À l'occasion de Yennayer, l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel (Aarc) a choisi de placer la création artisanale et artistique au cœur d'une célébration dédiée à la mémoire, au partage et à la transmission. Depuis jeudi dernier, la Villa Boulkine, à Hussein Dey, accueille une expo-vente réunissant artisans et créateurs venus faire dialoguer savoir-faire traditionnels et expressions contemporaines, dans un cadre chargé d'histoire. Jusqu'au 12 janvier, ce rendez-vous culturel transforme cette demeure patrimoniale en un espace animé, ouvert au public de 10h à 18h. Dès l'entrée, les visiteurs sont plongés dans un univers où se mêlent couleurs, matières et récits, révélant la diversité du patrimoine algérien, qu'il soit matériel ou immatériel. L'inauguration de la manifestation s'est tenue en présence de nombreux acteurs du monde culturel, soulignant l'importance accordée à cet événement inscrit dans une dynamique de valorisation identitaire. La cérémonie d'ouverture a donné le ton avec une prestation festive des idhebalen de Tizi Ouzou. Leurs rythmes traditionnels ont rapidement installé une atmosphère de célébration, prolongée par une troupe de danse kabyle qui a fait vibrer la cour de la villa. Ces expressions artistiques ont rappelé que Yennayer n'est pas seulement une date symbolique, mais un moment collectif profondément ancré dans les pratiques populaires. La portée historique et symbolique du Nouvel An amazigh a ensuite été mise en lumière par la conteuse Mouïna Mhaylia. À travers un récit vivant, elle a retracé l'origine du 12 janvier, évoquant l'épisode du roi Chachnaq et sa victoire légendaire face aux troupes de Ramsès III. Au-delà du fait historique, elle a insisté sur la dimension universelle de Yennayer, symbole de résistance, de continuité et de renouvellement, célébré dans toutes les régions du pays selon des rites variés mais porteurs d'un même sens. Ancré dans le calendrier agricole, Yennayer marque également une transition importante dans la vie rurale, notamment à travers des traditions comme « Laâdjouza », encore perpétuées dans certaines régions. Cet héritage inspire les artistes présents à l'exposition. Le peintre Hacène Abdelghani propose ainsi des œuvres qui revisitent les symboles amazighs et interrogent la mémoire collective à travers une écriture plastique contemporaine. De son côté, Mounia Hafiz présente des pièces en céramique raffinées, où dorures et couleurs éclatantes témoignent d'un subtil équilibre entre tradition et modernité. Le travail du bois est également à l'honneur avec Hacène Menouer, dont les meubles aux lignes géométriques s'inspirent du mobilier berbère ancien tout en adoptant une lecture actuelle. À travers cette initiative, l'Aarc réaffirme son engagement en faveur de la promotion des artistes et artisans, tout en offrant au public un espace de découverte et de dialogue. Plus qu'une simple expo-vente, l'événement inscrit Yennayer dans une démarche culturelle vivante, où la création devient un vecteur de transmission entre les générations.