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Mohamed Mebtoul, 2013, La citoyenneté en question (Algérie), Oran, Dar El Adib, 160p.: Pour ceux qui n'ont pas les «épaules larges»
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 10 - 03 - 2013

L'ouvrage reprend 14 articles de presse et deux autres contributions publiées respectivement dans un ouvrage collectif et une revue nationale.
Le fil conducteur qui relie l'ensemble de ces articles, est indéniablement la question de la citoyenneté en Algérie. Les thèmes font référence à une pluralité d'acteurs sociaux (les jeunes, les harraga, les malades, les professionnels de la santé, etc.) à la quête souvent vaine d'autres formes sociales devant leur permettre la reconnaissance, la dignité sanitaire ou une existence quotidienne moins aléatoire, moins fragile et plus humaine. Les personnes évoquent avec leurs propres mots, l'introuvable citoyenneté dans une société algérienne profondément inégalitaire marquée par les ruptures sociales entre patients anonymes et patients privilégiés ; entre des jeunes qui n'ont que le coin de rue pour gérer leur temps trop libre et d'autres qui ont toutes les opportunités et les perspectives pour gérer dans la sérénité leur avenir socioprofessionnel.
Le parti pris défendu est de donner la parole aux personnes de statuts diversifiés, en mettant en exergue leurs différentes significations attribuées à l'argent, à la médecine, à l'hygiène publique, etc. Les argumentations et les logiques sociales des uns et des autres, s'appuient sur des épreuves et des expériences sociales difficiles, vécues pour celles ou ceux qui n'ont pas les « épaules larges » (capital relationnel) dans la tension, la distance sociale, le mépris institutionnalisé et l'absence de toute médiation sociopolitique crédible et autonome susceptible de redonner du sens à la personne humaine et donc à la citoyenneté. Celle-ci n'est pas un donné naturel, mais une construction sociopolitique. On ne nait pas citoyen on le devient.
La citoyenneté envisagée ici, émerge uniquement dans un système sociopolitique qui redonne du sens et de l'importance à la légitimité politique, à une réelle représentation populaire et aux expressions autonomes multiples et contradictoires des personnes. Mettre en avant de façon déterministe et dogmatique la spécificité culturelle de la société algérienne, s'apparente à une ruse idéologique qui conduit au statu quo et à la reproduction à l'identique du système social.
DES TERRITOIRES TRES FRAGILES
La citoyenneté semble indissociable d'une réflexion critique et décrispée, devant être assurée par des experts, mais aussi par la population exclue du débat social en Algérie. L'effet pervers de la mise en retrait des acteurs de la société, est la déliquescence des institutions qui ne peut être circonscrite aux dysfonctionnements techniques ou sociaux. Il faut rechercher la raison profonde dans l'absence de la citoyenneté qui conduit nécessairement à la fermeture sociale, à la prégnance de relations sociales asymétriques et à l'opacité. En décryptant le fonctionnement de certaines institutions, il est possible d'observer des territoires très fragiles. Par exemple, le système éducatif apparait sans âme, sans identité forte et sans autonomie. Comment alors s'étonner que le statut des savoirs soit au plus bas de l'échelle sociale.
La citoyenneté est de l'ordre de l'interdit dans un système social qui réfute avec force le débat autonome et pluriel, pour s'inscrire et privilégier des formes d'endoctrinement idéologiques douteuses. Elles ont réussi le pari de produire un populisme simpliste qui n'est pourvu d'aucune épaisseur politique et intellectuelle, réduit à fonctionner en vase-clos, en rupture avec les dynamiques sociales et culturelles déployées quotidiennement par les agents sociaux. Le refus sociopolitique de la proximité et de la confrontation plurielle, aboutit à multiplier des institutions peu préparées à intégrer et à prendre en considération les contraintes et les attentes des personnes interdites d'accès au statut d'usager, seul à même de leur permettre un droit de regard sur leur fonctionnement.
Il est fait référence à la production politique d'une bureaucratie difforme qui fonctionne moins à la règle qu'aux relations personnelles. Ses effets sont multiples : désarroi, incertitudes, défiance, stress, indifférence, distanciation sociale des personnes à l'égard des institutions étatiques.
L'introuvable citoyenneté, c'est aussi l'inexistence d'une régulation sociale décentralisée qui prend appui sur les expériences sociales des personnes dans un souci d'équité et de solidarité, et non de ruptures et de divorce entre ceux qui sont protégés grâce à leurs soutiens relationnels, et les autres anonymes, les gens de peu, contraints à l'errance sociale. Il s'agit d'aller au-delà d'un étiquetage trop simpliste des comportements des personnes, profondément ancré dans certaines représentations sociales qui se focalisent de façon récurrente sur la culpabilisation collective face à des situations d'incivisme et d'indifférence. « Nous ne sommes pas éduqués » ; « on voit la saleté partout. Les gens jettent leurs ordures n'importe où ». « Nous, les Algériens, nous sommes violents, agressifs », etc. Or faute d'une analyse rigoureuse et critique, la dimension affective et morale semble prédominer, centrée sur une forme d'impuissance sociale peu questionnée sur ses mécanismes sociaux. Cette approche radicale et trop spontanée semble occulter les modes de façonnement politique de la société confrontée à une multitude d'injonctions paternalistes et donc autoritaires peu propices à permettre l'expression et la reconnaissance des logiques et des pratiques sociales diversifiées des personnes, enfouies et sous-estimées dans un tissu social sous-analysé, pour reprendre le terme de Jacques Berque.
LA « CITE » DES PERSONNES
La question de la mobilisation des personnes dans la « cité » ne peut relever d'une conscientisation innée ou immédiate qui serait mécaniquement de l'ordre de la volonté ou de la simple éducation des personnes. Il semble difficile de les intégrer dans l'ordre sociopolitique, quand celui-ci privilégie uniquement une rationalité utilitariste, considérant la société dans sa face instrumentale, réduite à formuler des demandes sociales à un pouvoir « protecteur » seul à même d'assurer le « bonheur de tous ». Ce populisme infantilisant ne permet pas l'émergence de la citoyenneté, c'est-à-dire la possibilité donnée à tous les individus d'exercer pleinement leur souveraineté politique. La non-reconnaissance de l'autre comme acteur politique, a pour effet pervers d'identifier la société à une cruche vide qu'il importe de remplir de connaissances et d'attitudes. Les pouvoirs publics sont souvent dans le déni de la réalité. Il consiste à fermer les yeux sur le fonctionnement au quotidien de la société. Celle-ci est pourtant loin d'être passive. Les acteurs sociaux interprètent de façon critique et parfois virulente les pratiques politiques dominantes, déjouent en permanence les règles prescrites, pour produire leurs propres normes pratiques, leur propre langage, n'hésitant pas à s'inscrire dans l'indifférence et l'indocilité (Mbembe, 1988) face à des institutions non autonomes, repliées sur elles-mêmes, dont le regard est constamment orienté vers le « haut », dans l'attente de la directive. Le sociologue allemand Simmel (1991) montrait de façon pertinente que l'absence de confiance dans une société, conduit à des interactions fragiles et distantes entre les différents acteurs sociaux.
Pour forcer le trait, l'étouffement de la société, met en scène une paix sociale fictive, tronquée, artificielle, en raison d'une vie quotidienne sous tensions (Mebtoul, 2008) et d'une citoyenneté en permanence retardée par le refus de consacrer la notion de légitimité politique. Mais celle-ci est conditionnée par la construction et la reconnaissance d'un espace public qui est avant tout un espace de confrontation politique des expressions plurielles. Honneth (2006) montre bien « qu'à travers les relations interindividuelles, ce que la reconnaissance met en jeu, c'est donc toujours une dimension collective et institutionnelle, et non la simple juxtaposition de calculs rationnels effectués par des individus atomisés ».
L'ARGENT, LE VIDE…
L'article sur « la violence de l'argent », permet d'indiquer que l'inégale répartition de la rente pétrolière, renforce les inégalités sociales. Elle produit un sentiment profond d'injustice fortement enraciné dans les croyances et les représentations sociales. Ce mode de redistribution inégal de la rente atteint profondément le fondement des professions, contribuant en partie à les défigurer en les dépréciant socialement.
L'identité professionnelle est abimée parce que le sens du travail attribué par une majorité de personnes, est centré sur l'indignité, c'est-à-dire sur l'impossibilité de s'inscrire dans la citoyenneté, et d'être reconnu comme une personne qui peut contribuer activement au changement social.
De façon encore plus extrême, il est montré, à partir des récits de vie des jeunes chômeurs, la prédominance du «vide» ou d'un temps trop libre, qui s'incruste dans les structures mentales des jeunes sans travail. La désaffiliation l'emporte, révélant « des situations de décrochage. Cela signifie que les individus ne sont plus inscrits dans les régulations collectives qui ont perdu de leurs assises et de leurs supports… » (Castel, Haroche, 2001).
LA LOGIQUE DU RISQUE
Il est question aussi de harraga. Il semble réducteur de les considérer comme des « marginaux » de la société prêts à tout pour la quitter. Une thèse douteuse qui les présente comme des extra-terrestres, vivant dans leur petit monde, que le pouvoir tente en vain d'éradiquer par la répression, en activant l'enfermement carcéral. Or, à bien observer la société, le phénomène des harraga, se propage à des degrés divers et sous d'autres formes plus voilées. Il recouvre des visages différents. Sauf que ceux dont on parle plus, agissent frontalement, avec le courage en plus, pour crier leur déni de la citoyenneté.
Ils disent tout haut, ceux que les autres pensent tout bas. Ils agissent, dans une logique du risque, alors que certains investissent des réseaux socialement plus proches du système, leur permettant de s'installer aisément à l'étranger, dans la discrétion grâce à leurs appuis et à leur capital social.
La notion de citoyenneté est transversale à tous les champs sociaux (éducation, travail, santé, etc.). Elle permet de dépasser les postures et les approches développementalistes qui privilégient une forme de rationalité économique et sociale extérieure aux logiques et aux expériences sociales vécues quotidiennement par les individus. Or force est de reconnaitre que les logiques sociales des personnes et celles des développeurs ne sont pas les mêmes (De Sardan, 1990). Il est donc utopique de décréter de façon autoritaire la modernité de la société, si elle est en rupture avec le fonctionnement de celle-ci. Les transformations sociales les plus réussies dans d'autres sociétés, sont précisément celles qui ont pu redonner «vie» à la cité par le déploiement d'un dynamisme sociopolitique qui autorise la production de la citoyenneté. Celle-ci est intimement liée à une forme de régulation de proximité ancrée dans la société, qui redonne de la crédibilité et du sens au politique. Sa signification essentielle relève en grande partie de la conviction et de la passion mises en œuvre par de véritables et non de faux militants qui tentent d'accéder réellement et non de façon fictive au changement social.


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