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Ettrefehnâ !
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 24 - 04 - 2019

L'ambition la plus partagée par les êtres humains sur les cinq continents (et même au-delà) est de faire fortune, au sens matériel du terme, c'est-à-dire gagner le maximum d'argent. Même dans les époques et les pays héroïques du socialisme triomphant, les peuples, dans leur majorité, étaient plus intéressés par le fait de s'enrichir que de militer dans un parti politique (unique, en ce temps-là, évidemment).
L'argent a toujours été le maître du monde et aussi un test pour l'égocentrisme humain. On dit du peuple juif qu'il a le génie de faire fructifier les richesses (un rapport à l'argent qui justifierait le portrait au vitriol qu'en a fait l'ancien chef d'Etat français Charles de Gaulle : «C'est un peuple d'élite, sûr de lui et dominateur»). «Enrichissez-vous ! » suggérait à ses contemporains l'historien et homme politique français de la première moitié du 19e siècle, François Guizot.
Mourir pour une idée, une conviction, est, par contre, une situation exceptionnelle dans le destin d'un homme (d'une femme). Durant notre guerre de Libération, par exemple, sacrifier sa vie, ses intérêts, pour son pays n'était pas un vain mot. Qui faisait le contraire était d'ailleurs considéré comme un traître, ne serait-ce que d'un point de vue moral.
Pourquoi avons-nous eu l'idée d'écrire ce petit pamphlet, en partant de la réalité algérienne, ces dernières années ? Et bien parce qu'il est de notoriété publique que l'argent («el-mêl», «el-flouss», «el-bâzra») est devenu dans notre pays, malheureusement, le maître-étalon à partir duquel se juge pratiquement tout, la valeur d'un homme et la place qui lui est octroyée dans la cité. L'argent qui a empoisonné les esprits et corrompu les consciences, dévoyé la politique, dénaturé le sport, faussé les relations humaines, qui a acheté parfois les honneurs et les récompenses et même une entrée au paradis.
En une trentaine d'années, à peu près, le rapport à l'argent au sein de la société algérienne a radicalement changé. Autrefois, les «gens d'affaires» respectaient, généralement, non seulement une règle éthique mais aussi une attitude de non-ostentation, et nos parents lorsque le sort leur était favorable, disaient: «Allah râzkna !» («Dieu nous a comblés de bienfaits»). Ces dernières années, ceux qui ont réussi matériellement affichaient volontiers sur leur front (afin que tout le monde soit au courant!) : «Ettrefehnâ !» («Nous sommes devenus riches»).
Ce n'est pas la même chose. Ce n'est pas le même sentiment qui envahit les esprits dans ces deux cas et ce n'est pas le même dilemme moral qui étreint les consciences.


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