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Histoire de déficits
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 23 - 04 - 2018

Non, il ne s'agit pas de bomber le torse et se dire que les décisions prises en matière de restrictions des importations sont en train de réduire l'important déficit commercial de ces deux dernières années. Le bilan de ce premier trimestre 2018 est trompeur, dans le fond et dans la forme, même si beaucoup auraient aimé se gargariser avec des chiffres optimistes. Certes, selon les données des douanes, le déficit commercial est en baisse de 490 millions de dollars au cours du premier trimestre 2018, contre le petit gouffre des 2,98 milliards de dollars en 2017.
Pour autant, le vrai chiffre est que les importations restent boulimiques, avec 11,2 milliards de dollars durant cette même période, alors que les exportations, surtout des hydrocarbures, sont de 10,71 mds de dollars. Et donc la tendance négative de l'économie nationale, sa trajectoire globale restent largement dépendantes des performances des ventes de pétrole et non d'un quelconque sursaut du secteur manufacturier, dont l'essentiel produit et vit grâce au système des subventions publiques dont profite notamment une certaine catégorie d'industries. Il y a également le fait que le tour de vis des autorités sur l'importation d'un paquet de produits et demi-produits industriels et de commerce sont en train non pas de limiter le volume et la valeur des importations, mais, bien au contraire, d'affaiblir l'économie du pays. Car à côté de cette fameuse liste de 850 produits interdits à l'import, il y a la mort subite de petites unités de production familiales notamment, toutes maintenues en vie par les commandes des grandes industries de transformation, une sorte de sous-traitance qui assurait des revenus aux familles et la garantie pour les grandes unités industrielles privées de commandes régulières auprès de ces petits producteurs.
Avec la coupe drastique dans les opérations d'importation, le malaise était visible au sein des entreprises familiales, comme également au sein des PME, en particulier celles de la filière agroalimentaire. Le ministère du Commerce est en train de revoir sa copie pour cette filière, mais qu'en est-il des autres filières industrielles, victimes expiatoires d'une stratégie commerciale qui a montré ses limites ? Car donner un tour de vis sur l'importation d'intrants servant à une grande variété de métiers industriels, de la plasturgie aux arômes et autres demi-produits, et ouvrir grandes les vannes pour l'importation de pièces automobiles préfabriquées (CKD/SKD) servant à faire tourner à vide des usines qui ne font même pas le montage, est aberrant. Mais également improductif et catastrophique sur la balance commerciale, puisque si les importations de voitures ont cessé, celles des voitures en SKD/CKD, plus coûteuses, sont en pleine croissance. Jusqu'à constituer des sorties de devises qui deviennent, avec le temps d'attente pour avoir sa voiture « made in Bladi », tout simplement indécentes. D'autant qu'au départ il s'agissait de mettre en place une véritable industrie automobile et non pas l'importation de véhicules « completly knocked down », c'est-à-dire en kits, puis remontés sur place.
Une dangereuse dérive que ni le gouvernement, encore moins le ministère de l'Industrie ne sont en train de corriger et qui à la fin de l'année va peser sur la facture globale des importations plus que les achats de médicaments dont manquent cruellement les Algériens. En réalité, le vrai problème est là : au-delà des déficits classiques, dont celui de la balance des paiements, ou budgétaire, qui reste important et est en train de devenir structurel, ce qui, actuellement, est une des préoccupations de la Banque centrale, l'économie nationale est en train de produire des scénarios absolument déroutants. Car si le gouvernement annonce qu'il veut réduire les importations au strict nécessaire pour le fonctionnement de l'économie, il oublie, à dessein ou pas, de fermer les vraies vannes, celles qui font le plus de fuite dans les maigres recettes pétrolières.


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