Mercredi soir, le Centre national du cinéma, à Alger, a lancé la première édition de sa session spéciale consacrée au court-métrage, organisée à l'occasion du mois de Ramadhan. Quatre films ont été projetés devant un public venu découvrir des œuvres récentes et échanger avec leurs auteurs. Pour cette soirée inaugurale, cinq réalisateurs étaient présents afin de discuter de leurs travaux : Mohamed Nadjib Lamraoui pour La Page blanche (17 minutes), Mourad Guechoud pour El Briya (20 minutes), Nadjib Oulebsir pour Bla Bikoum (25 minutes), ainsi que le duo Aziz Boukerouni et Khaled Bounab, coréalisateurs de Boualem Samaâ Koulchi (17 minutes). Dans la salle de projection du centre, les spectateurs ont suivi des récits ancrés dans des réalités sociales et humaines, où les crises personnelles deviennent le point de départ d'une réflexion plus large sur la condition humaine. Des récits intimes aux résonances universelles Les deux premiers films explorent des tourments intérieurs pour éclairer des situations plus vastes. Dans La Page blanche, Mohamed Nadjib Lamraoui met en scène un écrivain paralysé par le syndrome de la page blanche. Incapable d'écrire, il s'enferme dans un silence créatif pesant. Son blocage s'aggrave au contact d'un entourage qui ne saisit ni la nature de son mal-être ni la complexité de sa détresse. L'impuissance artistique se transforme alors en conflit intérieur, tiraillé entre le besoin de s'exprimer et l'impossibilité de le faire. De son côté, Mourad Guechoud aborde, dans El Briya, l'épreuve du cancer sous l'angle psychologique. Au-delà de la maladie, il filme la peur, l'angoisse et la fragilité qui accompagnent le diagnostic. Le film insiste sur la dimension humaine de l'expérience : la souffrance morale y apparaît aussi lourde que la douleur physique. Migration et mémoire du cinéma Avec Bla Bikoum, Nadjib Oulebsir traite de la migration comme d'une blessure silencieuse au sein de la famille. Le départ n'est pas seulement géographique ; il bouleverse les équilibres, creuse la distance entre parents et enfants et transforme les relations intimes. Enfin, Boualem Samaâ Koulchi, signé Khaled Bounab et Aziz Boukerouni, dresse le portrait de Boualem Boukhofane, figure liée à la Cinémathèque d'Alger, qui a consacré de longues années à accompagner son évolution. Le film esquisse ainsi un fragment de mémoire du cinéma en Algérie. Echanges francs avec le public Après les projections, les réalisateurs ont dialogué avec la salle. Certains films ont bénéficié d'un soutien du ministère de la Culture et des Arts, tandis que d'autres ont été réalisés en production indépendante. Tous ont évoqué la recherche d'un équilibre entre leurs ambitions artistiques et les moyens disponibles, soulignant l'importance du travail collectif pour dépasser les contraintes matérielles. Ils ont également détaillé les étapes exigeantes du court métrage : maturation de l'idée, écriture resserrée, préparation technique, tournage, montage. Un format bref qui impose densité narrative et précision esthétique. Enfin, la question de la diffusion a été soulevée. Pour ces cinéastes, réfléchir à de meilleurs circuits de distribution, en Algérie comme à l'étranger, est essentiel afin d'offrir à ces œuvres la visibilité qu'elles méritent et de faire connaître davantage l'expérience du court métrage algérien.