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Novembre, Qassaman et le drapeau national
Le drapeau et l'hymne national unissent les générations d'Algériens
Publié dans La Tribune le 01 - 11 - 2016

Le premier novembre 2016, les jeunes d'hier sont déjà septuagénaires, octogénaires ou même nonagénaires. Derrière eux, les jeunes d'aujourd'hui ont leurs âges lorsque la première balle de Novembre fut tirée, quelque part, entre Ghassira et Mchounêche, dans l'altier plateau des Aurès. Les jeunes d'hier ont eu le pouvoir en 1962. Ils l'ont toujours en 2016. Mais quel que soit l'âge des uns et des autres, quand le pouvoir, la richesse et bien d'autres discriminants les séparent, restent alors le drapeau et l'hymne national qui unifient les générations d'Algériens. Comme partout ailleurs depuis que les Nations existent et vivent en République, en Monarchie ou en Principauté. La bannière à l'étoile cerclée du croissant de l'islam et «Qassaman», l'hymne émouvant des Algériens, et les valeurs patriotiques consubstantielles, sont-ils démodés, voire ringards dans l'Algérie de 2016 ?
Si en 1954 les jeunes de Novembre ne se sont posé aucunement la moindre question pour prendre les armes de la Libération, les jeunes de 2016, eux, peuvent poser ou se poser la question de l'engagement patriotique. Interrogation pouvant paraitre pertinente, impertinente, banale, voire provocatrice, à une époque où leur marginalisation a le goût amer du chômage endémique, de l'exode désespéré vers les rives inhospitalières et meurtrières du Nord-Méditerranée et la jacquerie sociale localisée. A ce propos, en novembre 2008, la Radio algérienne avait eu la louable initiative d'organiser une opération «un drapeau dans chaque foyer». Cette action, que des persifleurs auraient perçu comme démagogique, en disait pourtant long sur l'habitus patriotique des Algériens. Autant que la question au sujet de la ringardise de Novembre et de ses valeurs, l'initiative renvoyait d'abord aux rituels codifiés, à la symbolique du drapeau comme tissu des signes. Mais aussi à l'hymne national comme expression populaire et musicale du surmoi collectif. Comme hier, les jeunes de 2016 et ceux de demain, pourraient peut-être penser que l'étendard est seulement un attribut conventionnel de l'autorité publique. Se dire que l'hymne national ne représente pas forcément leur identité, leur être profond. Que l'un comme l'autre exprime le plus souvent de simples moments d'exaltation collectifs. Par exemple, à l'occasion d'un match de football décisif pour une qualification pour une compétition internationale.
Mais que l'on ne s'y trompe guère : le drapeau et l'hymne national ont, depuis l'émergence nationaliste du début du vingtième siècle et l'irruption révolutionnaire de 1954, une fonction de rassemblement, une valeur de communion patriotique et une qualité essentielle de garant de la continuité de la nation. «Qassaman» et le drapeau vert-blanc-rouge, frappé du croissant et de l'étoile, renvoient symboliquement à la mémoire de l'affranchissement du colonialisme. Plus précisément, au vert de nos prairies et de nos montagnes. Au rouge du sang des martyrs et au blanc des cimes enneigées, celles vers lesquelles s'est élevé le peuple et qui abritaient les jeunes combattants de l'ALN. La bannière sacralisée et l'hymne immortalisé symbolisent l'association sang-sacrifice-sol-unité. Ce polyptique (quadriptyque) raconte l'histoire de la nation, traduit ses valeurs et ses aspirations et reflète par-dessus tout l'âme du peuple uni. Indépendamment des couleurs du drapeau et des signes associés, c'est incontestablement «Qassaman» qui exprime le mieux, grâce à la force des émotions exaltées et régulièrement renouvelées, l'appartenance nationale, ainsi magnifiée et fétichisée.
Le drapeau, c'est depuis toujours l'ADN du patriotisme pour les uns, le marqueur du nationalisme pour les autres. Le fil rouge de l'appartenance individuelle ou collective à une nation, le plus petit dénominateur commun ou le plus petit multiple commun d'un peuple. Par exemple, lorsque ce peuple communie dans la joie collective des lendemains de victoires sportives qui chantent et qui disent alors le fier bonheur d'être ce que l'on est ensemble. On a vu, dans le cas de l'Algérie, que le bonheur d'être Algérien, d'être de son pays, se mesure parfois au nombre de drapeaux déployés partout sur le territoire national et même à l'étranger, à l'occasion de chaque rencontre de football à forts enjeux.
En Algérie, comme ailleurs, la fonction du drapeau est de maintenir en permanence un double contact : la nation affiche alors sa présence tandis que le citoyen qui pavoise les jours de fête comme le 5 juillet ou le 1er novembre, exprime ainsi son adhésion, manifeste sa fierté, revendique son appartenance. Mais la bannière n'a pas de sens seulement dans les périodes de rituels codifiés. Elle a une fonction phatique qui consiste à enraciner dans les esprits la sacralité du drapeau, en s'appuyant sur des paroles ordinaires, répétitives, comme celles des cours d'histoire. Le drapeau remplit aussi ce même rôle phatique dans les cours de récréation où la levée des couleurs stimule les sentiments de loyauté et d'attachement au pays des minots qui seront de futurs citoyens.
Ce n'est donc pas un hasard si la Constitution socialiste de 1976 a énoncé les principes de l'hymne national et du drapeau. Par ailleurs, le Code pénal et le décret du 13 novembre 1984 sanctionnent quiconque porterait atteinte aux deux symboles de la souveraineté nationale et ne respecterait pas sa levée sur les places publiques et au sein des institutions de la République.
N. K.
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