La galerie Aïcha Haddad, située au cœur d'Alger-Centre, accueille depuis la fin du mois de janvier une exposition plurielle de la plasticienne Fatma Zohra Boudekhana. Intitulée Entre deux rives, cette présentation réunit des aquarelles, des peintures et des sculptures, offrant au visiteur une immersion dans un univers dominé par la lumière, la transparence et une profonde sérénité. L'exposition, qui se prolonge jusqu'au 10 février, est largement marquée par une série de marines réalisées à l'aquarelle, toutes présentées sans titre, laissant ainsi libre cours à l'interprétation. Dans ces œuvres, l'artiste privilégie une approche figurative épurée. Les paysages marins qu'elle propose ne cherchent ni le spectaculaire ni la dramatisation. Ici, point de tempêtes, de vagues déchaînées ou d'écume agitée. Les rivages sont calmes, presque immobiles, et les barques, amarrées les unes près des autres, semblent suspendues hors du temps. Cette absence de mouvement violent renforce une atmosphère de quiétude et invite à la contemplation silencieuse. La lumière occupe une place centrale dans ces compositions. Fatma Zohra Boudekhana travaille les reflets sur l'eau avec délicatesse, jouant sur la transparence et les éclats lumineux pour suggérer la douceur de l'instant. Les formes sont volontairement simplifiées afin d'éviter toute surcharge visuelle. Cette économie de moyens permet de mettre en valeur l'essentiel : l'harmonie entre l'eau, le ciel et la lumière. Dans certaines aquarelles, les rivages sont bordés de bâtisses aux lignes mauresques. L'architecture, aux formes géométriques affirmées, entre alors en contraste avec la fluidité de l'eau. La blancheur des murs accentue la luminosité méditerranéenne, tandis que les jeux de reflets contribuent à créer un paysage presque miroité, où le ciel et la mer semblent se confondre. L'artiste maîtrise avec finesse la gestion des valeurs et des transparences. Les superpositions de couleurs, les variations d'intensité et les contrastes subtils permettent de distinguer les plans tout en conservant une impression de légèreté. Dépourvues de toute présence humaine, ces marines dégagent un sentiment de solitude apaisée, voire de pureté, où la nature devient une présence à part entière. En parallèle des aquarelles, l'exposition présente deux peintures en acrylique sur toile. La première est une nature morte représentant un piano solitaire, figé dans un espace dépouillé. Objet du quotidien isolé de tout contexte, il évoque le passage du temps, l'abandon ou encore une forme d'évasion silencieuse. La seconde toile s'inspire de la vie rurale et met en scène la cueillette des olives. Deux femmes y apparaissent, l'une récoltant les fruits, l'autre portant un couffin. Par l'usage d'empâtements généreux, l'artiste crée du relief et du mouvement, donnant à la scène une dimension tactile et vivante. Enfin, Fatma Zohra Boudekhana explore également le champ de la sculpture à travers deux horloges réalisées en mosaïque. Composées de matériaux variés tels que la céramique, le verre, le marbre ou la terre cuite, ces pièces prolongent sa réflexion sur le temps, la matière et la mémoire. Autodidacte revendiquée, l'artiste affirme son attachement au figuratif, qu'elle considère comme un espace de liberté et d'expression intime. Ses marines, explique-t-elle, symbolisent la paix et l'espoir, tandis que la cueillette des olives fait écho à la nostalgie et au souvenir des générations passées. Un travail sensible, guidé par l'émotion et l'inspiration du moment.