À Nsighane, à Babarou Ouled Chachar, le chef de l'Etat a écouté la “rengaine” qui lui réclamait une candidature à un second mandat. 11h13. Mahmoud Saïhi est fébrile. Soigneusement endimanché, il lit et relit le texte qu'il doit réciter devant le président Bouteflika.Tout fier d'être le préposé à la récitation devenue coutumière dans tous les périples de Bouteflika, Mahmoud, qui préside le comité de soutien à Khenchela, s'est planté là, au centre-ville, depuis la matinée en attendant l'instant fatidique. “Vous savez j'ai envoyé cette motion de soutien à la présidence, jeudi dernier, et elle a été sélectionnée comme étant la meilleure”, confie-t-il, tout fier. C'est que rien n'est le produit du hasard dans ces messes organisées à l'honneur de Bouteflika, pas même ces motions de soutien qui doivent impérativement transiter par le palais d'El-Mouradia avant qu'elles ne soient lues en public. Sait-on jamais ! Mahmoud raconte spontanément ce détail de… taille. Tout ce qui l'intéresse à présent c'est de subir avec adresse le test de lecture du panégyrique qu'il a entre les mains et bien sûr avoir droit aux bises présidentielles. Tantôt il ajuste sa cravate, tantôt il vérifie le microphone qu'il tient à la main de peur qu'il fasse des siennes. Ultime détail : Mahmoud demande qu'on lui mette un burnous noir sur ses épaules pour faire plus solennel. 11h30. Le cortège présidentiel s'immobilise juste devant lui. Bouteflika se dirige droit vers notre mon- sieur qui s'exécute illico presto. C'est le début d'une longue litanie de motions de soutien. Pour cause, la présidente locale de l'UNFA fera tout de suite après sa déclaration d'allégeance au “raïs” “au nom de toutes les femmes de Khenchela”. Bouteflika est aux anges, il lance à tout-va des saluts et affiche un franc sourire. L'artère principale qu'il a arpentée n'est pas noire de monde, mais l'enthousiasme y est quand même. Le soutien se fait aussi par des affiches et des banderoles placardées un peu partout. Il y a celles des organisations de la famille révolutionnaire, mais surtout celles des étudiants à l'image de l'UGEL, l'ARE et l'UGEA. Pas de place bien sûr à la contestation, et il ne fallait surtout pas siffler le Président. Un jeune homme, posté derrière les barreaux de fer, qui a eu le culot de lancer un “vive Benflis”, a été vertement et énergiquement interpellé par un élément de la garde rapprochée. Le malheureux, visiblement intimidé, a tout de suite tourné casaque en scandant : “El-djich echaâb maaâk ya Bouteflika” (le peuple et l'armée avec toi Bouteflika) réclamé par un membre de la délégation présidentielle, sans doute pour couper court aux spéculations faites sur la déclaration du général Lamari. Bouteflika qui a longé à pied l'artère principale de la ville a eu droit à un accueil plutôt enthousiaste et coloré. Il a surtout eu droit à une pluie de motions de soutien lues à chaque coin de rue. Uniquement au chef-lieu de wilaya, pas moins de six textes de soutien ont été lus devant un Président très attentif. À Nsighane, à Babarou Ouled Chachar, Bouteflika a écouté la “rengaine” qui lui réclamait une candidature à un second mandat. Cependant, le clou de sa visite à Khenchela aura été son entrée au nouveau stade gazonné de 10 000 places où il a été accueilli par un tonnerre d'applaudissements par une assistance en délire. Il y restera une bonne demi-heure au milieu d'un décor qui lui était complètement dédié. Image significative : les organisateurs et les présidents des comités de soutien ont fait la queue devant Saïd Bouteflika pour se faire connaître ! L'un d'entre eux s'est même permis de lui lancer sérieusement ceci : “Bonjour monsieur le président”. Le frère du Président leur fait bien sûr la bise pour service rendu. À Ouled Chachar, le Président a fait irruption au siège de la zaouïa Sidi Tayeb Hafidhi où il en est ressorti avec l'onction de son imam. Ce dernier, âgé de 36 ans, est à la fois chef de la zaouïa, journaliste au quotidien El Fajr et arbitre de football à la ligue régionale de l'Est. “Nous sommes avec le Président”, “dhalima aou madhlouman”, lâche ce jeune imam de la Rahmania qui quitte allégrement son uniforme religieux de chef de zaouïa pour enfiler son …short de sportif. H. M.