Le Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi a fêté, jeudi 8 janvier2026, ses 63 années d'existence dans une atmosphère chargée d'émotion et de symboles. Plus qu'un simple anniversaire, l'événement a pris des allures de tournant historique pour cette institution phare, qui continue de porter la mémoire, les combats et les rêves du théâtre national. Invitée d'honneur de la cérémonie, la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a annoncé une décision forte : désormais, le 8 janvier, date de naissance du Théâtre national algérien, sera consacré journée nationale du TNA. Une reconnaissance officielle destinée à rappeler le rôle fondateur de cette institution dans la construction de la scène théâtrale algérienne et à saluer les femmes et les hommes qui ont façonné son identité artistique au fil des décennies. Dans son allocution, la ministre a insisté sur la dimension mémorielle de cette célébration, soulignant l'urgence de préserver l'héritage des grands créateurs. Elle a notamment rendu un hommage appuyé à Abdelkader Alloula, figure incontournable du théâtre algérien moderne. Revenant sur sa propre découverte de son œuvre à l'époque de ses études, elle a évoqué l'empreinte durable laissée par ses textes, décrivant Alloula comme un esprit libre, profondément ancré dans la société et animé par une pensée humaniste et engagée. La soirée s'est déroulée en présence de la famille du dramaturge disparu, entourée de nombreux artistes, intellectuels et responsables culturels. Parmi eux figuraient Abdelkader Bouazara et Mohamed Yahiaoui, directeur général du TNA. L'un des moments les plus marquants a été la projection d'un portrait audiovisuel retraçant le parcours humain et artistique d'Abdelkader Alloula. À travers des témoignages de proches, de comédiens et de collaborateurs, le film a esquissé l'image d'un homme humble, généreux et profondément attaché à son art. Dans le même esprit de transmission, un ouvrage collectif intitulé Abdelkader Alloula... El Adjwad, les éternels a été présenté au public. Soutenu par le ministère de la Culture et des Arts, le livre réunit analyses, souvenirs et lectures critiques qui éclairent l'œuvre et la pensée du dramaturge. Pour Mohamed Yahiaoui, cette publication représente un geste de fidélité envers une mémoire théâtrale qui a contribué à forger la conscience culturelle nationale. La cérémonie a également mis à l'honneur plusieurs artistes ayant incarné l'univers d'Alloula sur scène, salués pour leur rôle dans la préservation et la transmission de son héritage. En parallèle, une exposition de peintures installée dans le hall du TNA proposait une relecture plastique de ses pièces majeures, de Hamq Salim à El Adjwad, en passant par La Pomme et Arlequin, serviteur de deux maîtres. La célébration s'est achevée par la représentation d'El Adjwad par l'école Ijmâam d'Oran, rappelant la modernité intacte de l'œuvre d'Abdelkader Alloula. Né en 1939 à Ghazaouet et assassiné en 1994, le dramaturge demeure l'une des figures les plus emblématiques du théâtre algérien, dont les créations continuent de résonner avec force dans la mémoire collective.