Lorsque, au début de l'année 1956, Abane Remdane et d'autres responsables de la révolution avaient pensé à la création d'un syndicat des travailleurs algériens, l'objectif n'était pas tant de porter des revendications sociales ou salariales. L'urgence était plutôt de réunir le maximum d'Algériens autour de la cause nationale. Et l'idéal, c'était de regrouper les Algériens autour d'organisations sociales et professionnelles. C'est dans ce contexte, donc, qu'est née, le 24 février 1956 l'Union générale des travailleurs algériens. Le chahid Aïssat Idir fut le premier secrétaire général jusqu'à sa mort dans les geôles coloniales en 1959. Devenu un des éléments les plus importants de l'organisation FLN-ALN, l'UGTA avait largement contribué au combat libérateur. En plus de collecte de fonds et la mobilisation des travailleurs pour la cause nationale, l'organisation syndicale a largement participé à la médiatisation de la cause algérienne dans les forums et rencontres auxquels elle participe. Plus que cela, elle a acquis le soutien de plusieurs organisations syndicales nationales et même internationales. L'indépendance acquise, l'urgence était de construire un pays jeune et à peine sorti d'une longue nuit coloniale. Et comme le modèle du parti unique a été adopté par les dirigeants du pays, l'Union générale des travailleurs algériens était non seulement le seul syndicat autorisé, mais elle était une organisation de masse, un appendice du parti unique, le FLN. Sa véritable mission n'était pas de défendre les intérêts des travailleurs, mais de les mobiliser autour du projet du pouvoir. Cela n'empêche, plusieurs militants ont réussi à s'imposer sous la bannière de l'UGTA comme de véritables syndicalistes. Mais, cela restait largement des faits isolés. Car, toute contestation sociale n'était pas autorisée. Cela n'avait pas empêché, par ailleurs, la constitution de syndicats clandestins proches notamment des mouvements de gauche, à l'image de l'OST (Organisation sociale des travailleurs) devenue par la suite un parti politique. Les choses ont, par contre, changé, à partir de l'ouverture démocratique -ou ce qui lui ressemble- de 1989. L'ouverture au multipartisme syndical a chamboulé la donne. Immédiatement après, un mouvement opposant apparaît. Il s'agit du SIT (Syndicat islamique des travailleurs), un appendice de l'ex-front islamique du salut (FIS dissous). Cette organisation islamiste avait organisé plusieurs mouvements de grève qui avaient paralysé plusieurs secteurs d'activité. Les années 1990, avec leur lot de violence, ont changé la donne. La seule instance syndicale existante, en l'occurrence l'UGTA, avait délaissé le travail syndical, qu'elle a réappris à faire depuis le début de la décennie, pour accompagner un Etat en péril. Seulement, cette période et celle qui l'a suivie, notamment à partir des années 2000, ont vu la naissance de plusieurs syndicats. Il s'agit essentiellement d'organisations sectorielles, à l'image du SNAPAP (fonction publique), CNES (enseignement supérieur) et SATEF (éducation et formation). Ces syndicats se sont distingués par des débrayages plus au moins longs, comme celui qui avait paralysé les universités en 1996. Ces secteurs ont vu également la naissance, au cours de cette dernière décennie, de plusieurs autres syndicats, notamment dans le secteur de l'éducation. Ils ont réussi à s'imposer, malgré l'impossibilité de les regrouper. Pendant ce temps, l'UGTA perd du terrain et n'est réellement présente que dans quelques entreprises économiques, et certaines administrations où elle gère les œuvres sociales. Malgré cela, les pouvoirs publics continuent à considérer la centrale syndicale comme le seule partenaire pour les grandes décisions. Cela est dû, en gros, au fait que cette organisation ne fait plus dans la contestation et entérine presque toutes les décisions des pouvoirs publics. Quant aux syndicats dits autonomes, ils continuent d'être actifs, même si leur unité d'action est loin d'être acquise. A. B.