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XAVIER TARTACOVER VOUS PARLE
LES MAîTRES DU TEMPS QUI PASSE
Publié dans Horizons le 04 - 01 - 2017

Le grand maître franco-polonais d'origine russe Savielly Grigorévitch Xavier Tartacover (1887-1956), natif de la célèbre ville russe Rostov, sur le Don, connue pour ses musées et ses nombreux champions et tournois de haut niveau, est un personnage incontournable de la scène échiquéenne internationale du siècle passé, tant sur le plan de ses performances en tant que joueur, que sur le plan de la pédagogie, des tournures philosophiques pleines d'esprit, et des publications intelligentes et utiles. Xavier Tartacover passe son baccalauréat en 1904 au collège de Genève, puis continue ses études à Vienne, où, cinq ans plus tard, il obtient son diplôme de docteur en droit à l'université de Vienne. C'est durant ses études qu'il se passionne pour les échecs. Il joue dans les cafés et rencontre aussi les grands joueurs de son époque, contre lesquels il dispute des parties brillantes. A l'âge de 19 ans, il obtient le titre de maître en terminant premier du tournoi de Nuremberg 1906. C'est seulement après la première guerre mondiale qu'il décroche ses plus grands succès, notamment le tournoi de Liège en 1932.
Pendant la première guerre mondiale, Tartacover combat dans les rangs de l'armée austro-hongroise. Après la guerre, il s'installe à Paris et prend la nationalité polonaise. Lorsqu'il arrive en France, Tartacover décide de devenir professionnel. Avec d'autres grands maîtres, tels le Danois Aaron Nimzovitch et le Hongrois Richard Réti, il fait partie de l'école hypermoderne et ne dédaigne pas de pratiquer les débuts allant à l'encontre de la mode classique, ou encore des débuts dits « irréguliers ».
Sa meilleure période couvre les années 1920-1935. Tartacover participe à de grands tournois et remporte le tournoi de Hastings. Il partage la première place avec Nimzovitch au tournoi de Londres en 1927. Dans les années 1930, il participe six fois aux olympiades avec la Pologne, et remporte cinq médailles avec son équipe. Il gagne deux fois le championnat de Pologne, en 1935 à Varsovie et en 1937 à Jurata.
Comme plusieurs grands joueurs de son époque, Tartacover connut la réussite dans l'âge « mûr ». Parlant de ses progrès plutôt lents, il explique : « Il est vrai que, déjà avant 1930, dans maintes grandes compétitions internationales (comme à Teplitz 1922, Vienne 1922, Semmering 1926), je menais la course pendant longtemps et semblais déjà effleurer la victoire définitive, mais, au lieu de se raidir et de devenir plus insistante, ma tension faiblissait vers la finale, où les gaffes d'un instant gâchaient l'œuvre de plusieurs semaines ! »
Après la seconde guerre mondiale, il opte pour la nationalité française et représente la France aux olympiades de 1950. Il remporte également le championnat de France en 1953 à Paris. Sur le plan de la publication, en tant que joueur de classe internationale et écrivain abondant Tartacover écrit d'abord des articles dans des magazines d'échecs puis publie avec un grand succès plusieurs livres dont les principaux sont « Le Bréviaire des Echecs » et « Tartacover vous parle », maintes fois réédités, et qui ont constitué les livres de chevet de générations entières, illustrant bien l'admirable talent pédagogique de leur auteur .
Par ailleurs, le style du jeu de Tartacover reflète parfaitement son esprit virevoltant, imaginatif, mais fragile. Sa spécialité consistait à remettre au goût du jour des coups considérés jusqu'alors comme douteux. Il s'efforçait toujours d'éviter des débuts trop connus et trouvait ses délices à risquer des combinaisons.
Les coups excentriques de Tartacover déconcertèrent de nombreux grands maîtres de premier plan, et à son tableau de chasse figurent tous les plus grands joueurs de l'époque comme l'Américain Frank Marshall, et le Letton Paul Keres dont il fut même une véritable « bête noire ». Personnage haut en couleur, Tartacover aimait l'originalité, qu'il manifesta de plusieurs manières brillantes durant sa carrière. Il contribua pour beaucoup à la théorie en introduisant deux ouvertures originales et bien des variantes.
La première ouverture, 1. b4, que Tartacover baptisa « début ou ouverture de l'orang-outang », connue aussi sous le nom de début ou ouverture Sokolski, fut introduite en 1924 lors du Tournoi de New York. Cherchant un plan stratégique pour justifier ce début si original, Tartacover dit qu'il eut l'idée de cette ouverture durant sa visite du zoo du Bronx, lorsqu'il vit un orang-outan grimper à une liane ! Tartacover expliqua que la montée de ce pion lui faisait penser à un orang-outang grimpant à un arbre. La deuxième ouverture fut introduite avec panache lors du tournoi de Barcelone : lors du banquet d'ouverture de ce tournoi fermé, il annonça avec légèreté aux organisateurs qu'il introduirait un nouveau système d'ouverture. Ce fut donc lors de ce tournoi que vit le jour le début catalan, qui allie à la poussée d4 le fianchetto du fou en g2. Enfin, la « variante Tartakover du Gambit dame » est une ligne de jeu fréquemment employée par les joueurs de l'élite mondiale qui l'ont intégrée à leur répertoire d'ouverture : 1.d4 d5 2.c4 e6 3.Cc3 Cf6 4.Fg5 Fe7 5.e3 0-0 6.Cf3 h6 7.Fh4 b6.
Xavier Tartacover est aussi connu pour ses aphorismes et ses jeux de mots savoureux qui constituent entre autres à eux-seuls un puits d'enseignement : « On n'a jamais gagné une partie en abandonnant ! » « Les grosses bourdes sont là, sur l'échiquier, attendant d'être commises. » « Qu'il faut, pour être le veinard des gaffes aux échecs, faire l'avant dernière. »
« La tactique consiste à savoir ce qu'il faut faire quand il y a quelque chose à faire. La stratégie consiste à savoir ce qu'il faut faire quand il n'y a rien à faire. » « Il est encore meilleur de sacrifier les pièces de son adversaire. » « Tout est finement imaginé ; mais les dieux, avant la fin de la partie, ont placé le milieu de jeu. » « Ne jouez donc aux échecs que pour vous distraire ; c'est le plus beau des jeux, mais c'est un jeu. Ses lauriers sont trompeurs, son ambition est maladive. »
« Celui qui prend des risques peut perdre, celui qui n'en prend pas perd toujours. »
« Je me trompe, donc je suis. »
« Seul un grand joueur sait à quel point il joue faiblement. »
« Il vaut mieux sacrifier les pièces de l'adversaire. » « Un pion isolé assombrit tout l'échiquier. »
« Le pat est la tragi-comédie des échecs. »
« Des échecs, on ne peut en vivre, mais on peut en mourir. »
« Les échecs sont un conte de fées des 1 001 gaffes. » Tartacover désigna lui-même en 1928 comme étant sa meilleure partie celle qu'il joua en 1922 à Teplitz Schoenau contre le grand maître hongrois Geza Maroczy
Partie n= 1
1.d4 e6 2.c4 f5 3.Cc3 Cf6 4.a3 Fe7 5.e3 0–0 6.Fd3 d5 7.Cf3 c6 8.0–0 Ce4 9.Dc2 Fd6 10.b3 Cd7 11.Fb2 Tf6 12.Tfe1 Th6 13.g3 Df6 14.Ff1 g5 15.Tad1 g4 16.Cxe4 fxe4 17.Cd2
Diagramme n= 1
17...Txh2 !! inaugure un festival de sacrifice qui ne connaîtra son issue que par l'abandon des blancs 18.Rxh2 Dxf2+ 19.Rh1 Cf6 20.Te2 Dxg3 21.Cb1 Ch5 22.Dd2 Fd7 23.Tf2 Dh4+ 24.Rg1 Fg3 25.Fc3 Fxf2+ 26.Dxf2 g3 27.Dg2 Tf8 28.Fe1 Txf1+ 29.Rxf1 e5 30.Rg1 Fg4 31.Fxg3 Cxg3 32.Te1 Cf5 33.Df2 Dg5 34.dxe5 Ff3+ 35.Rf1 Cg3+ 0–1
Une autre partie remarquable est Tartacover-Carl Schlechter, jouée au Tournoi de Saint-Pétersbourg le 24 février 1909, aussi appelée « partie des quatre sacrifices » :
Partie n= 2
1.e4 e5 2.f4 Fc5 3.Cf3 d6 4.fxe5 dxe5 5.c3 Cf6 6.Cxe5 0-0 7.d4 Fd6 8.Cf3 Cxe4 9.Fd3 Te8 10.0-0 h6 11.Cbd2 Cf6 12.Cc4 c5 13.C3e5 cxd4
Diagramme n= 2
14.Cxf7 !! et le roi noir ne connaîtra pas le repos de sitôt ! Rxf7 15.Dh5+ Rg8 16.Txf6 Te1+ 17.Tf1 Txf1+ 18.Fxf1 Ff8 19.Fxh6 Df6 20.Fg5 Df5 21.Cd6 Fxd6 22.Fc4+ Fe6 23.Tf1 Dxf1+ 24.Fxf1 Cd7 25.Fd3 Cf8 26.cxd4 Ff7 27.Df3 Ce6 28.Fe3 Tb8 29.g4 g5 30.Df6 Ff8 31.Fh7+ Rxh7 32.Dxf7+ Cg7 33.Fxg5 1-0.
Dans une partie jouée à Paris en 1937 entre le franco-polonais Ossip Bernstein et Xavier Tartacover (Défense Philidor), Bernstein tombe dans un piège :
Partie n= 3
1.e4 e5 2.Cf3 d6 3.d4 Cf6 4.dxe5 Cxe4 5. Fc4 Fe6. Ici, Tartacover s'écarte de la théorie. On recommande 5...c6, mais Tartacover préfère tendre un piège : 6.Fxe6 fxe6 7.De2 d5 8.Db5+ Cc6 9.Cd4 Dd7 10.Dxb7 Fb4+ !! 11.c3
Diagramme n= 3
11 ...Cxd4 !! Rend deux tours pour la bonne cause ! 12.Dxa8+ Re7 13.Dxh8 Db5 ! 14.Dxg7+ Re8 15.Dg4 Dd3 16.Fd2 Cc2+ 17.Rd1 Cxf2+ avec gain de la dame. Bernstein abandonne.


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