Comédienne emblématique du cinéma algérien populaire, Ouardia Hamtouche a marqué des générations par son humour, sa justesse et sa profonde humanité. Figure familière des écrans des années 1970 à 1990, elle a incarné avec sincérité les femmes du quotidien, laissant une empreinte durable dans la mémoire collective. Née le 18 février 1930 à Alger, au sein d'une famille kabyle originaire d'Akbou, dans la région de Béjaïa, Ouardia Hamtouche apprend, dès le jeune âge, la rigueur de la vie quotidienne et le sens de l'effort. Mariée à seulement 15 ans, elle doit rapidement concilier responsabilités familiales, travail et études. Elle est alors employée comme femme de ménage à l'hôpital Mustapha-Pacha d'Alger, un emploi éprouvant qu'elle exerce sans jamais renoncer à ses ambitions personnelles. Des ondes de la radio aux planches de la scène C'est presque par hasard que le destin artistique de Ouardia Hamtouche prend forme. Passionnée par l'expression orale et le jeu, elle commence à participer à des émissions radiophoniques, tout en poursuivant son travail nocturne à l'hôpital. Cette double vie, faite de labeur et de création, forge son caractère et nourrit son jeu d'actrice. Sa voix, son sens du timing comique et sa capacité à incarner des personnages du quotidien séduisent rapidement les auditeurs, puis les metteurs en scène. Une figure incontournable de la comédie algérienne À partir des années 1970, Ouardia Hamtouche s'impose progressivement comme un visage familier du cinéma et de la télévision algériens. Elle enchaîne les rôles dans des comédies populaires qui marqueront durablement le public. On la retrouve notamment dans Leïla et les Autres, Hassan Niya, Le Mariage des dupes, Taxi El Makhfi ou encore Sombrero. À l'écran, elle incarne souvent des femmes simples, lucides et pleines de bon sens, miroirs fidèles de la société algérienne. Son talent repose sur une justesse rare : sans artifice, elle fait rire tout en touchant juste. Aux côtés d'acteurs emblématiques comme Rouiched, Athmane Ariouet ou Hadj Abderahmane, elle participe à créer un cinéma populaire, accessible et profondément ancré dans la réalité sociale. Une carrière qui franchit les frontières Le succès de Ouardia Hamtouche ne se limite pas à l'Algérie. Elle apparaît notamment dans Nuit d'ivresse, aux côtés de Josiane Balasko, Thierry Lhermitte et Michel Blanc, ainsi que dans Les Folles Années du Twist de Mahmoud Zemmouri. Ces expériences confirment sa capacité à s'adapter à différents registres et publics, sans jamais perdre son authenticité. La «mamma» algérienne, proche du peuple Ce qui distingue Ouardia Hamtouche, au-delà de sa filmographie, c'est cette image de «mamma algérienne» qu'elle incarne avec naturel. Par son humour satirique, son regard malicieux et sa tendresse désarmante, elle rappelle les grandes figures du théâtre populaire algérien, à l'image de Rachid Ksentini ou Mohamed Touri. Elle ne joue pas des personnages : elle donne vie à des fragments du quotidien, reconnaissables par tous. Une disparition discrète, un souvenir vivace Ouardia Hamtouche s'éteint le 2 janvier 1991, victime d'une crise cardiaque dans un train, alors qu'elle se rendait à Metz pour rendre visite à sa fille. Elle avait 69 ans. En 2012, Alger lui rend hommage à la salle El Mouggar, où plusieurs de ses films sont projetés. Aujourd'hui encore, elle demeure une figure aimée du public algérien. Grand-mère maternelle du rappeur franco-algérien Lacrim, Ouardia Hamtouche laisse derrière elle un héritage artistique fondé sur le rire, la sincérité et l'humanité — un legs que le temps n'a pas effacé.