Le report sine die de ces élections s'est soldé par la création du Gouvernement de stabilité nationale (GSN), basé à Syrte et Benghazi, contrôlant les trois quarts du pays (est et sud), comprenant l'essentiel des installations pétrolières et gazières. Il est dirigé par le Premier ministre Oussama Hammad et soutenu par la Chambre des représentants (chambre basse), ainsi que par l'Armée nationale libyenne (ANL) dirigée par le maréchal Haftar. Les deux administrations sont soutenues par diverses milices – incluant des mercenaires étrangers, dont Africa Corp (ex Wagner) à l'est – ou corps militaires, dont l'ANL (Armée nationale libyenne) du maréchal Haftar, considéré comme le véritable dirigeant de l'est du pays. Aussi, actuellement existe non une Libye mais deux Libye, largement influencé par des puissances étrangères qui explique sa déstabilisation avec la prolifération des milices affaiblissant l'autorité centrale et le renforcement des groupes armés locaux qui a pour effet l'instabilité persistante, le risque terroriste et des tensions régionales et malgré les différentes résolutions de l'Onu qui également pour d'autres conflits est impuissante à appliquer ses propres résolutions du fait que les ingérences des puissances étrangères empêchent une paix durable. Les factions libyennes s'allient avec des protecteurs étrangers, transférant les rivalités géopolitiques sur le sol libyen, le but étant le contrôle des ressources pétrolières et gazières, ainsi que des routes migratoires. Les principaux soutiens du maréchal Haftar sont les Emiraties (EAU), l'Egypte, la Russie qui lui fournissent un soutien aérien et matériel militaire, malgré des intérêts parfois divergents. La France maintient des liens discrets bien qu'elle soutienne officiellement les Nations unies pour une solution politique. Bien qu'ils aient des contacts avec le GNA à Tripoli, les USA ont également des contacts avec Haftar et soutenant une solution politique via l'ONU et l'Ukraine est mentionnée comme ayant des «amis haut placés» avec Haftar. Quant à l'Italie, ancienne puissance coloniale, avec des intérêts énergétiques (gaz/pétrole) et sécuritaires (migrants), soutient différents aspects ou factions du processus. L'Arabie saoudite apporte également son soutien, partageant une opposition aux Frères musulmans, soutenus par la Turquie. Pour les soutiens du Gouvernement de Tripoli (GNU), nous avons le Qatar. via les Frères musulmans. L'Algérie qui dénonce les interventions étrangères, soutient une solution dans le cadre des Nations unies qui reconnaît le gouvernement de Tripoli. Reste que la position ambigüe de la Turquie qui a fait un revirement à 180 degrés, cherchant à sécuriser ses intérêts géopolitiques et économiques en Méditerranée orientale. Car depuis le soutien du gouvernement Tripoli, Ankara a multiplié depuis 2023 les contacts avec les autorités dissidentes de Benghazi, pourtant alliées de la Russie, de l'Egypte et des Emirats arabes unis. Après avoir joué le protecteur de la Tripolitaine, Ankara s'ouvre vers l'autorité parallèle de la Cyrénaïque du maréchal Haftar dans l'espoir d'asseoir ses ambitions maritimes en Méditerranée orientale. Un rapprochement déjà bien entamé depuis le début de cette année 2025 qui s'accélère avec les visites de Saddam Haftar, vice-commandant général de l'Armée nationale libyenne (ANL) qui a effectué plusieurs déplacements à Ankara Quelles perspectives pour la Libye ? La partition politique libyenne s'inscrit dans un jeu d'alliances régionales et sur la totalité des recettes en devises issues des exportations de brut, elle devrait pouvoir mieux gérer les réserves de change, renforcer la transparence budgétaire, et limiter les captations de rentes par les milices. Les revenus de l'entreprise pétrolière nationale (NOC) devraient aussi sensiblement profiter de la suppression de ce dispositif. Le Groupe de la Banque africaine de développement a publié, le 5 décembre 2025 , son Rapport pays 2025 pour la Libye, intitulé « Tirer le meilleur parti du capital de la Libye pour favoriser son développement où l'économie libyenne s'est contractée de 0,4 % en 2024, mais devrait rebondir fortement, avec une croissance projetée de 12,4 % en 2025 avant de retomber à 4 % en 2026, soutenue principalement par l'amélioration de la production pétrolière. Malgré des défis persistants, la Banque souligne que le potentiel de développement de la Libye est considérable, fondé sur ses besoins de reconstruction, ses importantes ressources naturelles et les opportunités de diversification économique. La Banque estime également que la transformation économique de la Libye nécessitera à court terme 111 milliards de dollars pour sa reconstruction et des investissements annuels d'environ 6,9 milliards de dollars d'ici 2063, à mesure que les réformes structurelles seront mises en œuvre. Toutefois, souligne la Banque, les progrès demeurent limités par une forte dépendance aux recettes pétrolières, un système fiscal restreint et un sous-investissement dans les secteurs stratégiques. Le système financier reste peu profond, ce qui limite les flux de capitaux nécessaires à la croissance et à la diversification, tandis que le secteur privé opère en deçà de son potentiel, freiné par un niveau élevé d'informalité et par des contraintes réglementaires. Relever ces défis structurels et prioriser la diversification économique est essentiel pour restaurer la stabilité et assurer une prospérité durable. Pour sa part, la directrice générale-adjointe pour l'Afrique du Nord et responsable pays du Groupe de la Banque pour la Libye, a réaffirmé l'engagement de la Banque à soutenir l'agenda de développement du pays et préconise une stratégie de réformes progressive, articulée autour de trois étapes clés. Dans l'immédiat, l'objectif est d'optimiser la gestion des ressources et de renforcer la transparence. À moyen terme, le rapport préconise de donner la priorité à la diversification économique et à une implication accrue du secteur privé. À long terme, il s'agira de consolider une économie résiliente et diversifiée en élargissant les sources de revenus, en modernisant les politiques fiscales et en renforçant les cadres institutionnels et juridiques. Cependant, il faut être réaliste au moment où ce sont les rapports de force qui modèlent le nouvel ordre mondial et non le respect du droit international prôné par l'ONU devenue impuissante à agir sur les évènements, l'amélioration de la situation économique, politique et sécuritaire de la Libye stratégique pour la stabilité de la région méditerranéenne et sahélienne pour son développement et la sécurité de la région, tout dépendra certes des libyens mais également de l'attitudes des différents acteurs étrangers. Il ne pourra pas y avoir de développement sans la réunification des deux fractions qui gouvernent actuellement la Lybie qui côtoie plusieurs pays instables : le Soudan (383 km) qui connait une misère inégalée avec la guerre fratricide alimentée comme pour la Libye par des interférences étrangères, les tensions au Tchad, (1055 km de frontières) où la guerre au Soudan a plongé l'est du Tchad dans une grave crise humanitaire, avec des conflits intercommunautaires (agriculteurs/éleveurs) dans le sud et des menaces terroristes (région du Lac) et le Niger (354 km), confronté à la montée du terrorisme et la diversité des acteurs animant les groupes terroristes au Sahel. En conclusion, sous réserves de la stabilité politique et de profondes réformes, la Libye avec ses richesses et une population relativement faible, peut devenir une grande puissance économiques, le Koweït de l'Afrique du Nord. (Suite et fin) Dr Abderrahmane Mebtoul