Pour la première fois, un pape visitera l'Algérie. Il s'agit du pape Léon XIV qui sera en Algérie du 13 au 15 avril 2026. Il ne vient pas en terre inconnue. Le Pape Léon XIV connaît déjà l'Algérie pour s'y être rendu à deux reprises avant son pontificat, a rappelé l'Archevêque d'Alger, le Cardinal Jean-Paul Vesco, dans une interview accordée à l'APS.Il arrive en «homme de paix» porteur d'une parole dont le monde actuel a «infiniment besoin», a souligné le Cardinal Vesco. Abordant les convergences entre l'Algérie et le Vatican, le prélat a mis en exergue l'«engagement commun» pour le soutien aux peuples opprimés et à la promotion de la coexistence. Cette ambition s'incarne, selon lui, dans le choix du thème de la visite : la salutation traditionnelle «As-salamu alaykum» (Que la paix soit sur vous). «Je serais heureux que ce message soit entendu depuis l'Algérie», a-t-il affirmé, précisant que cette parole naîtra d'un véritable échange, faisant de l'Algérie le point de départ d'un appel à la paix lancé au monde entier. Cet appel, a-t-il mentionné, «doit inciter les croyants de toutes confessions à s'unir dans le respect d'une humanité sacrée pour faire face aux violences et aux guerres». En ce sens, c'est une visite historique, comme l'a qualifiée le Cardinal Vesco. Elle constitue un signal fort et un témoignage de coexistence, faisant de l'Algérie le point de départ d'un message de paix universel, a-t-il affirmé. Le Cardinal Vesco a précisé que la visite du souverain pontife en Algérie, à l'invitation du Président Abdelmadjid Tebboune, agit comme un pont entre les mondes chrétien et musulman, tout en reflétant la richesse de l'histoire du pays. Il a relevé que le séjour du Pape Léon XIV en Algérie sera «plein de sens», tant par sa dimension spirituelle que par sa portée symbolique, soulignant que «c'est un responsable spirituel chrétien de premier plan qui visite un pays musulman». «C'est un très bon signe qui redonne une profondeur à la grande histoire de l'Algérie, terre de Saint-Augustin», a-t-il déclaré. Mgr Vesco a indiqué que cette visite vise à «continuer à construire des ponts» entre les deux cultures et les deux religions et à refléter la place stratégique de l'Algérie au carrefour de la Méditerranée et de l'Afrique. Pour lui, la lutte contre les discours de haine et de violence qu'il a qualifiés de «discours de peur et de fragilité», passe avant tout par une identité sereine et affirmée. Sur le volet de la mémoire, l'Archevêque d'Alger a reconnu l'ampleur de la «violence» et du «crime colonial», soulignant que les 130 années de colonisation de l'Algérie ont laissé des blessures profondes et des traces indélébiles, notamment à travers les conséquences des explosions nucléaires dans le Sud algérien. «Il y a une blessure, parce qu'il y a une humiliation, et on n'en vient pas à bout comme ça», a-t-il fait remarquer, déplorant le manque de «paroles de vérité» sur cette période. Fort de sa double culture française et algérienne, le prélat a exprimé le souhait de voir émerger une reconnaissance franche des souffrances subies pour pouvoir «tourner la page». Il a précisé avoir sollicité le Saint-Père, ainsi que les autorités compétentes, pour que les anciennes puissances coloniales assument leur responsabilité historique. «Je le demande au Pape comme je l'ai demandé à toutes les autorités en capacité de le faire», a-t-il insisté. Etabli en Algérie depuis plus de vingt ans et naturalisé algérien, le Cardinal Vesco a conclu en témoignant de son attachement à sa «patrie d'adoption», se disant marqué par la générosité du peuple algérien. «Ici, tu seras toujours en dette d'amitié. Tu ne pourras jamais rendre l'amitié qu'on te donne. Depuis plus de 20 ans, je confirme l'exactitude de cette parole», a-t-il confié.