Soixante-neuf années se sont écoulées depuis la naissance de la Confédération africaine de football. Soixante-neuf ans (mars 57), qui devaient incarner l'émancipation, la fierté et l'affirmation du football africain sur la scène mondiale. Pourtant, à l'heure de souffler sa 69e bougie, l'institution apparaît plus que jamais engluée dans les sables mouvants de la corruption, des scandales d'arbitrage, de la mauvaise gouvernance, du népotisme et du mépris affiché pour l'éthique et l'intégrité. Aujourd'hui encore, les grandes décisions du football africain ne se prennent pas sur les terrains ni dans l'intérêt des peuples du continent, mais dans des salons feutrés où l'on décide qui sanctionner, comment et pourquoi. Les règles sont mélangées au gré des intérêts politiques et financiers, comme l'ont illustré certaines situations récentes, notamment au Maroc, où les frontières entre football, pouvoir et influence semblent de plus en plus floues. Les pères fondateurs de la CAF – Egyptiens, Ethiopiens, Soudanais et Sud-Africains – n'auraient jamais imaginé que leur œuvre finirait ainsi, fragilisée et dominée par des dirigeants qui semblent avoir oublié le sens même de sa création. Pire encore, la CAF apparaît aujourd'hui comme une institution mise au service d'une autre : la FIFA. Une dépendance assumée ou subie, mais de plus en plus visible. La décision de faire passer la Coupe d'Afrique des Nations d'un format biennal à un cycle quadriennal à partir de 2028 a agi comme un révélateur. Pour beaucoup, cette réforme ne répond pas aux réalités africaines, mais à une volonté d'harmonisation dictée par la FIFA. Malgré les démentis de Patrice Motsepe, le doute persiste et alimente un sentiment profond de perte d'autonomie. Le rapprochement ostentatoire entre la CAF et la FIFA, symbolisé par les félicitations appuyées de Gianni Infantino lors de l'élection de Motsepe, renforce ce malaise. Cette "unité" vantée sur la scène internationale est perçue par une partie croissante de l'opinion africaine comme une subordination institutionnelle, transformant la CAF en simple relais continental de Zurich. La CAN-2025 au Maroc a cristallisé toutes les critiques : décisions arbitrales controversées, pressions médiatiques, interventions extérieures dans les dossiers disciplinaires. Autant d'éléments qui soulignent la faiblesse de la marge de manœuvre réelle de la CAF. À cela s'ajoutent des accusations de gouvernance opaque, d'un président jugé peu impliqué et d'une influence grandissante de dirigeants perçus comme très proches de la FIFA. Derrière ces constats, une question essentielle demeure : la CAF est-elle encore une institution indépendante, au service exclusif du football africain, ou n'est-elle plus qu'un satellite de la FIFA ? Pour un nombre croissant d'observateurs, la réponse penche dangereusement vers la seconde option. La poursuite de la présence du trio Infantino–Motsepe–Lakjaâ est même perçue comme le signe annonciateur d'un arrêt de mort programmé de l'esprit originel de la CAF. Regagner la confiance des Africains exigera bien plus que des discours. Il faudra des actes forts, courageux et autonomes. À défaut, l'héritage légué par les fondateurs continuera d'être dilapidé, et le football africain, riche de talents mais pauvre en gouvernance, restera prisonnier des jeux d'argent et de politique.