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Maghreb : Pourquoi il faut avoir peur du conflit libyen
Publié dans El Watan le 19 - 02 - 2020

Il y a en Libye près 20 millions de pièces d'armes. Selon l'ONU, «il faudra probablement une génération pour les collecter».
La Libye est une véritable poudrière à ciel ouvert. Pis encore, le pays possède «le plus grand stock de munitions non contrôlées au monde», en raison de la poursuite des combats et des violations de l'embargo sur les armes dans ce pays.
De quoi de donner froid dans le dos et surtout inquiéter les pays de la région. Citant les récentes conclusions du service de l'action anti-mines de l'ONU, Yacoub El Hillo, représentant spécial adjoint du secrétaire général de l'ONU pour la Libye, a précisé, lundi à la presse, qu'environ 150 000 à 200 000 tonnes de munitions incontrôlées se trouvent actuellement sur le territoire libyen.
Ajouté à cela, le pays compte «près de 20 millions de pièces d'armes». Selon l'ONU, «il faudra probablement une génération pour les ramasser».
«Si on conditionne le progrès du processus politique par le ramassage des armes, cela veut dire qu'on ne fait rien», avait indiqué avec dépit, en avril dernier, Ghassan Salamé, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Libye.
Toutes ces munitions et ces armes alimentent l'instabilité au Maghreb et au Sahel, deux régions que de nombreux groupes terroristes ont placées dans leur ligne de mire.
La Libye lutte pour assurer une transition démocratique dans un climat d'insécurité et de chaos depuis le renversement de l'ancien dirigeant Mouammar El Gueddafi en 2011.
L'instabilité a abouti à un pays divisé, avec une administration reconnue par l'ONU – le gouvernement d'union nationale (GNA) – qui a autorité sur l'ouest du pays, et un gouvernement rival dans l'Est.
L'exécutif de l'Est libyen tente depuis, avril dernier, de renverser le GNA. Malgré l'embargo des Nations unies sur les armes imposé à la Libye, des acteurs régionaux ou internationaux en envoient régulièrement dans le pays, ce qui continue d'alimenter les combats.
L'appel de Salamé
A ce propos, M. Salamé a invité hier les pays à aider les Nations unies à contrôler le respect de cet embargo. «Quiconque peut aider à surveiller l'embargo sur les armes est le bienvenu», a déclaré à la presse Ghassan Salamé à Genève. «Si c'est fait par les Européens ou par d'autres, ce n'est pas (…) mon problème. Sinon, cela ne s'arrêtera pas», a-t-il insisté.
Cet appel intervient alors que l'Union européenne est parvenue lundi à un accord pour déployer des navires de guerre à l'est de la Libye afin d'empêcher les livraisons d'armes à ce pays, où plusieurs puissances se livrent une guerre par procuration.
La communauté internationale tente de son côté, depuis janvier dernier, d'obtenir un arrêt durable des combats dans le pays et de relancer le dialogue politique entre les différents protagonistes de la crise.
C'est ainsi que le deuxième round des réunions du Comité militaire libyen mixte «5+5» s'est tenu hier à Genève afin d'œuvrer pour le respect et le maintien d'un cessez-le feu durable, en vigueur en partie depuis le 12 janvier.
A l'occasion, la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul) a appelé les parties participantes «au sens de la responsabilité, au sérieux et à un esprit constructif lors des travaux de la commission». Les Nations unies ont exprimé, par ailleurs, l'espoir de «faire parvenir un message responsable et sérieux aux prochaines négociations politiques libyennes prévues le 26 février».
Le premier round des réunions de cette commission militaire mixte avait été tenu du 3 au 18 février. Ces pourparlers impliquent cinq officiers supérieurs nommés par le gouvernement libyen d'union nationale, reconnu par l'Onu (GNA) et dirigé par Fayez Al Sarraj, et cinq officiers supérieurs nommés par l'Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par Khalifa Haftar.
Les participants à la réunion du comité international de suivi de la Conférence de Berlin sur la Libye, tenue dimanche à Munich, ont appelé les belligérants dans ce pays à maintenir la trêve actuelle et à accélérer les négociations concernant un cessez-le-feu permanent, réaffirmant leur engagement à mettre en œuvre les conclusions de la Conférence de Berlin du 19 janvier.


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