Face aux défis de la rareté et de la salinité de l'eau dans le Grand Sud, l'Algérie mise sur la déminéralisation des eaux souterraines et le développement agricole durable. Le professeur Brahim Mouhouche détaille les nouvelles stratégies hydrauliques et agricoles qui pourraient transformer cette région en un véritable levier de croissance. Le professeur Mouhouche, expert en agronomie et hydraulique, a été invité sur la Chaîne III de la Radio algérienne pour aborder les enjeux de l'eau dans le Grand Sud. Il a expliqué que les stations prévues à Tindouf et Tamanrasset ne relèvent pas du dessalement classique de l'eau de mer, mais d'un processus de déminéralisation des eaux souterraines. Dans ces régions, la salinité varie entre 5 et 10 grammes par litre, contre 35 à 40 grammes pour l'eau de mer. Il a précisé que réduire légèrement le sel permet de rendre l'eau potable, ce qui constitue une solution plus économique et moins énergivore. L'expert a insisté sur l'intérêt d'installer ces stations au plus près des zones de consommation, en utilisant l'énergie solaire et éolienne abondante dans le Sahara, pour éviter les coûts liés au transport sur plusieurs centaines de kilomètres. Concernant l'agriculture saharienne, Mouhouche a rappelé que le Sud dispose d'un potentiel hydrique important, avec 50.000 milliards de m3 d'eau souterraine, mais que cette ressource nécessite une gestion rigoureuse. Il a souligné que la production de blé consomme 3.000 litres d'eau par kilogramme, contre 150 litres pour la pomme de terre, mettant en garde contre une consommation excessive. Les récentes pluies ont amélioré la situation des barrages, avec huit ouvrages remplis à 100 % et 58 dépassant 50 % de leur capacité. La moyenne générale devrait dépasser 60 %. Certains barrages, comme Beni Haroun, peuvent sécuriser l'alimentation en eau sur plusieurs années. Le choix des sites reste complexe, intégrant la pluviométrie, le bassin versant, la configuration géographique, l'absence de pollution et la proximité des zones d'usage. Le professeur Mouhouche a également insisté sur l'importance de la formation et de la sensibilisation des agriculteurs à une gestion durable de l'eau. Il a recommandé l'introduction de techniques modernes d'irrigation, telles que le goutte-à-goutte ou l'irrigation pilotée par capteurs, afin de réduire la consommation tout en augmentant les rendements. Cette approche, combinée à un suivi scientifique des nappes souterraines et à une planification rigoureuse, pourrait transformer le potentiel hydrique du Sud en un véritable levier de développement économique et social. Enfin, l'expert a abordé la question des importations agricoles, en particulier du blé tendre, en soulignant qu'il est impossible d'atteindre l'autonomie totale. Il a recommandé de réduire progressivement ces importations, rappelant que l'agriculture nationale couvre déjà 75 % des besoins alimentaires. Le développement du Sud, grâce à la disponibilité en eau et aux partenariats agricoles, constitue une partie de la solution, mais la maîtrise de la ressource hydrique reste centrale, car sans eau, l'agriculture ne peut exister.