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JOURNEE NATIONALE DE L'ETUDIANT : La révolution des lumières, l'intelligentsia dans les maquis

Nous sommes loin où le nombre d'étudiants n'excédait à peine un millier pour une population de huit millions d'habitants. Une université à Alger et deux annexes celle de Constantine et celle d'Oran au lendemain de l'indépendance et une école-annexe de médecine. Cinquante-quatre ans d'indépendance, l'Algérie compte un million et demi d'étudiants dans toutes les filières répartis à travers les quarante-huit wilayas.
Qui ne se rappelle pas l'incendie criminel de la bibliothèque de l'université d'Alger par l'OAS où plus de 300 mille ouvrages des plus précieux et de nombreux manuscrits ont été jetés dans les flammes ? Comment pouvoir relever les défis lorsque le nombre d'étudiants en 1961-1962 était à peine de 500. L'Université d'Alger rivalisait à l'époque avec celle de Paris, d'Oxford, de Cambridge. Mais face aux brimades, injustices et atteintes à la dignité humaine par les forces coloniales sur le peuple algérien, l'élite intellectuelle ne pouvait rester insensible. A l'appel du FLN/ALN, le Mouvement estudiantin s'engage dans le combat libérateur pour l'indépendance et la liberté. Les étudiants et lycéens quittent les bancs de l'université pour rejoindre le maquis. Ainsi aux sources et aux témoignages, la vérité historique sera narrée selon les acteurs et leurs positions dans la détermination des faits et l'interprétation des récits sur les événements vécus. Cinquante-huit ans après, que peut-on retenir de l'Appel de l'UGEMA du 19 Mai 1956 ? En m'excusant par avance de quelques omissions relevées indépendamment de ma volonté, je vous livre cet article avec humilité et de bonne foi.
Il y a huit ans, le Président Abdelaziz Bouteflika rendait un vibrant hommage à l'UGEMA lors de la cérémonie du cinquantenaire du 19 Mai, qui s'est déroulée à Tlemcen. L'appel commençait par une expression forte d'une ferveur patriotique qui marque l'engagement des étudiants dans le combat libérateur.
L'appel à la grève de l'UGEMA le 19 mai 1956 :
« Avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres ! A quoi bon serviraient-ils ces diplômes qu'on continue à nous offrir pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos sœurs sont violées, pendant que nos enfants, nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm... Et nous les cadres de demain, on nous offre d'encadrer quoi ? D'encadrer qui ?...»
La grève des étudiants déclenchée fut largement suivie par les étudiants et un grand nombre parmi eux rejoindra les rangs du FLN/ALN. Il va sans dire que le mouvement des étudiants existait bien avant le déclenchement de la Révolution de Novembre 1954. Dès 1919, l'Association des étudiants musulmans de l'Afrique du Nord (AEMAN) fut créée à Alger et l'Association des étudiants musulmans nord-africains (AEMNA) le fut en 1927 à Paris et regroupait les étudiants maghrébins en France et dont le siège se trouvait au 115 bd Saint-Michel, Paris.
1er congrès de l'UGEMA du 8 au 14 juillet 1955 à la Mutualité
L'UGEMA est née à la faveur d'une motion votée à l'unanimité le 27 Février 1955 par les étudiants de l'AEMAN. Cette nouvelle organisation va permettre aux étudiants de rejoindre la guerre de Libération nationale. Le Congrès constitutif de l'UGEMA a eu lieu du 8 au 14 juillet 1955 à la salle de la Mutualité, après une réunion préparatoire tenue à Paris du 4 au 7 avril. Le choix de la lettre «M» (musulman) n'était pas fortuit. Est-ce une façon de revendiquer l'appartenance du Mouvement aux valeurs arabo-islamiques ou répondait-il à une interprétation de nature idéologique ?
Selon Mohamed Harbi, un congrès parallèle a été organisé à la Maison des Lettres, rue Feron, par des étudiants communistes et nationalistes de gauche visant à créer l'Union générale des étudiants algériens (UGEA). Cette tentative a été avortée. L'action de l'UGEMA qui avait une ligne strictement syndicale, s'oriente vers des objectifs politiques. La répression n'a pas tardé à s'abattre sur ses membres et plusieurs connaîtront les interpellations, les perquisitions et les arrestations au cours de l'année 1955. Le 20 janvier 1956, les étudiants algériens en France organisent une grève de la faim pour protester contre les mesures répressives. A partir de la date du 19 mai 1956, la grève illimitée des cours et des examens est déclenchée en accord avec la direction du FLN.
En 1953, il y a eu l'idée de créer une union musulmane des étudiants maghrébins qui n'a pas marché du fait que les Tunisiens avaient créé leur propre union, l'UGET. Mais pour revenir aux conditions de création de l'UGEMA, c'est à la suite d'une correspondance entre Bélaïd Abdesselam et Lamine Khène à partir de 1955, que les militants du courant nationaliste prenaient le contrôle de l'AEMAN dans la coalition communiste-UDMA, le nouveau président de l'AEMAN était Mohamed Baghli entouré de Mohamed Seddik Benyahia, Allaoua Benbaâtouche, Lamine Khène et d'autres...
C'est Mohamed Seddik Benyahia qui, au cours des vacances de Pâques, devait entreprendre une tournée à travers les universités de France pour convaincre les étudiants de diverses sensibilités à se rallier aux thèses de l'UGEMA. Rédha Malek fera de même pour la région parisienne. Bélaïd Abdesselam dit avoir été rassuré par Benyahia en l'accueillant à la gare de Lyon. Ce dernier lui lançant l'idée restée célèbre que «Paris est encerclée par la Province». Ahmed Taleb El Ibrahimi soutient le courant Ugémiste. Tout cela se passait durant l'année 1955 où les actions étaient conformes à la ligne du FLN qui n'était que la continuité du mouvement nationaliste PPA/MTLD.
Il faut dire qu'au niveau estudiantin, la même démarche a été suivie comme celle de l'Association des amis du Manifeste et de la liberté en 1944 et celle des communistes qui ont créé parallèlement le «Manifeste des amis de la démocratie». L'apport d'étudiants d'obédience PPA/MTLD tels Rédha Malek, Abdelmalek Benhabylès, Mohamed Amir, Mohamed Mahdi, Mohamed Harbi, Messaoud Aït Chaâlal, Mouloud Balahouane, Tahar Hamdi, Hachmi Bounedjar, Mohamed Rezoug, Mohamed Kellou, Mohamed Khemisti, Ali Lakhdar, Ahmed Ounoughi, Mohamed Ouddahi, Mohamed Oucif, Chérif Faïdi, Mahmoud Mentouri, Mahmoud Benhabylès, Mohamed Abada, Saïd Chibane, Mohamed Toumi, Mustapha Laliam, Rachid et Tahar Maïza, Mohamed Radjam, Djelloul Baghli, Nordine Delci, Chaïb Taleb était déterminant pour le lancement et la constitution de l'UGEMA auxquels d'autres étudiants adhérèrent à Paris tels que Lakhdar Brahimi, Abdelkader Belarbi avec l'idée d'une conférence nationale préparatoire pour organiser le Congrès constitutif de l'UGEMA en prenant appui sur les étudiants d'Alger. Le Congrès constitutif de l'UGEMA, tenu en juillet 1955 à Paris, réunissait les représentants des communautés universitaires de France, d'Europe, d'Alger, de la Zaïtouna de Tunis, des Qarawiyne de Fès.
Le siège du Comité exécutif était à Paris. Mohamed Harbi, nous dit Belaïd Abdeseslam, avait opté pour l'UGEA dont il a été un militant actif, alors qu'il fut un des plus méritants au sein du PPA/MTLD. Il était même, dira-t-il encore, informé des préparatifs du congrès de l'UGEMA et connaissait tous nos contacts.
Le premier comité exécutif de l'UGEMA était en majorité ouléma-UDMA dont le discours d'ouverture fut prononcé par Ahmed Taleb El Ibrahimi. Dans ce Comité exécutif il y avait Layachi Yaker, Abderahmane Chériet et bien sûr les membres fondateurs en l'occurrence: Bélaïd Abdesselam, Mouloud Balahouane, Abdelmalek Benhabylès, Mohamed Seddik Benyahia, Lamine Khène, Rédha Malek, Messaoud Aït Chaâlal, Ali Abdella, Aoufi Mahfoud, Belarbi Abdelkader, Mokhtar Bouabdellah, Tahar Boutamjit, Lakhdar Brahimi, Nordine Brahimi, Tahar Hamdi, Djamel Houhou, Mohamed Kellou Messaoud, Mohamed Khémisti, Lakhdar Ali, Mansour Benali, Mohamed Mokrane, Bachir Ould Rouis, Mohamed Raffas, Mohamed Rezoug, Taleb Chouieb, Sid Ali Tiar, Zeghouche Derradji.
Tous ont fait partie du Comité exécutif de juillet 1955 à septembre 1962. Les autres membres du comité directeur y activèrent de juillet 1955 à décembre 1957 tels que Brahim Nordine, Saïd Belhacine, Benyahia Med, Berrah Ghalem, Boudiaf Aïssa, Boudjellab Amar, Faydi Chérif, Ferdjioui Abdelhamid, Ghazali Méziane, Harmouche Arezki, Khellaf Maâmar, Krim Rachid, Larbi Med, Rédha Malek, Mokdad Allaoua, Mentouri Mahmoud, Sahnoun Med, Sisbane Chérif...
L'UGEMA est devenue un partenaire crédible dans les milieux estudiantins internationaux dans les diverses organisations d'étudiants et de jeunesse. Se rapprochant d'Abane Ramdane, elle s'est prononcée pour le FLN. La section UGEMA d'Alger qui a lancé l'idée de la grève illimitée des cours et des examens rencontra Belaïd Abdesselam, notamment Lamine Khène, Allaoua Benbaâtouche, Hachem Malek frère de Rédha Malek et membre fondateur de l'UGEMA qui sera arrêté en 1957 jusqu'à l'Indépendance, Saddek Karamane et Brahim Chergui.
L'UGEMA : le fusil et la plume
Lakhdar Brahimi disait dans l'ouvrage de Clément Moore Henry «Ugema 1955-1962 Témoignages» qu'il «fut élu dès son arrivée à l'université vice-président de l'AEMAN ». Il y avait une AEMAN à Alger et l'AEMNA à Paris. Il avait « reçu la lettre de Belaïd Abdesslam pour créer l'UGEMA par le biais de Lamine Khène, alors que Rédha Malek présidait l'Union des étudiants algériens à Paris» et qu'il était surpris d'avoir été élu membre du comité directeur et vice-président du comité exécutif de l'UGEMA alors qu'il participait au Festival mondial des étudiants et de la jeunesse à Varsovie.
C'était Ahmed Taleb Ibrahimi qui devenait le président de l'UGEMA; il venait de terminer sa dernière année de médecine. Le mot d'ordre pour l'élection de Ahmed Taleb, disait encore Lakhdar Brahimi, venait du FLN. Ce que ne démentit pas Ahmed Taleb dans l'entretien avec Clément Moore Henry –Yaker Layachi, vice-président, Mouloud Balahouane secrétaire général et directeur de la publication L'Etudiant algérien. Il a été signataire en tant que président de l'UGEMA «d'un mémorandum adressé au SG de l'ONU pour l'inscription de la question algérienne dans l'ordre du jour de la session (voir Le Monde du 9 Février 1957)».
Abderahmane Chériet fut secrétaire général adjoint et Mansour trésorier. Mais devant quitter l'UGEMA pour le Comité fédéral FLN, c'est Balahouane qui remplaça à la présidence de l'UGEMA Ahmed Taleb pour préparer le 2e congrès en mars 1956. Taleb fut arrêté en février 1957.C'est Bélaïd Abdeseslam en vérité qui a été l'artisan infatigable pour rapprocher les différentes visions et à ce titre, l'honneur de la présidence de l'UGEMA lui revenait.
Il a voulu que l'UGEMA intègre les sensibilités UDMA et Ouléma et qu'il devenait nécessaire de faire participer les étudiants se trouvant à Tunis, Fès, Le Caire, Damas, Baghdad, etc. dont certains ont participé au congrès. Parmi eux Belkacem Zeddour qui fut un martyr de la Révolution, Brahim Mezhoud, Adda Benguettat, Aboul Kassem Saadallah, Malek Bennabi, Mohamed Ksouri, Rabah Torki, Abdelkader Benkaci, Yahia Bouaziz, Abou Aliouche, Mohamed Meftah, Nor Abdelkader, Youcef Rouissi qui ont fait les universités du Moyen-Orient.
Beaucoup de lycéens et des instituts Ibn Badis et El Katania de Constantine et d'autres régions du pays rejoignirent le mot d'ordre de grève alors que Belaïd Abdesselam rencontrait Benkhedda en présence de Lamine Khène et Ben Baâtouche. Ces derniers gagnèrent le maquis et Ben Baâtouche est tombé au champ d'honneur. Le 19 mai 1956 s'inscrivait en droite ligne de la stratégie de lutte menée par le FLN et c'est au CEE du FLN que revenait la décision d'ordonner le 3 octobre 1957 la fin de la grève à l'ouverture de la rentrée universitaire 1957-1958.
De nos montagnes s'est élevée la voix de la liberté
Dans une lettre signée par Abdelhamid Mehri, à partir de Tunis, datée du 12 mai 1961 adressée au comité exécutif de l'UGEMA, alors ministre des Affaires sociales et culturelles du GPRA, il déclare la dissolution des sections de Lausanne et de Genève. Une résolution finale du comité directeur de l'UGEMA adoptée à l'unanimité à Bir el Bey à Tunis allait dans le même sens de la dissolution des sections de l'UGEMA et demandait au GPRA de désigner une commission d'enquête et de réorganisation de l'UGEMA.
Un appel aux étudiants algériens fut également adressé par Krim Belkacem le 23 décembre 1961 depuis Tunis dans lequel il demande à dépasser la crise au sein de l'UGEMA et propose de les aider à réunir «un congrès extraordinaire dans la libre expression des opinions et le respect des principes fondamentaux de notre Révolution". Le redressement de votre mouvement ne saurait se faire, devait-il dire, s'il n'est pas l'expression de votre propre volonté et le couronnement de vos efforts. » Certains par leurs propres moyens rejoignent l'ALN tels que Mustapha Laliam, Mohamed Gueddi, les frères Belhocine meurent au maquis.
Ahmed Chérif Mentouri dit Mahmoud frère du moudjahid Bachir Mentouri, rejoint l'ALN aux frontières et meurt en 1957. «L'UGEMA était l'incarnation vivante de la Révolution algérienne, pas uniquement pour les étudiants algériens, mais aussi pour tous les étudiants admiratifs de par le monde», témoignait Clément Moore Henry l'auteur du livre « L'UGEMA». (Source memoria.dz)


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