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Aperçu sur le roman de l'Afrique noire : Aussi beau que l'ébène
Publié dans El Watan le 06 - 08 - 2009

Quand Samuel Olanda publia, en 1750, sa vie romancée d'esclave, le monde occidental en général, et la société anglo-saxonne en particulier, découvrirent avec ahurissement les horreurs de l'esclavage. Ahuris, les Occidentaux ? Hypocrites, oui ! car ils étaient excepté les petites gens pauvres et analphabètes tous coupables, y compris ces intellectuels vouant leurs plumes « malsaines » aux « bienfaits des colonisations civilisatrices ».
Samuel Olanda n'a fait que narrer sa vie... d'esclave, depuis sa capture sur une berge du fleuve Niger, par une aube brumeuse, jusqu'à sa maladie à.. soixante-dix ans. N'étant plus « fort et valable », il est jeté par « ses maîtres » dans une rue sombre de Londres. Auparavant, il avait passé cinquante ans de sa vie dans les cales « brûlantes » de bateaux anglais à gros tonnages. Dans Vie d'un esclave, il raconte les péripéties d'un Nord-Africain capturé par les négriers anglais qui l'exploiteront, avec tous « ses frères africains noirs » pendant cinquante ans : « Les années d'enfer » dans les cales ardentes à alimenter les fours des bateaux en charbon brûlant, les coups de tous genres qu'il a reçus lui et ses frères ruisselants de sueur, la méchanceté incomparable de l'homme blanc. Bref, cinquante ans d'humiliation, de souffrances... d'enfer !
L'étonnement — peut-être — des « Blancs », en 1750, résultait de la réponse embarrassante à cette question : « Comment cet Olanda Samuel, cet esclave, a-t-il réussi et eu l'audace d'écrire et de publier cet ''Vie d'un esclave'' dans un anglais correct ? » En fait, « ce n'est que pur hasard », comme le dit Samuel Olanda lui-même. En 1731, Olanda a été pris en sympathie par un riche Londonien. Il le fit travailler chez lui tout en lui apprenant à lire à écrire. Samuel Olanda, cet « esclave aux yeux lumineux, comme l'appelait le richissime anglais, ne se fait pas prier''pour dévorer le majorité des livres de l'immense bibliothèque de son maître'' », comme il le dit dans la préface de son livre. Mais, dix ans plus tard, le « bon Anglais » décède. Samuel Olanda « se fait à nouveau embarquer sur les maudits bateaux jusqu'à devenir une carcasse gémissante inutile ».
Récupéré par les Pères Blancs et soigné, Olanda commence à écrire son autobiographie qui paraîtra à Londres en 1750. Le livre fera le tour du « monde occidental ». Cent cinquante mille exemplaires seront diffusés en cinq ans. Un chiffre énorme à l'époque. Le roman sera traduit en français, en russe et en japonais. Puis le silence tomba sur l'Afrique. Officieusement, les Occidentaux bannirent l'esclavage, mais les négriers continuent de « capturer par milliers ces hommes d'ébène pour faire fructifier les ranchs des nouveaux riches d'Amérique » (dixit Chinua Achébé). C'es ce Chinua Achébé qui fera, longtemps après, monter l'Afrique noire sur le podium du roman moderne. Né en 1930 à Ogid (Nigéria), ce grand écrivain fait presque l'unanimité des critiques et lecteurs dans le monde entier ; « c'est le plus grand romancier de l'Afrique noire ». Les Anglais vont jusqu'à l'appeler… « le Shakespeare africain », eux qui sont très fiers de leur grand poète. Père spirituel des poètes, ? il a commencé par écrire des poèmes ? et romanciers africains moder ? d'expression anglaise, Chinua Achébé fut l'un des premiers Nigérians à obtenir un doctorat es-lettres à Oxford-University.
Ecrivain de grand talent, courageux, portant le Nigeria et l'Afrique dans ses « tripes », Achébé va défrayer la chronique en 1960. L'élite littéraire mondiale ne pouvait que « jeter des fleurs à ce grand romancier ». hings fa ? appart (traduit en français « Le monde s'effondre »), premier tome d'une trilogie (tome 2 : Arrow of God : en français « La flèche de Dieu » - tome 3 : No longer atease, traduit en français : « Le malaise »), que l'écrivain ne tardera pas à achever, éblouira critiques et lecteurs. Remontant l'histoire millénaire du Nigeria, Chinua Achébé décrit, dans sa trilogie monumentale le passé tribal de son peuple et les vicissitudes du « choc civilisationnel » au contact des colonisateurs anglais. Destruction de la civilisation traditionnelle des tribus nigérianes, le racisme, la méchanceté et l'ostentation des « Blancs européens, voleurs de richesses, esclavagistes, utilisant même le christianisme à des fins obscures (même pour baiser les jeunes Africaines dans les églises !) Bientôt, Chinua Achébé sera suivi par de grands écrivains d'expression anglaise ou française, Wole Soyinka (prix Nobel de littérature 1984) son concitoyen, Camara Laye (Sénégal), Moussa Ould Ibnou (Maurétanie, arabophone), Laléye Barnabé (Bénin), Francis Bebey (Cameroun), Pierre Makamba Bamboté (Centrafrique), Marie Léontine Tsibinda (Congo, ex-Zaïr), Abdoulaye Mamani (Niger), Jean Baptiste Tiémélé (Côte d'Ivoire), Quentin Ben Mongaryas (Gabon), Ahmed-Tidjani Cissé (Guinée), Fily Dabo Sissoko (Mali), William Syad (Somalie), Ives-Emmanuel Dobbé (Togo), etc.
Si on ne peut citer tous les romanciers de l'Afrique noire, notamment les jeunes (dont certains sont déjà célèbres), on peut citer au moins deux romans qui démontrent que « le souci littéraire et le patriotisme africain sont les mêmes du nord au sud et de l'est à l'ouest de notre continent. « Si par exemple, les Algériens n'avaient pas écrit de « véritables » romans historiques sur notre Kahina, laissons l'initiative (ô combien louable à Giselle Halimi (1), Abdoulay Mamani a publié un beau roman sur la « kahina » du Niger intitulé Saraounia, du nom de l'héroïne qui combatit les colonisateurs français au Niger entre 1870 et 1885, son livre est un hymne à l'Afrique libre. Saraounia, la princesse paienne, comme notre Kahina, régnait sur le centre du Niger et une partie du Tchad actuel. Elle était vénérée par son peuple qui se souleva à son appel pour combattre les envahisseurs français. Elle infligea à ces derniers plusieurs revers.
Lassés de la combattre, ils l'accusèrent de « sorcellerie », comme les Arabes ont accusé la « Kahina » (ce prénom est péjoratif, car il veut dire en arabe sorcière) algérienne en 693. Saraounia (2) est tombée en martyre en 1885, le Niger ne l'oubliera jamais. Abdoulaye Mamani est l'un de ses petits-petits fils. Dans sa tombe, elle jubile de joie, après la sortie de ce beau roman, deux siècles après sa mort glorieuse, Princesse Moddippu est, enfin, le deuxième roman que je citerais en conclusion de ce bref aperçu. Ecrit par Pierre Makambo Bamboté (Centrafrique), ce magistral roman raconte ? l'histoire de Modippu la Camerouno-Centrafricaine qui a combattu les envahisseurs français entre les années 1878 et 1882. Comme Saraounia, elle tombera au champ d'honneur. Auparavant, les Français l'accusèrent de « sorcière » (finalement, les colonisateurs se ressemblent tous !) Si notre « Kahina » s'est « suicidée » en lançant à ses soldats cette sentence (La reine est celle qui choisit sa mort) ô combien éternelle, c'est parce que les Berbères croyaient, à l'époque, que l'âme du patriote qui se suicide s'élèvera aux cieux et restera éternelle. « Saraounia », « Modipu » et la « Kahina » sont les images de l'Afrique combattante, l'Afrique libre.
(1) G. Halimi a été membre du collectif d'avocats qui ont défendu les prisonniers du FLN. Son roman a été réédité par Barzakh en 2007.
(2) Editions l'Harmatour - Paris.
(3) Revue Europe : Littérature du Nigéria. Revue Présence africaine : plusieurs numéros.


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