Périple Le cortège présidentiel est attendu, cet après-midi, à Oum El-Bouaghi. On s'attendait à des pluies torrentielles au-dessous d'un ciel gris, on a eu finalement droit à un torrent de motions de soutien. Bouteflika à Khenchela, celle qui a vécu de graves émeutes l'année dernière, c'était évidemment une occasion pour les Nememchas et les Ammaras de faire la trêve des? sentiments belliqueux sous la bannière des redresseurs. 10h 25, le cortège présidentiel n'arrive toujours pas. Sous le balcon d?El Khalifa Bank ? le choix du site n'est sans doute pas fortuit ! ? les autorités locales s'impatientent devant le dispositif sécuritaire déployé pour contenir sagement la marée humaine, des jeunes en majorité. Mais que vaut un quart d'heure ou une demi-heure de retard pour une wilaya qui admet aujourd'hui que, quarante ans après l'indépendance, des personnes vivent encore dans des? grottes ? Une heure après, Bouteflika descend d?une Mercedes. Baroud d'honneur, youyous et chants typiquement chaouis s'entremêlent. Commence alors une longue procession. «Akh el moudjahid», «Djeïch chaâb, maâk ya Bouteflika», «Naâm li ouhda tania». Autant de cris trépidants dans les deux kilomètres de la randonnée pédestre présidentielle. Et le camp Benflis et la contestation tant annoncée ? Mohamed Sahli, président du comité de soutien, le texte de «marhaba» (bienvenue) à la main, martèle sans hésiter : «C'est cela la politique mon fils, à Khenchela, Benflis fait désormais partie du passé.» Concernant le clan présidentiel, ils étaient tous là, Barkat, Ould Kablia, Benbouzid, Saïd Bouteflika. Tous, sauf Zerhouni ! L'homme, pourtant, était de toutes les pérégrinations jusque-là. Même décor à Chechar, Sghira, Babar et Mahmel, quatre petites bourgades où le chômage a enfanté violence et m?urs infâmes que les «milliards» versés aux frais du contribuable, en guise de généreuses donations, ne peuvent malheureusement pas effacer d'un trait. Mais pour que la visite soit une réussite, il fallait évidemment imposer la «trêve». En effet, une semaine avant le jour «J», la PJ locale avait du pain sur la planche. Une grande opération de «nettoyage» était constatée dans les quartiers réputés chauds. Du football, il y en avait dans le nouveau stade gazonné de la ville, inauguré à l'occasion par le derby local, mais aussi à la zaouïa Rahmania de Sidi Tayeb El-Hafidi à Ouled Rechache où l'imam, ne dépassant pas les quarante ans, avoue avoir deux idoles dans sa vie : El-Hafidi, le père spirituel de la région, et? Zidane ! Le jeudi, cet imam range sa djellaba d'érudit pour aller se frotter à 22 joueurs déchaînés dans un stade. Ce dimanche matin, les Khenchelis s'accordent à dire, à l'unisson, qu'une fois le président parti, Khenchela redeviendra ce qu'elle a toujours été : une ville morte au piémont des majestueux Aurès Nememchas? Oum El-Bouaghi, distante de quelque 60 km, vivra, elle, à partir de cet après-midi, le même faste éphémère. Et elle aussi n'a plus de charme à dévoiler.