Enfouie en plein cœur de la jungle du Chiapas, au sud du Mexique, la «Terre du jaguar blanc» vient d'être redécouverte. On croirait le début du scénario d'un film d'aventure, mais c'est l'histoire vraie d'une cité disparue. Nichée dans la réserve de biosphère de Montes Azules (Mexique), la cité maya Sak-Bahlán avait disparu des cartes depuis plus de 300 ans. C'est grâce à l'analyse d'archives coloniales et à la modélisation informatique que les archéologues ont remonté le fil de cette longue énigme historique. Ce bastion, surnommé par ses habitants la «Terre du Jaguar blanc», fut la dernière capitale des rebelles lacandons, peuple maya qui refusait de se soumettre aux Espagnols. Abandonnée vers 1721, cette cité échappa aux expéditions archéologiques et aux conquêtes espagnoles des XVIIe et XVIIIe siècles. Selon un article du magazine Popular Mechanics, la redécouverte d'un tel édifice a été possible grâce à une technologie de pointe, la modélisation prédictive par systèmes d'information géographique (SIG). Elle a été largement facilitée par les informations d'une lettre vieille de 327 ans, écrite par un moine espagnol nommé Diego de Rivas, qui décrivait en détail le trajet de soldats quittant la ville en 1698. En combinant ces informations avec des itinéraires préhispaniques reconstitués, la topographie et la végétation actuelle, les chercheurs ont déterminé des zones à explorer. Quand la technologie redonne vie au passé Josuhé Lozada Toledo, archéologue ayant participé à la mission, déclarait à propos de celle-ci : «C'était l'expédition la plus difficile de ma vie, mais nous avons trouvé exactement ce que nous cherchions.» C'est après plusieurs jours d'expédition dans la dense végétation du Chiapas, près de la frontière du Guatemala, que Josuhé Lozada Toledo et son équipe ont découvert des ruines en pierre, des céramiques, des outils et même les vestiges d'une église coloniale. Entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIIe, Sak-Bahlán fut un lieu de refuge pour les Lacandons, les derniers Mayas à résister à la domination espagnole. À l'époque, la forêt de Lacandone constituait un havre de paix pour ce peuple qui se réfugiait dans des zones difficiles d' accès. Leur indépendance prit fin en 1695, lorsque la ville fut découverte par hasard par un moine, avant d'être abandonnée en 1721 et engloutie entièrement par la jungle. «Cette découverte rend justice à l'histoire du Chiapas et à la résilience des peuples autochtones», souligne Josuhé Lozada Toledo. Selon lui, «elle raconte aussi la vie quotidienne et les coutumes de gens ordinaires, souvent absents des grandes pages de l'histoire.» Cette expédition financée par Discovery Channel apparaît également dans les tribunes du magazine Chicomoztoc. Les chercheurs y ont partagé un article en lien avec la quête de la «Terre du Jaguar blanc», affirmant que celle-ci «démontre le potentiel des outils technologiques pour redécouvrir ce que le temps a caché».