Une caricature significative parue dans The Independant, après le carnage commis par un soldat américain contre des civils afghans à Kandahar, résume parfaitement la subtilité de la propagande occidentale en direction de l'aire islamique. On y voit un soldat américain aux yeux bleus, fusil à l'épaule, qui se demande : «Que suis-je en train de faire ici ?». Juste à côté de lui, un Afghan barbu, avec sa calotte, le regarde de travers en se disant : «Mais pourquoi reste-t-il encore ici ?». Et, beaucoup plus loin, au fond le clou même du dessin, le cœur même de la propagande qu'on ne peut démentir, une femme en burka, tenant une petite fille en foulard, qui dit : «Que deviendrons-nous quand il partira ». Elle parle, bien entendu, du soldat américain. Le dessin reprend, de manière saisissante, le vieux thème du «fardeau de l'homme blanc». Le plus frappant est que ce dessin a été publié pour illustrer la situation en Afghanistan après qu'un soldat américain eut quitté sa base et massacré 16 personnes, dont plusieurs fillettes et femmes. Pour celles qui ont été tuées ce jour-là et avant dans les éternels dommages collatéraux d'une guerre impossible à gagner pour les Américains, la question est bien entendu superflue. Mais la propagande est là pour suggérer que malgré tout, c'est-à-dire malgré les morts, une vague mission «civilisatrice» est menée qui justifie le reste. Le fonctionnement de l'argument propagandiste est d'une simplicité enfantine : contester les «bienfaits» de cette présence équivaut ipso facto à devenir quelqu'un qui préfère les affreux talibans, ces bannisseurs de musique, ceux qui cloîtrent les femmes et détruisent les statues classées patrimoine de l'humanité. Dans la propagande, la nuance est une faille à bannir. Dire qu'on n'aime pas les talibans (ces vieux amis de l'Arabie Saoudite et de ses amis civilisés) et qu'on n'aime pas non plus une occupation du pays par des forces étrangères, cela ne passe pas. Il faut choisir son camp ! La dictature intégriste ou les «libérateurs» de l'Otan. Le pire est que cela fonctionne parfaitement. Il se trouve des gens qui écrivent qu'être contre l'intrusion de l'Otan dans les affaires des pays arabes n'est qu'une manière de défendre les régimes et les dictatures. Ceux qui sont contre l'ingérence de l'Otan ne sont même pas crédités de la subtilité que nous pouvons concéder, parfois admiratifs, à la capacité de la propagande occidentale à anoblir les calculs les plus sordides. La tuerie de Kandahar est imputée à un «pétage de plombs» d'un soldat américain dû au stress de se trouver dans un environnement hostile. C'est donc un acte de folie. Mais jamais, au grand jamais, on ne convoquera le thème de la folie quand un soldat afghan tire sur les Américains qui sont là pour lui apprendre à être un soldat. Un Afghan ne pète jamais les plombs car il ne peut être qu'un terroriste. Le soldat américain ne peut jamais l'être. Il ne peut jamais être jugé par des juridictions non américaines. Et on les a vues à l'œuvre. Le principal responsable du massacre de Haditha en Irak, qui a fait 24 morts, a été condamné à 90 jours de prison. Qu'il n'a même pas purgés. Dans le cas de Kandahar, comme d'habitude, l'armée américaine et Obama expriment leurs profonds regrets. Une enquête est officiellement en cours pour «expliquer» ce qui est déjà qualifié de «pétage de plombs», où des femmes et des jeunes filles qui, selon la caricature précitée, se demandent ce qu'elles deviendraient si le soldat américain quittait leur ciel et leur terre. La boucle est bouclée. La propagande a réponse à tout ! Jusqu'à la caricature.