côté, toutes ces querelles et ces complots qui naissaient dans des palais que des dirigeants déclenchaient secrètement ou publiquement. Et ce climat se perpétuait depuis les années 720 où les gouverneurs ne duraient pas longtemps pour la plupart. Ils tenaient en moyenne six mois avant d'être renversés dans des luttes de pouvoir fratricides. L'instabilité politique était de règle. Le califat était trop loin pour pouvoir intervenir militairement et rétablir l'ordre dans un Empire gigantesque et incontrôlable qui s'étendait du Pakistan jusqu'à la péninsule Ibérique. Et c'est ainsi que de Abd er-Rahmân El Ghafiqi jusqu'à Thuwaba Ibn Salama El Chudhami, des révoltes ont ponctué presque trente années de règne islamique, jusqu'à Youssef Ibn Abd er-Rahmân El-Fihri qui, lui, a duré plus de dix années sur le trône du gouvernorat, de 746 à 756. Abdallah qui vivait douloureusement ces politiques de scissions et ces puissantes fragmentations d'un peuple qui, déjà, en moins d'un demi-siècle de reconversion, n'en pouvait plus sous les coups de boutoirs de chefs fourbes et indélicats, poursuivait sa mission de bâtisseur, et n'attachait aucun prix aux sarcasmes et aux vociférations des uns et des autres. Pour lui et les jeunes de sa génération, qui n'avaient d'oreilles que pour le progrès et l'évolution de leur environnement, loin des politiques qu'ils jugeaient surannées et sans portée pour le devenir de l'Andalousie, il fallait passer au concret. Pour eux, l'urbanisme devait continuer son chemin, le développement de l'agriculture devait montrer ses meilleurs résultats et les sciences devaient se hisser encore plus haut pour atteindre les sommets des découvertes dans plusieurs domaines qui seront bénéfiques à l'Humanité. - «C'est cela qui restera !», disait-il à ses proches et à ses amis. Le climat, en effet, n'est pas pour encourager ceux qui se livrent à l'écoute de voix discordantes et qui s'arrêtent devant des faits captieux et malveillants. Notre climat, aujourd'hui, n'est pas pour nous encourager, nous qui voulons démontrer nos capacités et notre ardeur sur le terrain de la production. Mais heureusement, il y a en nous cette volonté de suivre notre conscience qui nous dicte d'avancer positivement dans la voie de l'édification d'une civilisation autonome dans cette région du Bassin méditerranéen. Les divisions et les querelles poussent de partout. Elles sont nombreuses. Mais, heureusement, nous n'avons pas d'oreilles pour les écouter et de cœurs pour les suivre… Abdallah, le fils d'Izemis, réfléchissait à tout cela et, heureusement d'ailleurs, qu'il avait conscience du danger que vivait le pays aux mains de responsables qui n'étaient pas unis. Une opposition habituelle existait déjà, en ce temps-là, entre les Arabes eux-mêmes, les bédouins nomades de l'Arabie du nord et du centre d'une part, et les paysans sédentaires originaires du Yémen, d'autre part. Il a vécu ces moments de confusion, mais à quelque chose malheur est bon, car l'indigence et souvent la pauvreté, qui ne cessaient de se manifester longuement sur le terrain, atténuaient très souvent les conflits. Il a vécu ces moments quand les gouverneurs, bien que peu puissants et souvent «relevés» sitôt de leurs fonctions – nous l'avons dit – étaient de plus en plus indépendants du califat de Damas. Egalement, ce climat difficile trouvait une compensation positive, disent les historiens, dans le fait que le renversement des Omeyyades par les Abbassides a eu pour conséquence l'émancipation de l'Espagne. Nous allons voir cela, plus amplement. Nous sommes en l'an 756 et le vendredi, jour sacré pour l'ensemble des musulmans. La mosquée de Cordoue est pleine à craquer. Les fidèles attendaient la prière. Cependant, depuis plus d'une heure, une animation inhabituelle attirait l'attention de tous ces croyants qui étaient venus comme à l'accoutumée, chaque vendredi, prendre leur part de bonnes sentences dites du haut de ce mihrab qui n'accueillait
généralement que des jurisconsultes de talent. Peu de gens, hormis les initiés, savaient qu'un événement exceptionnel allait se produire dans cet espace religieux d'où «l'omnipotence» des chefs prenait naissance pour s'étendre à toutes les régions où s'exerçait le pouvoir des musulmans. De nouvelles figures se présentaient aux fidèles ce jour-là. «Des étrangers peut-être ? », se demandaient ceux qui voulaient en savoir plus. Effectivement, beaucoup de gens qui étaient venus d'ailleurs pour assister à cette prière qui revêtait un caractère officiel. «Mais de qui s'agit-il ? », reprenaient certains curieux qui ne voulaient en démordre. A un certain moment, bien avant l'office, un personnage d'une bonne allure, richement vêtu, entouré de plusieurs vigiles, apparaissait dans la mosquée et prenait place à côté du «mihrab», cette niche orientée vers la Mecque. Les fidèles comprenaient qu'il s'agissait d'une grande «pointure», mais qui ? se demandaient plus d'un. La prière commençait. Il s'était exécuté comme tous les fidèles et, une fois l'office terminé, il s'était mis face aux fidèles et faisait signe de la tête à son chambellan pour qu'il achevât son travail. En ce vendredi saint, ce n'était pas du protocole comme il est de rigueur dans d'autres circonstances, c'était plutôt l'annonce d'une cérémonie manifestement solennelle. En effet, le personnage qui était là, mêlé aux fidèles, se nommait Abd er-Rahmân Ibn Marwan. Abd er-Rahmân Ibn Marwan ou «Al Dakhil» ? se demandaient ceux qui avaient connaissance de l'Histoire. Est-ce le fils du dernier calife des Omeyyades qui s'était réfugié au Maghreb chez les Berbères, ses oncles maternels ? renchérissaient d'autres. Effectivement, c'était lui, dans cette mosquée de Cordoue, et il venait pour se faire proclamer émir et en même temps – pour ne pas faillir à la bonne tradition des souverains de l'époque – annoncer à l'assistance qu'il prenait également le titre de calife…, le premier calife de Biled El Andalus, selon le rite des Omeyyades. Mais comment était-il venu à Cordoue ? Une bonne question pour ceux qui s'aviseraient d'en savoir plus. Eh bien, il n'a pu venir qu'après moult négociations qui lui ont fait obtenir l'adhésion des Omeyyades et d'une partie des «Kalbites» d'Espagne, des bédouins nomades originaires d'Arabie. Avec cette alliance, très bénéfique, il a pu rentrer en Biled El Andalus pour s'emparer facilement de Cordoue. Derrière toutes ces manœuvres, il y avait, bien sûr, un chef d'orchestre. Il y avait son affranchi «Badr» qui, pour remercier son sauveur, s'était distingué en un coup d'éclat en préparant la rentrée de l'émir et son investiture devant l'assemblée des croyants, dans la capitale du royaume qu'il allait diriger au nom de l'Islam. Les fidèles se posaient une dernière question, dans la grande mosquée de Cordoue, après la fin de la prière du vendredi. En réalité, c'était la question de tout le monde, de tous ces musulmans qui vivaient les soubresauts de querelles qui n'auraient jamais dû exister dans un pays qui venait à peine de se refaire, après l'élimination du pouvoir chancelant des Wisigoths et sa prise en charge par des souverains venus avec l'intention de le développer et de le faire progresser. La question était la suivante : - Que ferait le nouveau calife dans un climat qui semblait dépérir à cause de nombreuses luttes intestines, orientées toutes vers la prise du pouvoir…, ce pouvoir qui aveugle et qui génère des conflits, souvent coriaces et insolubles ? La réponse de plusieurs personnages rompus aux affaires du royaume était que le nouveau calife, de par son expérience et sa formation à l'intérieur du sérail, chez son père, pouvait aisément se hisser au rang de sa responsabilité en faisant du bon travail et en atténuant, en même temps, les problèmes qui se posaient à son califat. . Les bons augures n'avaient pas menti car l'émir d'El Andalus, Abd er-Rahmân Ibn Marwan, ou « Abd er-Rahmân Ier », s'efforçait peu à peu de refaire l'unité de l'Espagne qui vivait dans l'anarchie quasi-totale, pendant les décennies qui ont suivi la conquête. Il se lançait dans cette intrépide aventure où s'affrontaient les différents groupes ethniques : Kalbites et Kaïsites, Berbères amazighs et Arabes, enfin muwaleds et mozarabes. Ce personnage, aux qualités chevaleresques, a été un véritable calife, sans en porter officiellement le titre. Il aimait la poésie et les arts, mais il ne pouvait cependant gouverner longtemps en paix, car les divisions et les luttes de tribus dans la péninsule étaient patentes. Elles persistaient à rester percevables et montrer, par-là, que ceux qui ont envahi l'Espagne ont ramené avec eux toutes leurs humeurs et leurs différences. Les cas de Hichem à Tolède, deux ans durant, de 761 à 763, Malari à Niebla en 765, Chakia en Estrémadure, durant presque dix ans, de 765 à 775, l'ont aisément confirmé. Les ennemis de l'émir, qui étaient nombreux, sont allés chercher des appuis auprès des chrétiens du nord de l'Espagne et même de Charlemagne. Le roi des Francs qui a passé les Pyrénées en 777, s'était emparé de Pampelune, mais au retour il a éprouvé le désastre légendaire de Roncevaux. Toujours à partir de ce règne de l'émirat de Cordoue, perturbé par d'autres révoltes qui étaient fomentées par l'ancien gouverneur Youssef El Fihri et même plus, commanditées directement par l'autorité abbasside, qui n'a jamais accepté que Biled El Andalus soit un Etat autonome, Abd er-Rahmân ne prenait guère ombrage de ces funestes manœuvres. Il apparaissait dans tout son éclat, par son habile administration des affaires publiques et des grands travaux d'aménagement qu'il avait ordonnés pour toute l'Espagne. Cordoue surtout, sa capitale, s'embellissait rapidement. - Je veux, dit-il à ses conseillers et, directement à ses architectes, que Cordoue soit le centre de rayonnement de Biled El Andalus. N'est-elle pas la capitale et ne devrait-elle pas jouer le rôle d'une ville cosmopolite où la culture et les sciences doivent être enseignés à tous ceux qui manifesteraient le désir parmi les jeunes de tous les pays de la région et même d'ailleurs ? Cette ville qui possède déjà le palais de Merouan, l'Alcazar et d'autres beaux édifices, doit jeter les fondements pour la construction d'une splendide mosquée «où l'œil se perd dans les merveilles». Celle-ci deviendra, plus tard, et les Arabes diront certainement d'elle, en tout cas ils devront la sentir et la considérer en tant que «centre de la religion, séjour des savants et lumière de l'Andalousie». Cordoue enfin doit égaler ou presque, Bagdad, en splendeur et en renommée. Le jeune Abdallah, fils d'Izemis et d'Amanda la mozarabe, continuait à étendre ses projets urbanistiques en les améliorant et en les perfectionnant grâce à son expérience et à sa bonne volonté. Au même moment, le calife jetait les bases politiques et administratives de son royaume qui prenait de l'ampleur. L'Espagne musulmane, jusque-là simple province d'un immense Empire, se trouvait promue au rang de principauté indépendante et, dès lors, maîtresse de sa destinée. Ce fut, également, sous le règne d'Abd er-Rahmân Ier, surnommé également «Al Dakhil», que Cordoue commençait à faire vraiment figure de capitale musulmane. Izemis, prenait de l'âge. Et, quand repu d'expérience et de sagesse, il a eu l'honneur d'être élevé au rang de grand conseiller du calife de Cordoue et ambassadeur plénipotentiaire pour accomplir des missions délicates. Ce n'était que justice. Une famille de nobles, investis de missions nobles. N'était-ce pas là le Berbère de Césarée, un des lieutenants de Tariq Ibn Ziyad, pendant la conquête, qui se distinguait par ces responsabilités de bonne confiance ? N'était-ce pas là sa chair et son sang, à travers son fils Abdallah, qui se définissait également dans des missions particulières et capitales ? En effet, Abdallah el Qortobi fera parler de lui dans le domaine du développement, notamment pendant l'édification de plusieurs joyaux de l'Andalousie. Il aura à son actif, cette belle architecture qui restera pour les futures générations le symbole d'une présence musulmane ô combien bénéfique et concrète. Son art et son métier ne seront pas abandonnés car, comme pour les autres branches d'activité, ils ont eu une relève évidente et qualitative. Et Abdallah, à l'instar de son père, devait assurer un bel avenir à ses enfants, notamment l'aîné, Hichem Ibn Abdallah Ibn Izemis El Qaïssari, qu'il a eu après avoir contracté un mariage avec la douce et charmante petite fille d'Idéanis, cet ancien officier de Tariq Ibn Ziyad, contemporain de son grand père Izemis. Hichem qui allait s'appeler plus tard, quand l'émir «Abd er-Rahmân Ier» était monté sur le trône de Cordoue, Abd er-Rahmân El Qaïssari, en l'honneur de ce grand homme venu de Syrie, suivait le même chemin que son père, non sans oublier ses origines numides dans la profonde Maurétanie césarienne. Une bonne relève et une excellente tradition que de perpétuer l'œuvre des précurseurs qui s'attachaient à l'accomplissement de leurs projets à n'importe quel prix.


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